Deux fois plus chère à Leclerc qu’à Bordeaux

L’établissement Leclerc, une ancienne prison fédérale, héberge aujourd’hui des hommes et des femmes.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’établissement Leclerc, une ancienne prison fédérale, héberge aujourd’hui des hommes et des femmes.

Le coût d’incarcération par détenu est presque deux fois plus élevé à l’établissement Leclerc, loué depuis deux ans au gouvernement fédéral, qu’à la prison de Bordeaux, révèlent des documents du ministère de la Sécurité publique.

Chaque détenu coûte 299 $ par jour à la prison Leclerc, comparativement à 159 $ à la prison de Bordeaux, indique la Direction générale des services correctionnels. Ces coûts ont été estimés en date du 31 décembre 2015, avant le transfert à Leclerc de 248 détenues de la prison Tanguay. Il s’agit d’une comparaison des coûts de deux prisons provinciales pour hommes (à l’époque) de la région de Montréal.

La prison Leclerc héberge des hommes et des femmes depuis février dernier. Les coûts de l’établissement depuis qu’il est devenu mixte n’ont pas été précisés, mais la seule autre prison hébergeant des détenus des deux sexes, celle de Québec, signale des coûts par détenu de 213 $ par jour — nettement moins que les 299 $ par jour à Leclerc.

Question de nombre

La différence de coûts s’explique principalement par le nombre moyen de détenus, qui était six fois plus élevé à l’Établissement de détention de Montréal (Bordeaux) qu’à Leclerc en 2015-2016, explique Alexandra Paré, chef d’équipe à la direction des communications du ministère de la Sécurité publique. Plus il y a de détenus, plus le coût moyen par détenu diminue.

« De nombreux éléments sont pris en compte dans le calcul du coût moyen d’incarcération, précise-t-elle, dont les loyers payés à la Société québécoise des infrastructures, les salaires et avantages sociaux pour les membres du personnel et les frais de fonctionnement (transport et transfert des personnes incarcérées, alimentation, soins de santé et médicaments pour les personnes incarcérées, formation du personnel, téléphonie, informatique, équipements de sécurité, etc.). »

La députée Françoise David, de Québec solidaire, se demande pourquoi le ministère de la Sécurité publique a transféré des détenus dans une ancienne prison vétuste, à gros prix de surcroît. Il y a énormément d’espace perdu à Leclerc, qui peut accueillir 775 détenus, mais n’en héberge que quelques centaines. Les coûts fixes, eux, restent les mêmes.

« Tout ce dossier semble improvisé depuis le début. Pourquoi avoir loué la prison Leclerc, qui avait été condamnée par le gouvernement fédéral ? Pourquoi avoir ensuite fermé la maison Tanguay et transféré les femmes à la prison Leclerc, qui hébergeait déjà des hommes ? » dit la députée de Québec solidaire, qui a obtenu les coûts d’incarcération par la Loi sur l’accès à l’information.

Françoise David est d’accord avec la décision du ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, de sortir les détenus masculins de Leclerc dans les prochains mois. Seules les 248 détenues féminines resteront à Leclerc en attendant une solution permanente à l’incarcération des femmes. Le ministère de la Sécurité publique a confirmé au Devoir que plusieurs scénarios sont à l’étude, y compris la construction d’une nouvelle prison pour femmes.

« Il semble de plus en plus probable qu’il faudra construire une nouvelle prison pour femmes, parce qu’il y a encore des problèmes liés à la vétusté et à l’insalubrité des bâtiments à Leclerc, comme Le Devoir l’a révélé cette semaine », dit Françoise David.

La députée déplore que le gouvernement hésite à investir dans les prisons parce que ce n’est pas rentable politiquement. « Ce n’est pas populaire de parler des détenus, mais ce sont des êtres humains. Ils ont le droit à la dignité. Les gens adorent Unité 9 [la série télévisée sur une prison pour femmes]. On s’aperçoit que les détenues sont des êtres humains qui ont besoin d’être aidés. C’est pareil dans la vraie vie », dit Françoise David.

