Chez Sears, des invendus sont tailladés et jetés dans les poubelles

Des soutiens-gorge coupés en deux faisaient partie des vêtements qui remplissaient le conteneur à ordures réservé au magasin Sears, dans le stationnement des Galeries Joliette.
Photo: Joanie Champoux Des soutiens-gorge coupés en deux faisaient partie des vêtements qui remplissaient le conteneur à ordures réservé au magasin Sears, dans le stationnement des Galeries Joliette.

Une résidante de Joliette a fait une découverte désolante mercredi dans les poubelles du magasin Sears du boulevard Firestone : elle y a trouvé des centaines de vêtements qui semblent avoir été volontairement tailladés avant d’être jetés.

Soutiens-gorge coupés en deux, jeans découpés sur la longueur et chandails avec de grands coups de ciseaux dans le dos remplissaient le conteneur à ordures réservé au magasin Sears, dans le stationnement des Galeries Joliette. « Il y avait des carrosses [poussettes] avec les roues sciées. J’ai vu des sièges de bébé, les dates étaient encore bonnes, mais ils avaient coupé les attaches », a remarqué Joanie Champoux.

Gaspillage

Furieuse, la jeune maman a ramassé une grande quantité de vêtements qu’elle a rapportés à la maison. Elle a l’intention de coudre les morceaux qu’elle peut rescaper pour ensuite les transformer en couvertures. « J’apprends à coudre. Et c’est tellement ironique parce que, la journée avant de trouver ça, j’ai acheté une machine à coudre chez Sears… », raconte-t-elle.

Joanie Champoux est une adepte du déchétarisme, cette plongée dans les déchets qui permet à bien des gens de se nourrir ou de se vêtir à peu de frais, et en contrant le gaspillage. Comme ses confrères déchétariens, elle n’est plus vraiment surprise quand elle découvre des produits qui semblent avoir été détruits juste avant d’être jetés. « Il y a des centaines de personnes qui font du dumpster diving et qui sont conscientes de ce que les commerces font, dit-elle. Par contre, pour ceux qui ne pratiquent pas cette activité, c’est un tout nouveau regard sur notre société. »

Photo: Joanie Champoux Des jeans découpés sur la longueur ont également été retrouvés dans le conteneur.

En rendant sa découverte publique, elle souhaite surtout « trouver une solution ». « Ça me rend vraiment triste, la pollution qu’on fait pour fabriquer ce linge-là et le fait qu’en plus on paye une employée pour qu’elle le déchire », dit-elle.

Comme d’autres, elle croit possible que certaines entreprises déchirent des vêtements pour gonfler leurs pertes et économiser de l’impôt. À son avis, le gouvernement devrait instaurer des mesures afin d’encourager les magasins à faire don de leurs vêtements invendus. « Autrement, c’est sûr que c’est plus avantageux pour eux [les magasins] de déchirer que de donner », estime-t-elle.

Défectueux ?

Régulièrement, cette pratique qui consiste à rendre les déchets inutilisables alerte les médias. Au Québec, les magasins Yellow, Garage et Reitmans ont tour à tour été montrés du doigt pour avoir lacéré des vêtements qui semblaient autrement en bon état. À ce jour, les entreprises qui ont réagi à ce genre de reportage assurent que les vêtements qui sont abîmés le sont parce qu’ils sont défectueux.

Photo: Joanie Champoux

Mais Joanie Champoux ne croit pas à cet argument. Dans la pile de vêtements qu’elle a découverts, plusieurs portent une « étiquette d’identification de marchandise ». Sur celle-ci, des employés ont noté les défauts qui ont occasionné les retours des vêtements par ceux qui les avaient achetés. « Manque bouton », « tache rouge sur poche gauche », lit-on sur les étiquettes. Sur un chandail détaillé à 69,99 $, il manque un bouton au col. Deux grands coups de ciseaux y ont été donnés. « C’est vraiment fait pour que personne ne les utilise », croit Joanie Champoux. Elle remarque que les vêtements sont tous coupés aux mêmes endroits. « Tu vois que c’est une procédure », avance-t-elle.

Au magasin Sears de Joliette, la directrice du département des vêtements pour femmes a déclaré au Devoir « ne pas être au courant » d’une telle pratique. La femme, qui n’a pas souhaité s’identifier, a aussi refusé de dire si elle travaillait mercredi, journée au terme de laquelle les vêtements ont été jetés. Le Devoir est aussi entré en contact avec les relations médias de Sears Canada. Le responsable des communications, Vincent Power, a demandé de voir les photos de Joanie Champoux, mais n’a pas été en mesure de répondre aux questions du Devoir avant la parution de cet article.

