Le mont Royal, candidat probable à l'UNESCO?

Le maire Coderre rêve de voir le mont Royal admis dans la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO.
Photo: Josie Desmarais / Getty Images Le maire Coderre rêve de voir le mont Royal admis dans la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO.

Le mont Royal pourrait-il s’ajouter à la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, auprès des oeuvres architecturales de Le Corbusier, du qanat perse en Iran ou de la cité-jardin brésilienne Ensemble moderne de Pampulha ? Le maire de Montréal, Denis Coderre, en rêve.

Annonçant son soutien aux démarches de l’île d’Anticosti, qui cherche à joindre la prestigieuse liste du patrimoine naturel, Denis Coderre en a surpris plusieurs en déclarant mercredi matin qu’il s’attellerait à faire le même type de demande pour le mont Royal alors que la première date de remise de dossier tombe ce vendredi.

« On va demander que le mont Royal soit au patrimoine mondial de l’UNESCO », a déclaré M. Coderre en marge d’une réunion. « On va envoyer une lettre d’appui en ce sens. »

Une bonne idée ? Certainement la meilleure si on cherche à faire inscrire un bien patrimonial montréalais, indique Philippe Poullaouec-Gonidec, de la Chaire en paysage et environnement de l’Université de Montréal.Jean-Claude Marsan, professeur émérite de l’Université de Montréal, approuve aussi le choix du site. Mais la démarche le laisse plus que dubitatif, car « encore faut-il protéger notre propre patrimoine avant de demander aux autres de le reconnaître », explique-t-il.

« Des éléments favorisent l’arrondissement historique et naturel du Mont-Royal », analyse M. Marsan. Dont le parc lui-même, seule oeuvre canadienne de Frederick Law Olmsted, créateur de Central Park à New York, inauguré en 1876. « Mais surtout, du point de vue immatériel, l’unicité de cette réunion sur une même montagne de deux collectivités et cultures majeures, la française et l’anglaise, poursuit-il. Elles ont toutes deux utilisé le mont Royal pour leurs institutions emblématiques — l’Université McGill, l’Université de Montréal, les hôpitaux, les deux cimetières. C’est culturellement très riche. »

Le spécialiste en architecture et urbanisme poursuit : « Dans toutes les sociétés, ce genre d’élévation naturelle est recherchée, pour la défense, le prestige ou la mise en oeuvre, mais il y a peu d’exemples — je crois qu’il n’y en a pas d’autres, mais je peux me tromper… — dans les trois Amériques de cette concentration d’institutions publiques. Ce serait l’élément important pour toucher le comité de l’UNESCO. »

Encore faut-il protéger notre propre patrimoine avant de demander aux autres de le reconnaître

 

Mais avec l’absence de politique et d’actions réelles de protection, nuance M. Marsan, « on va passer pour des arriérés. Les institutions elles-mêmes détruisent ce patrimoine, comme l’Université de Montréal le fait en vendant au privé le pavillon du 1420, Mont-Royal. La proposition du mont Royal ne sera pas acceptée. Le processus de l’UNESCO est extrêmement rigoureux. Le comité ne pardonnera jamais le genre de niaiseries qu’on fait ici en ne protégeant pas le mont Royal ».

Interrogé en point de presse sur l’intérêt possible du gouvernement du Québec à soutenir la démarche, le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Luc Blanchette, a répondu « nous ne sommes pas rendus là »,et a préféré ne pas se prononcer sur le projet.

Le temps d’être inscrit

La liste du patrimoine mondial de l’UNESCO rassemble à ce jour 1052 biens — culturels, naturels ou mixtes —, sis dans 165 pays, qui sont d’un intérêt exceptionnel pour l’héritage commun de l’humanité. Les démarches pour mener une candidature jusqu’à son examen par le Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO sont longues et complexes. Première étape : soumettre une proposition pour la liste indicative du patrimoine mondial du Canada, d’ici le 27 janvier, à Parcs Canada. Cette liste n’est ouverte à peu près que tous les dix ans, à la demande de la ministre de l’Environnement. Un comité ministériel s’arrêtera ensuite sur une dizaine de recommandations pour l’ajout de sites sur la liste. De cette liste, une dizaine de candidatures finales peuvent émerger, défendues devant le comité de l’UNESCO, dans un processus exigeant qui peut s’étirer sur une période de deux à dix ans.

Dix-huit lieux canadiens font présentement partie de la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, soit huit lieux culturels (dont le Vieux-Québec, le canal Rideau, le Vieux Lunenburg en Nouvelle-Écosse) et dix lieux naturels (dont le Parc national de Miguasha et celui des montagnes Rocheuses).