299 $
coût d’hébergement d’un détenu à Leclerc, alors qu’il en coûte 159$ à la société pour les détenus de la prison de Bordeaux.

 
3 commentaires
  • Gaston Bourdages - Inscrit 15 décembre 2016 06 h 44

    Aux gens qui, à l'époque, ont payé impôts et....

    ...taxes (pas ceux ayant recours aux paradis fiscaux). j'ai coûté un bras...un gros avec ces 25 mois de réclusion qui ont été miens dans institution provinciale et fédérale. Oui, j'ai coûté aux citoyens plus de 200,000.00$ C'est de l'argent en «Tabarnouche». J'ai été libéré au 1/6 de «ma» sentence parce qu'aux dires d'une de «mes» agentes de gestion de cas, je ne «fout...» plus rien de bon «en-dedans». C'était le cas. Ma punition carcérale, je l'avais eue. L'autre était à venir...parfois pire que mon séjour dans le froid béton des planchers, murs et plafonds, dans le sourd bruit des portes d'acier et de la vue des lacérés barbelés entourant ces enceintes. Une sentence....je dirais...la vraie...23 ans et quatre jours bien comptés. Le drame: 18 février 1989. L'accession à la liberté: 22 février 2012.
    Oui, j'ai coûté un bras et je le regrette. Je méritais la prison. J'en avais besoins. Pas le goût ! En prison, il existe aussi trois différents types de....«clientèle». Il y a ceux qui ignorent, ponctuellement, s'ils veulent s'en sortir. Il y a ceux qui veulent s'en sortir. Finalement, ceux qui, ponctuellement encore, ne veulent pas s'en sortir. L'expression «s'en sortir» désigne, décrit «se sortir de ses prisons intérieures» C'est ce que je voulais. Avec énormément, le mot est peut-être faible, d'aides, c'est ce que j'ai fait et il m'en a pris 23 ans et quatre jours pour y arriver alors que «ma» sentence était de sept ans.
    Se peut-il qu'il existe des moyens pour réduire ces coûts ?
    Oui sauf qu'une voie de solution présentée par un ex-détenu «ça vaut quoi? «ça» pèse comment ? «ça» coûte combien ? moins cher qu'un autre rapport tabletté ? Et si je rappelais aux gens «politiques» qu'il s'agit bien de nos argents dont il est question. J'ai pas coûté un bras au gouvernement. J'ai coûté un bras à celles et ceux qui le financent, qui en sont les bailleurs de fonds. Vous qui me lisez et les autres qui paient taxes et impôts. Ce qui de fait, exclut les «paradisiens fiscaux»
    G

  • Denis Paquette - Abonné 15 décembre 2016 09 h 52

    Peut etre que dans ce pays nous sommes tous les dindons de la farce

    Serais-ce encore une fois le Québec ce serait fait flouer par Ottawa, le federal passe son temps a tout vouloir, pour ensuite tout transférer aux provinces, n'est ce pas une stratégie typiquement coloniale, hérité des anglais et il faudrait être fier de ce gouvernement qui fonctionne toujours a plusieurs vitesses, s'il fallait analyser les couts engendrés de cette astuce, nous en serions, a quand une comptabilité quitiendrait compte de ces couts et ferait ressortir cette astuce de gestion, peut etre que nous nous renderions compte, que nous sommes tous les dindons de la farce

  • Bernard Terreault - Abonné 15 décembre 2016 12 h 53

    De 160 à 300 $ par jour

    Beaucoup plus que pour l'hébergement d'honnêtes gens en CHSLD! N'y a-t-il pas moyen de les faire payer au mois une part par un travail quelconque? Nettoyer et laver, faire leurs repas, planter des arbres .... Ou inventer une nouvelle méthode de "payer leur dette à la société"?