Scandale des commandites - Un ex-employé de Groupaction veut intenter un recours collectif

Ottawa — Constatant que ses dénonciations répétées des abus des commandites auprès des autorités policières et politiques demeurent lettre morte, l'ex-employé de Groupaction Alain Richard mise maintenant sur le pouvoir des contribuables.

Par l'entremise d'Internet, il lance une campagne visant à recueillir le plus de signatures possible dans le but d'intenter un recours collectif contre le gouvernement fédéral.

«Les amis du gouvernement en place doivent plus de 50 $ à chaque contribuable canadien», peut-on lire sur la page d'accueil du site www.jean-paul.ca.

M. Richard était vice-président aux affaires institutionnelles chez Groupaction jusqu'en 1997. Depuis, il dénonce sur toutes les tribunes les agissements qu'il a pu observer chez son ancien employeur, alertant policiers, médias et politiciens de ce qui s'y passait. Ses dénonciations ont été corroborées par les rapports de la vérificatrice générale sur le programme de commandites et, notamment, par les conclusions sur Groupaction.

Malgré tout, et à son grand dam, rien ne semble donner de résultats.

«Comme contribuable, je suis tanné», lance celui qui n'a pas la langue dans sa poche et qui n'a pas l'intention d'arrêter à ce stade-ci.

«Je veux prouver au monde que le seul outil de démocratie, ce n'est peut-être même pas les journaux, c'est Internet. [...] Si je ne le fais pas, qui va le faire?», ajoute-t-il, affirmant qu'un «mandat clair» de la population pourrait permettre d'aller plus loin.

En moins de 24 heures, selon M. Richard, «plusieurs milliers» de personnes de diverses régions du Canada auraient signé le formulaire. Une fois l'objectif atteint (M. Richard ne veut pas dévoiler le chiffre visé), il entreprendra les démarches juridiques.

Bien qu'il ne puisse garantir si le recours collectif sera entendu devant un tribunal, l'exercice aura pour résultat d'exercer des pressions sur le gouvernement de Paul Martin à l'aube d'élections générales.

Histoire de voir jusqu'où le premier ministre est prêt à aller pour faire maison nette, Alain Richard lui a fait parvenir une lettre par courrier recommandé. Il espère obtenir une oreille attentive, et ce, même s'il n'a «pas gagné de médailles olympiques», note-t-il, faisant ironiquement référence à la sortie de la biathlète Myriam Bédard.

La semaine dernière, Mme Bédard avait dénoncé des agissements qu'elle avait observés alors qu'elle était employée chez Via Rail. Elle avait décidé d'ouvrir son sac à la suite de l'appel à tous du premier ministre, qui invitait quiconque a pu observer des malversations dans le programme de commandites à se mettre à table, sans crainte de représailles.

M. Richard a fait remarquer, avec ironie, que c'est ce qu'il fait depuis des années. Ses déclarations lui ont valu des menaces et de l'intimidation.

«Est-ce que le premier ministre est plus préoccupé par ses élections que par la vie d'un simple citoyen qui a osé faire ce qu'il a dit de faire?», s'interroge celui qui est désormais propriétaire d'une boîte de communication. Malgré tout, il demeure sceptique et entretient peu d'espoir d'obtenir plus qu'un accusé de réception du bureau du premier ministre.

Le cabinet de Paul Martin n'a pas voulu confirmer si la lettre de M. Richard lui était bel et bien parvenue.

«Nous apprécions beaucoup que les gens viennent vers nous et voulons leur assurer que toutes les lettres que nous allons recevoir à ce sujet vont être transmises au juge Gomery et aux responsables de l'enquête publique», a indiqué Justin Kingsley, attaché de presse du premier ministre.

M. Richard est catégorique et dit être prêt à témoigner, que ce soit devant l'enquête publique ou devant le comité parlementaire des Comptes publics. «Je n'attends que les invitations», souligne-t-il.