Le fil de l’amiante

Une vue aérienne de la mine Jeffrey, située à Asbestos, en 1954, en plein cœur de l’âge d’or de la production au Québec
Photo: Archives La Presse canadienne Une vue aérienne de la mine Jeffrey, située à Asbestos, en 1954, en plein cœur de l’âge d’or de la production au Québec

Entre Sherbrooke et Québec, sur une terre agricole du canton de Thetford, on découvre en 1876 la présence d’une fibre blanche, « la pierre de coton », déjà connue dans l’Antiquité pour ses propriétés particulières : elle ne brûle pas, sinon à plus de 500 degrés Celsius, elle ne pourrit pas et n’attire ni les insectes ni les rongeurs.

La mine Johnson, la première à ouvrir ses portes là-bas en 1877, éprouve du mal à écouler les 50 tonnes de sa production. Mais bientôt, ce sera l’explosion. Avant le début du XXe siècle, une trentaine de compagnies, pour la plupart américaines d’abord, vont s’installer dans « la région de l’amiante ».

La main-d’oeuvre locale est employée pour creuser et extraire la matière première. L’essentiel des travaux de transformation est réalisé à l’étranger. Après 1945, on estime que l’industrie de la transformation de l’amiante au Québec emploie seulement 1600 personnes, contre 90 000 aux États-Unis et 110 000 en Europe. Pourtant, le Québec est un des principaux extracteurs de cette fibre dans le monde, avec le Brésil, l’Afrique du Sud et le Zimbabwe.

En mars 1948, la revue montréalaise Relations, dirigée par les Jésuites, publie un rapport dévastateur sur les maladies pulmonaires qui déciment les travailleurs de cette industrie. Le rapport est relayé par Le Devoir, qui sera aussi très présent à l’occasion de la grève de l’amiante en 1949. Cette grève violente met en lumière les conditions des ouvriers. Pierre Elliott Trudeau en fera d’ailleurs l’objet d’un essai célèbre publié en 1956.

L’industrie continue longtemps de nier des problèmes de santé majeurs liés à la matière extraite. En 1958, pour célébrer son centenaire, la minière américaine Jeffrey, installée dans la région de l’amiante, publie une brochure où on y lit que « les ouvriers n’ont rien de comparable aux mineurs d’antan ». Après tout, « les hommes arrivent au travail dans leur propre auto », signe d’une prospérité économique qui sert d’écran aux risques qu’ils encourent.

Âge d’or et déclin

Jusqu’aux années 1970, les mines fonctionneront à plein régime. Après son élection en 1976, le gouvernement de René Lévesque tentera de nationaliser une partie de cette ressource naturelle. Le gouvernement crée alors la Société nationale de l’amiante, avec l’intention d’exploiter et de transformer cette ressource, tout en lui trouvant de nouveaux débouchés commerciaux. L’État rachète une participation majoritaire du géant américain General Dynamics, qui possède alors l’Asbestos Corp. En 1981, 165 millions de dollars de fonds publics ont été investis dans cette transaction. C’était sans compter que cette industrie allait dès lors connaître une décroissance rapide. Les mines fermèrent, les unes après les autres.

La santé publique

L’amiantose, connue en Europe sous le nom d’asbestose, est une affection pulmonaire grave. La relation entre le cancer et l’amiante est connue de longue date. En 1982 se tient à Montréal un symposium mondial sur l’amiante sous les auspices du gouvernement du Canada, du Québec et de la Commission des communautés européennes. Les experts venus de partout conviennent qu’il faut de façon urgente réduire l’exposition de la population à l’amiante et que les travailleurs de cette industrie courent des risques importants. Depuis 2005, l’usage de l’amiante est interdit dans toute l’Union européenne.