Les Darwish rencontrent leur «famille québécoise élargie»

La famille Darwish (les parents, Feras et Marwa, au centre), originaire d’Alep, a été célébrée samedi au théâtre Sainte-Catherine entourée de plusieurs personnes qui ont contribué à assurer leur venue à Montréal.
Photo: Oscar Aguirre La famille Darwish (les parents, Feras et Marwa, au centre), originaire d’Alep, a été célébrée samedi au théâtre Sainte-Catherine entourée de plusieurs personnes qui ont contribué à assurer leur venue à Montréal.

« Nous sommes là, parce qu’il existe des gens comme vous. » La main posée sur son coeur, c’est l’essence du message qu’a livré le réfugié syrien Feras Darwish à sa « famille élargie » venue le rencontrer avec sa femme et ses trois enfants, dans le cadre d’une grande fête multiculturelle samedi soir dernier. « Ma famille et moi et beaucoup de familles syriennes arrivées récemment au Canada ont été parmi les chanceuses. Nous espérons ne pas être les derniers », a-t-il renchéri sous les applaudissements nourris des convives réunis dans un cabaret théâtre de la rue Sainte-Catherine, à Montréal.

Riche en émotions, remerciements et déclarations d’amour, cette grande célébration de bienvenue aux Darwish se voulait comme un « rite de passage » de ce projet de parrainage, qui a réuni une centaine de personnes ayant contribué à leur cause, mais aussi de nombreux parrains avec ou sans leurs familles de réfugiés syriens. Pour les marraines principales, Maude Ménard-Dunn et Rafaëlle Sinave, ce fut aussi l’occasion d’un appel à la mobilisation pour que cet effort d’accueil continue, malgré le ralentissement prévu par les deux ordres de gouvernement. Des actions en solidarité aux réfugiés sont d’ailleurs en cours d’élaboration.

Poursuivre le travail

Dans son touchant discours livré en arabe, et simultanément traduit, Feras Darwish a lui aussi voulu attirer l’attention sur toutes les familles en attente et surtout celles qui n’ont pas encore trouvé de bras tendus. « Il n’y a pas de mot pour exprimer ce que vivent les Syriens qui sont là-bas, donc je vais m’arrêter là. Mais je peux dire que le Canada est un pays qui a ouvert ses portes à ceux qui ont vécu la guerre et il est un exemple pour tous les pays du monde. On espère toujours plus de solidarité. »

Autour d’un couscous falafel et au son de diverses prestations de musique syrienne et francophone, de numéros d’humour et de poésie et même d’un « calleux », qui a fait « swinguer la bacaisse », les invités ont expliqué pourquoi ils ont voulu faire partie de la communauté d’accueil des Darwish.

« Une de mes collègues d’alphabétisation m’a parlé des marraines, on a des amis en commun, et j’ai décidé d’embarquer », a expliqué Noémie Pomerleau-Cloutier, formatrice en alphabétisation populaire. Après avoir donné de l’argent et des meubles à cette famille originaire d’Alep, elle est aujourd’hui ravie de leur faire visiter Hochelaga-Maisonneuve, quartier qu’elle connaît bien pour y habiter. Elle les a aussi inscrits en francisation. « Je veux être là pour eux. Ce sont maintenant des amis. »

Safa Chebbi, qui a travaillé dans sa Tunisie natale auprès des Libyens qui s’y étaient réfugiés, était particulièrement ravie d’être témoin d’une si belle histoire. « Je suis contente que les Darwish soient arrivés. Je trouve que le fait que ça soit un parrainage privé montre la force de l’humain », dit-elle. « Les Québécois sont en train de prendre connaissance de leur générosité et de leur capacité de bonté », a renchéri son amie, Laurence Elmoznino.

Indignation

Pour peu que le gouvernement leur laisse encore l’exprimer. « Je suis fâchée et en colère que le Québec ait brutalement arrêté les dépôts de tout type de parrainages, syriens ou autres à partir du 26 janvier cette année. C’est inacceptable », s’est indignée Lorraine Guay, une militante de longue date du milieu communautaire et membre d’un groupe de parrainage de Syriens. « Le refuge, c’est un droit. Ça fait partie du droit international et des obligations des États comme les nôtres. Ce n’est pas juste un geste de charité. […] Et on doit faire respecter ce droit-là, pas juste en diminuant les délais d’attente, mais en augmentant les quotas de réfugiés. »

Sylvain Thibault, coordonnateur du volet parrainage de la Table de concertation des organismes au service des immigrants et réfugiés (TCRI), abonde en ce sens, mais rappelle que les cibles d’accueil ne relèvent pas uniquement du ministère de l’Immigration, mais également des pressions faites par les partis politiques et la société civile « pas toujours chauds à l’idée de les augmenter ». Il a aussi rappelé que plusieurs réfugiés non syriens attendent souvent plus de cinq ans avant de pouvoir venir. « Mais il faut trouver un moyen », a-t-il insisté. « D’autant plus qu’il y a des groupes prêts à les parrainer. Alors qu’est-ce qu’on attend ? »