La liste des travaux à réaliser à la prison Leclerc est longue

Les travaux touchent 11 des 29 bâtiments du complexe situé dans la montée Saint-François, à Laval.
Photo: Valérian Mazataud Archives Le Devoir Les travaux touchent 11 des 29 bâtiments du complexe situé dans la montée Saint-François, à Laval.

Présence d’amiante et de moisissures, ascenseurs à réparer, toits qui coulent, portes et fenêtres qui ferment mal : le gouvernement du Québec doit faire des rénovations majeures à l’ancien pénitencier fédéral Leclerc, à Laval, transformé depuis deux ans en prison provinciale.

Des documents obtenus par Le Devoir en vertu de la Loi sur l’accès à l’information révèlent publiquement pour la première fois l’ampleur des travaux à effectuer au vieux pénitencier fédéral, fermé par Ottawa en 2012 pour cause de vétusté. La facture des rénovations en date du début du mois de septembre s’élève à 10,9 millions de dollars, indiquent des documents de la Société québécoise des infrastructures (SQI). Les coûts totaux sont estimés à 21 millions de dollars.

Les travaux touchent 11 des 29 bâtiments du complexe situé dans la montée Saint-François, à Laval. Le ministère québécois de la Sécurité publique a loué en 2014 le vieil établissement fédéral, fermé deux ans plus tôt, pour loger des centaines de détenus provinciaux.

Les centres de détention du Québec étaient surpeuplés à l’époque et le sont toujours, selon les chiffres du Ministère. La prison Tanguay, qui hébergeait des femmes, a fermé ses portes en février dernier, ce qui est venu compliquer la tâche des gestionnaires du système carcéral québécois : 248 détenues ont été transférées à Leclerc. La mixité a donné lieu à des tensions au sein de l’établissement, de sorte que le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a décidé de sortir progressivement les hommes de la prison Leclerc pour n’y garder que les femmes.

« L’établissement Leclerc était considéré comme vétuste par le fédéral en 2012. À nos yeux, ce n’est pas une surprise que le ministère de la Sécurité publique doive faire d’importantes rénovations à Leclerc », dit Mathieu Lavoie, président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec.

« Ça sent l’improvisation. Le transfert des détenus provinciaux à Leclerc a été décidé en catastrophe. Puis le ministère a fermé Tanguay et transféré les femmes à Leclerc. On peut penser qu’il y a des gens qui ont mal évalué les besoins en rénovations. Pourtant, on ne sait même pas si Leclerc sera ouvert de façon permanente ou temporaire », ajoute-t-il.

Grands travaux

Selon ce que Le Devoir a appris, toutes les cellules de l’établissement ont fait l’objet de travaux. Certaines des rénovations étaient aussi simples — et essentielles — que de remplacer des fenêtres qui fermaient mal. Et certaines portes ont été sécurisées, un peu partout dans le centre de détention.

Parmi les autres travaux :

 
  • colmater des brèches dans des clôtures. L’ajout et le remplacement de caméras de surveillance ont aussi été faits à plusieurs endroits de l’établissement ;
  •  construire ou remplacer les toits de trois bâtiments et réparer la toiture de sept bâtiments. Des travaux aux toits sont prévus jusqu’en 2019 ;
  •  enlever la moisissure détectée dans au moins quatre bâtiments. Il a fallu enlever ou encapsuler de l’amiante à plusieurs endroits, surtout autour de conduits dans les salles de mécanique des bâtiments ;
  •  planifier des « réparations majeures » aux ascenseurs jusqu’au 31 mars 2019 ;
  •  remplacer la génératrice principale au coût d’un demi-million de dollars et remplacer un réservoir de diesel qui avait subi une fuite ;
  •  s’assurer que tout le mobilier soit fixe, pour éviter des agressions à coups de meubles.
 

Urgence d’agir

« Ces travaux ont notamment porté sur la rénovation de divers bâtiments pour y aménager les secteurs de détention et d’admission, un parloir, des vestiaires et un service alimentaire ainsi que sur la mise à niveau des différents systèmes de sécurité nécessaires aux activités du MSP », a indiqué par courriel Martin Roy, porte-parole de la Société québécoise des infrastructures.

« Plusieurs interventions ont également porté sur les systèmes mécaniques et électriques des bâtiments (entrée électrique principale, distribution, groupes électrogènes, etc.), le tout selon les normes en vigueur », a-t-il précisé.

« Pour réaliser ces travaux, des interventions connexes, notamment sur le plan de l’amiante présent dans les bâtiments, ont dû être effectuées. »

En privé, des sources qui connaissent bien le dossier expliquent que le gouvernement a dû agir dans l’urgence à plusieurs reprises dans ce dossier. Il y a deux ans, la surpopulation des prisons québécoises devenait difficile à gérer. Il fallait trouver rapidement une solution temporaire : en février 2014, à moins d’une semaine du déclenchement de la campagne électorale, le gouvernement péquiste de Pauline Marois annonçait une entente avec Ottawa pour la location de l’établissement Leclerc.

Le transfert des détenues à Leclerc en février dernier a forcé de nouveaux travaux d’aménagement pour éviter que les hommes et les femmes se côtoient. À cause des difficultés provoquées par la mixité, le ministère de la Sécurité publique compte sortir les hommes de la prison Leclerc d’ici à juin prochain. Ils seront transférés dans les prochains mois vers les trois centres de détention en construction à Sept-Îles, à Amos et à Sorel-Tracy.

Leclerc deviendra-t-elle la nouvelle prison pour femmes ? Le Ministère construira-t-il plutôt une nouvelle prison toute neuve ? « Les travaux d’élaboration de scénarios préliminaires d’infrastructures répondant aux besoins spécifiques des femmes se poursuivent en vue de la réalisation d’analyses plus approfondies », répond Alexandra Paré, porte-parole du MSP.