8 commentaires
  • André Savary - Abonné 30 décembre 2016 08 h 30

    Sears, ou l'art de s'autopleurdebananiser....

    Jusqu’à la fin des années 90, Sears était la référence, on achetait chez Sears, magasin s’il y en avait un magasin dans notre coin, ou par catalogue si on demeurait en région... Il y avait même des comptoirs Sears ! Qualité, service et prix tout y était...
    Aujourd’hui Sears est en difficulté et je l’évite... En fait je n’y vais plus! Temps d’attente aux caisses, pas de commis sur le plancher, service de piètre qualité et politique d’échange ou de retour médiocre si on compare à Costco ou Wall Mart... Les marchandises vendues chez Sears sont souvent dépassées par rapport à ce qu’on trouve ailleurs ! Il n’y a plus aucun plaisir à magasiner chez Sears!
    Pour se sortir de l’impasse financière, Sears a coupé encore plus dans ses magasins... encore moins de vendeurs, moins de caisses, marchandise de moins en moins compétitive... Aujourd’hui Sears projette de se lancer dans l’alimentation... Échec annoncé s’il n’y a pas plus service... rendre le magasinage agréable, la compétition est forte, Sears ne l’a pas compris.
    Ce gaspillage de vêtements, s’il est véridique, démontre bien comment Sears est déconnecté de ses clients, des gens, de la société.

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 30 décembre 2016 09 h 03

    Dans les épiceries aussi....

    partout dans le monde, on fait la même chose depuis des lustres.
    "Une" des "causes à effets"...c'est la course au gigantisme des magasins...faut bien les remplir...alors on commande d'énormes quantités de biens... supposément parce que le client en demande toujours plus...Mais en allant voir de plus près, c'est plutôt un rebutoir pour le client...ou un attrape nigaud pour celui qui s'y laisse prendre. À force de chercher un item...on risque de se retrouver avec plein d'autres produits (avidité) non nécessaires. C'est l'effet (boomerang) de "l'appétit plus grand que la panse".

    Ceci arrive avec la nouvelle d'hier: "les grandes fortunes de ce Monde" ont engrangé plus de 230 milliards de dollars en 2016 ...s'ajoutant au pécule déja amassé.

  • Jean Richard - Abonné 30 décembre 2016 10 h 25

    Pain à donner

    Tous les marchands ne sont pas délinquants. Samedi soir dernier, en cette veille de Noël, il y avait à l'entrée de la station de métro Jean-Talon un grand sac contenant une quinzaine de pains. Sur le sac, une affiche : Pain à donner.

    La provenance de ce pain n'était pas identifiée. Mais à la veille d'un congé prolongé, se pourrait-il qu'un boulanger artisan ait choisi de donner ses pains invendus au moment de la fermeture plutôt que de les contaminer et de les mettre à la poubelle ? Si c'est le cas, on se console en se disant qu'il nous arrive comme société d'avancer, ne serait-ce qu'à petits pas.

  • Denis Paquette - Abonné 30 décembre 2016 10 h 32

    la récupération un des commerces des plus lucratifs

    comment est-ce possible, il y a plusieurs années tous les vetements militaires étaient ainsi taillardés, apres avoir demandé pourquoi, on me repondit que c'était pour le fisc , tous les ans il y a des millions de dollars de vetements qui sont taillardés de la sorte, les surplus militaire et autres sont détruits avant d'etre vendus a la curatelle, enfin c'est ce qu'on dit mais c'est faux,car la curatelle a une listes d'acheteurs prévilégiés, meme le village des valeurs ont des personnes affectées a la ceuillette,qui arrivent a identifier des objets qui ont beaucoup de valeurs en autre des méteaux précieux que les gens ignorent posséder, la meme chose pour les vetements signés , on ne trouve plus de morceaux de vaisselles rares, ils sont revendus a des collectionneurs , certains vous diront que le monde de la recupération est un des plus lucratifs ,le village a ses pauvres attitrés, combien de fois j'ai vu des appartements complets d'objets neufs envoyés a la casse, enfin la plupart des appartements d'ambassadeurs et de diplomates

  • Jean-Pierre Marcoux - Inscrit 30 décembre 2016 11 h 11

    Boycottons

    Si le tout est vrai, boycottons cette entreprise multinationale et toutes celles qui utilisent ce subterfuge.

    Ces entreprises ont raté une belle occasion de contribuer au bien être des plus mal nantis.