Le plan de la CCQ en faveur de la mixité est contesté en cour

À peine 1,5 % des travailleurs actifs sur les chantiers de construction étaient des femmes en 2015.
Photo: iStock À peine 1,5 % des travailleurs actifs sur les chantiers de construction étaient des femmes en 2015.

Un volet du plan d’action de la Commission de la construction du Québec (CCQ) pour augmenter la présence des femmes dans l’industrie est contesté en Cour supérieure par une association syndicale, a appris Le Devoir. Un conflit qui survient dans un contexte où la mixité demeure un projet à long terme.

Dans un pourvoi déposé en juin, le Conseil provincial du Québec des métiers de la construction – International (CPQMCI) allègue qu’un programme mis sur pied par la CCQ est « clairement illégal » et doit cesser immédiatement. Le syndicat estime que la CCQ utilise à mauvais escient l’argent d’un fonds de formation pour offrir ce qui serait plutôt des subventions à l’emploi favorisant l’embauche de travailleuses.

Au centre du litige : le Programme d’incitatifs à la formation des femmes en entreprise (PIFFE), créé en 2014 dans le cadre du Programme d’accès à l’égalité des femmes (PAEF) de la Commission. Dans un bulletin destiné aux employeurs (Bâtir), la CCQ présentait alors le PIFFE comme un « programme qui s’inscrit dans la volonté des partenaires [syndicaux et patronaux] de soutenir les femmes nouvellement entrées dans l’industrie dans l’apprentissage de leur métier ».

Par le PIFFE, un employeur peut recevoir un incitatif financier allant jusqu’à 10 000 $ pour couvrir une partie du salaire d’une nouvelle travailleuse de la construction. Le programme vise aussi à « former et à outiller l’équipe de travail qui entoure l’apprentie ».

C’est là une des mesures que la CCQ a mises en place pour donner du tonus à sa campagne pour la mixité dans le monde de la construction. Mardi, la p.-d.g. de la Commission, Diane Lemieux, rappelait lors d’un événement public l’ampleur du défi : en 2015, à peine 1,5 % des travailleurs actifs sur les chantiers de construction étaient des femmes. En nombre absolu, cela veut dire moins de 2300 femmes pour 150 700 hommes.

Obligation

Selon ce que l’avocat du syndicat écrit dans la requête, la résistance du Conseil provincial n’est pas sur le fond, mais plutôt sur la forme prise par le programme de formation mis en place par la CCQ. Le syndicat dit avoir « toujours été favorable à l’accès à l’égalité » et ajoute que les « objectifs poursuivis par les défendeurs sont fort louables ». Mais ils ne peuvent être atteints par des « moyens illégaux », soutient-on.

En vertu de la loi R-20, le Fonds de formation doit « être affecté exclusivement à la promotion et au financement des activités de perfectionnement des salariés de l’industrie », rappelle le syndicat. Or il juge que la CCQ contrevient à cette obligation en utilisation l’argent du Fonds pour « assumer une autre obligation » de la Commission — « favoriser l’accès, le maintien et l’augmentation du nombre de femmes dans l’industrie ».

Ni le Conseil provincial ni la CCQ n’ont souhaité commenter ce dossier mardi.

Chemin à faire

Au-delà de cette contestation légale, le plan d’accès à l’égalité des femmes dans le milieu de la construction ne manque pas de défis. L’objectif avoué de la CCQ d’atteindre un ratio de 3 % de travailleuses sur les chantiers d’ici 2018 paraît encore lointain, reconnaissait mardi Diane Lemieux lors du lancement d’une campagne publicitaire faisant valoir que « femme ou homme, c’est la compétence qui compte ».

« Il y a 8 % des entreprises [de six salariés et plus] qui engagent des femmes à l’heure actuelle, note-t-elle en entretien. Et la plupart n’en ont embauché qu’une. » Près de 3500 entreprises du même acabit n’ont que des hommes dans leurs effectifs. Pour les petites entreprises (cinq salariés et moins), 1000 d’entre elles ont au moins une femme à leur emploi, contre 21 400 qui n’en ont aucune.

Les syndicats résistent aussi, dit Mme Lemieux, tout en soulignant la « bonne collaboration générale du milieu syndical ». « Il y a là des silences et des maladresses. On veut les accompagner pour qu’ils soient aussi préoccupés par cette question de la mixité que par les questions de santé et sécurité, par exemple. »

Le travail à faire est donc vaste, reconnaît-elle. « On part de loin et ça demeure un dossier extrêmement difficile, oui. Mais le train est en marche. On a des mesures pour chaque étape : des places réservées pour les femmes par les centres de formation professionnelle, des activités de sensibilisation auprès des professeurs, des employeurs et du milieu syndical… La résistance s’appuie encore beaucoup sur des préjugés qu’il faut aider à combattre. »

La campagne lancée mardi propose d’ailleurs des arguments pour répondre à une dizaine de clichés concernant la présence des femmes sur les chantiers de construction, du genre :« engager des femmes, c’est gérer du trouble » ou « les femmes ne sont pas assez fortes pour travailler en construction ».

L’initiative est accueillie très positivement par la vingtaine d’étudiantes qui étaient présentes au lancement. « On voit qu’on n’est pas seules, lance Malika Abdelkader Voisard, qui étudie en peinture. La publicité à la télé, ça peut créer quelque chose dans la tête des femmes pour qu’elles se disent : je vais arrêter de me mettre des stops. Ça s’installe peu à peu, et on est plus nombreuses à y aller chaque année. »

Les chiffres de 2015 de la CCQ montrent une légère augmentation du nombre de femmes diplômées d’un DEP en construction — 500 femmes pour… 9200 hommes. Ce qui représente tout de même un pas de géant, estime Micheline De Gagné, pionnière de 78 ans qui a fait sa carrière en peinture. « Moi, j’étais toute seule de ma gang, dit-elle. Et là, je regarde cette petite armée-là et je me dis que je ne me suis pas battue pour rien. »

Son secret ? Un dosage de « paix syndicale » et d’audace. « Pis il faut être baveuse, aussi ! »

1 commentaire
  • Raynald Richer - Abonné 14 décembre 2016 07 h 26

    La mixité, une bonne idée

    Il me semble que ce serait une bonne idée de faire ce type de champagne et d’offrir ce type de programme aux hommes dans les domaines de l’éducation et de la santé.