L’ex-policière Stéfanie Trudeau blâmée pour un autre cas de profilage

L’incident remonte au 20 mai 2012, le jour où Mme Trudeau a été filmée en train d’asperger un manifestant de poivre de cayenne.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’incident remonte au 20 mai 2012, le jour où Mme Trudeau a été filmée en train d’asperger un manifestant de poivre de cayenne.

Stéfanie Trudeau, mieux connue sous le nom de « matricule 728 », vient d’être blâmée pour un autre cas de profilage, cette fois racial, survenu au printemps 2012. Dans une décision rendue en octobre dernier, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) exhorte l’ex-policière du Service de police de la ville de Montréal et son coéquipier Constantinos Samaras, ainsi que leur employeur, la Ville de Montréal, à verser 40 000 $ en dommages au plaignant, un anglophone d’origine sud-asiatique.

La Ville a jusqu’à aujourd’hui, vendredi, pour répondre à cette décision (qui n’est pas un jugement), sans quoi la cause sera portée devant le Tribunal des droits de la personne. « Mais dans 99,9 % des cas, la Ville et le SPVM n’y donnent pas suite », souligne Fo Niemi, directeur général du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR).

L’incident remonte au 20 mai 2012, en pleine crise étudiante, le jour où Mme Trudeau a été filmée en train d’asperger abusivement un manifestant de poivre de cayenne. À l’époque chargé de cours à l’Université McGill, Julian Menezes aurait été violemment arrêté, apparemment sans motifs, menacé, insulté, ridiculisé et « déporté » dans un autre arrondissement par la policière et son coéquipier qui patrouillaient sur le Plateau-Mont-Royal.

Arrestation musclée

L’homme d’origine indienne, qui vit à Montréal depuis 16 ans, rentrait à vélo d’un mariage avec sa copine et une amie, toutes deux « blanches », lorsqu’il a vu un cycliste portant le carré rouge, visiblement contrarié, se faire arrêter par les agents Trudeau et Samaras. Voulant lui proposer de l’aider s’il contestait l’amende qu’il venait de recevoir, M. Menezes raconte qu’il a alors été lui-même interpellé, projeté au sol, menotté et placé de force dans l’autopatrouille.

Dans la voiture, la policière qui portait le matricule 728 l’aurait traité de « f*cking Indian » et menacé de le faire emprisonner où il serait agressé sexuellement. Conduisant de façon erratique, elle aurait fait exprès pour accélérer et freiner brutalement pour que le jeune homme, qui n’était pas attaché, se frappe la tête sur la paroi de plexiglas qui le séparait des policiers. Julian Menezes a finalement été relâché dans le nord de la ville, loin du lieu de son arrestation, complètement sans le sou, mais avec une contravention de 146 $ en poche pour avoir continué « un geste interdit » par un agent de l’ordre, sans aucune autre précision.

Causes perdues

M. Menezes, qui travaille maintenant à l’hôpital Royal-Victoria, se dit content de l’appui de la CDPDJ mais pas complètement « soulagé ». Près de cinq ans après l’incident, il entend poursuivre son combat devant les tribunaux, non pas pour son bénéfice personnel, mais pour que la police fasse un réel examen de conscience. « Elle n’a jamais fait une vraie enquête sur la question de profilage racial, dit-il en entrevue au Devoir. Pourtant, ça s’est fait dans d’autres villes canadiennes. Ici, pour une raison ou une autre, il y a une résistance. »

Le directeur du CRARR constate que les policiers se défendent « très farouchement » dans ce type de dossiers. Pour l’année 2016, la Commission a perdu dans les cinq cas de profilage racial qu’elle a soumis. Fo Niemi aimerait que, comme le demande la CDPDJ, le SPVM se dote d’un nouveau plan d’action contre le profilage racial et social, le dernier ayant expiré en 2014.

Selon lui, tant la Ville de Montréal que l’État québécois, comme législateur, ont le devoir de s’attaquer au problème. Un problème qui a pris de l’ampleur ces dernières années, avec la crise étudiante de 2012 comme « tournant ». « Dans le climat social et politique actuel, on semble vivre une sorte de recul sur ces questions. Surtout avec l’arrivée de l’ère Trump, et ici la police qui fait la surveillance des journalistes… Il faudra être vigilant », soutient M. Niemi.

Contactée par Le Devoir, la Ville n’a pas commenté la décision de la Commission des droits de la personne. Une plainte en déontologie policière a également été déposée contre les deux agents. Elle sera entendue le 4 avril prochain.

2 commentaires
  • Raynald Rouette - Abonné 13 janvier 2017 09 h 13

    Montréal converti en état policier


    Combien de policiers au Québec ont le profil 728?

    Le règlement P6 et ses dérivés a fait de Montréal une ville plus laide encore.

    Tout cela avec la bénédiction des politiciens de toutes allégences et à tous les niveaux.

    Vous vous souvenez du «mantra» de Jean Charest, lors de la crise étudiante de 2012, crise transformée en crise sociale? Celui-ci se plaisait à dire : «que la violence c'est la rue». Combien de policiers se sont sentis autorisés à utiliser une intimidation et une brutalité inutile envers des personnes pacifiques?

    Depuis 2012 surtout, il m'apparaît que le concept de «Démocratie représentative» est de plus en plus flou.

  • Colette Pagé - Abonnée 13 janvier 2017 10 h 16

    Déni et aveuglement volontaire !

    Dans toute cette saga pas très glorieuse, comment expliquer que ses patrons aient continué malgré ses dérives et son tempérament explosif, de laisser l'agente Trudeau en première ligne ? Déni, aveuglement volontaire, craintes syndicales ?

    Comment expliquer également que ses confrères n'aient pas dénoncé, omerta oblige, ses débordements excessifs qui a nuit à l'image publique du service ? Complicité, vengeance ?