Métro: repérer les comportements typiques pour intervenir

Des chercheurs ont visionné les images enregistrées par les caméras de surveillance du métro entre 2010 et 2013 avant et après des tentatives de suicide pour tenter de déterminer les signes précurseurs les plus fiables.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des chercheurs ont visionné les images enregistrées par les caméras de surveillance du métro entre 2010 et 2013 avant et après des tentatives de suicide pour tenter de déterminer les signes précurseurs les plus fiables.

Le quart des tentatives de suicide dans le métro de Montréal pourrait être prévenu, selon une étude. Alors que les deux tiers des personnes qui se jettent devant une voiture survivent avec de très graves séquelles, ces données pourraient être précieuses non seulement pour éviter des décès, mais également des handicaps permanents.

En observant le comportement des personnes suicidaires sur les quais à partir des enregistrements des caméras de surveillance, le Centre de recherche et d’intervention sur le suicide et l’euthanasie de l’UQAM a recensé des signes qui précèdent souvent une tentative. Le directeur du centre, Brian Mishara, croit que ces résultats pourraient être utilisés afin d’intervenir rapidement avant qu’une personne ne commette l’irréparable.

Deux indicateurs fiables semblent caractériser 24 % des tentatives de suicide dans le métro, soit le fait de laisser des objets personnels sur le quai et celui de marcher de long en large entre le mur et le bord du quai. D’autres indicateurs étaient moins fiables, car des individus non suicidaires peuvent aussi les adopter. Par exemple, laisser passer plusieurs trains ou avoir l’air déprimé.

Constantes

Les chercheurs ont visionné les images enregistrées par les caméras de surveillance du métro entre 2010 et 2013 avant et après des tentatives de suicide pour tenter de déterminer les signes précurseurs les plus fiables. À partir des résultats, ils ont ensuite demandé à des étudiants, après une formation de dix minutes, de repérer des individus à risque, ce qu’ils ont réussi à faire dans plus de 50 % des vidéos présentant une personne suicidaire.

Brian Mishara a aussi observé que 75 % des personnes qui commettaient une tentative de suicide étaient ambivalentes. Elles pouvaient avoir hésité, laissé passer des trains ou même tenté de remonter sur le quai après avoir sauté. « C’est le plus difficile pour moi, d’observer des personnes qui semblaient avoir changé d’avis, rapporte-t-il. On peut toujours faire plus en prévention, chaque tentative est tragique et la majorité des personnes qui survivent sont heureuses d’être toujours en vie. »

L’étude est parue dans le journal scientifique Bio Med Central Public Health.

La Société de transport de Montréal (STM), qui l’a financée et a participé à cette étude, assure qu’elle évaluera comment elle pourra mettre à profit ces résultats.

« Nous voyons déjà une nette amélioration depuis plusieurs années grâce aux mesures de prévention mise en place », indique sa porte-parole, Amélie Régis.

Nouvelles voitures

Les nouvelles voitures Azur sont équipées d’écrans qui permettent aux conducteurs de visualiser ce qui se passe en station avant d’y pénétrer. La sensibilisation des chauffeurs, du personnel des stations et même du grand public aux signaux d’alarme pourrait aider à prévenir les suicides dans le métro encore davantage, croit Brian Mishara.

« Des systèmes informatiques peuvent aussi dépister des comportements à partir des caméras de surveillance en temps réel », ajoute-t-il, ce qui peut accroître l’efficacité de la surveillance des quais en combinaison avec la vigilance des employés.

 

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4 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 16 décembre 2016 02 h 10

    Que ce ne sont que des instants

    intéressant que des gens s'intéressent au suicide, il m'arrive souvent de penser que l'humeur c'est comme les tempêtes, que souvent elles surgissent a l'improviste, ma mere avait l'habitude de dire, que ce sont comme les bouffées de chaleur, elles surgistent a l'improviste et disparaissent aussi vite qu'elles sont venus, il faut se prémunir des maladies de l'humeur, pourquoi en attendons nous si peu parlées, ce serait intéressant que les gens sachent que ce ne sont que des instants

    • Danielle Houle - Inscrite 16 décembre 2016 11 h 48

      Pour travailler avec ces personnes à tous les jours depuis plus de vingt ans, il s'agit effectivement d'un instant pour mourir, pour passer à l'acte comme on dit. Toutefois, ces personnes souffrent souvent depuis bien des années. Prenons nous le temps de les regarder, de leur parler, de tenter de comprendre ce qu'elles vivent, d'être empathiques et ce, bien avant qu'il soit trop tard?

  • Jean-Pierre Martel - Inscrit 16 décembre 2016 10 h 33

    La vraie solution

    Depuis l'installation de grilles affreuses le long du pont Jacques-Cartier, il y a davantage de suicides dans le métro, devenu l’alternative.

    La véritable manière d’empêcher les suicides dans le métro, c’est d’y installer des barrières vitrées dont les portes ne s’ouvrent qu’à l’arrêt du train, comme c’est le cas à Shanghai (où il n'y a _aucun_ suicide).

  • Gaétan Fortin - Inscrit 16 décembre 2016 15 h 39

    Une solution existe...

    Leningrad, si je ne m'abuse, a trouvé la parade en installant des portesde quai.
    Paris en a fait autant surau moins deux de ses quatorze lignes.
    Certes, il ne peut enêtre question à Montréal tant que le matériel roulant
    actuel n'aura pas été intégralement renouvelé.