Une consultation publique en toute intimité

Une vigile avait été organisée le 19 octobre à la suite de la série d’agressions.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Une vigile avait été organisée le 19 octobre à la suite de la série d’agressions.

Deux mois après les agressions aux résidences, à peine une quinzaine de personnes ont participé lundi à la consultation publique sur la violence sexuelle à l’Université Laval. Que reste-t-il de la mobilisation de cet automne ? Les campus sont-ils prêts à changer ?

Sur la quinzaine de personnes qui ont pris part à la consultation lundi midi, on comptait surtout des représentants d’associations étudiantes et des chercheurs intéressés. Que s’est-il donc passé ? « En ce moment, c’est les examens pour les étudiants. Certains commencent déjà à faire leur valise pour retourner dans leur coin et puis il y a la tempête », d’expliquer le vice-recteur Bernard Gervais.

Ce dernier a assuré que l’événement avait été suffisamment publicisé. « On a tout fait », a-t-il dit après la rencontre dans un petit local du pavillon Desjardins. Et d’ajouter que le calendrier des rencontres (en pleine période d’examens) avait été prédéterminé par le ministère de l’Enseignement supérieur.

Ainsi, à défaut de mobiliser les foules, le sujet fait son chemin dans la machine politique. « La ministre [Hélène David] demande un rapport final pour le 6 janvier », a-t-il ajouté. Tout cela pour préparer les quatre « journées de réflexion » sur le sujet prévues d’ici à mars à Québec, Montréal, Gatineau et Saguenay. Cela devrait mener à une Loi sur la prévention des violences sexuelles et l’aide apportée par les universités aux victimes.

Hausse des démarches

Le nombre d’appels au Centre de prévention et intervention en matière de harcèlement (CPIMH) serait aussi en augmentation selon sa directrice, Josée Laprade. « Il y a plus d’achalandage, on le voit, le centre est plus connu », a-t-elle dit. « Ce n’est pas nécessairement des plaintes. La majorité des dossiers sont des processus de signalements qui sont plus à l’amiable. »

Lundi, aucune victime ne s’est présentée au micro. L’Université s’y était pourtant préparée en avertissant les journalistes présents que l’anonymat des témoins devait être protégé.

Interrogée là-dessus, Mme Laprade ne s’en étonnait guère. « C’est sûr que faire une dénonciation, […] ce n’est pas quelque chose qui est nécessairement souhaitable. Souvent, on voit comment ça peut être difficile pour une victime à assumer. »

Les gens avaient en outre deux autres occasions de s’exprimer en s’inscrivant à des groupes de discussion ou en répondant au questionnaire en ligne préparé par le ministère. À Laval, environ 600 personnes y ont répondu.

Dans la mesure où les statistiques montrent qu’une étudiante sur quatre va être victime d’une agression pendant ses études, on peut présumer que ce point de vue s’est exprimé dans le cadre de la consultation en ligne. « À travers ces étudiantes-là, on a probablement des étudiantes qui ont déjà vécu ça. »

Dans le questionnaire, on demandait notamment « quelles seraient les pratiques exemplaires à mettre en place dans les établissements d’enseignement supérieur » en matière de prévention. On voulait aussi savoir « quelles seraient les mesures les plus efficaces pour assurer la sécurité des personnes ».

Lundi, les quelques participants en avaient quand même beaucoup à dire sur les moyens à prendre pour venir en aide aux victimes qui ne dénoncent pas dans 90 % des cas. « Il faut tisser une toile à la grandeur du campus. Il faut aller vers les étudiants, ne pas attendre qu’ils viennent à nous », a fait valoir une employée de l’Université affectée aux services aux étudiants.

Un autre enseignant a raconté comment il avait dû venir en aide à une victime à l’Université. « J’ai été surpris qu’il n’y ait pas de mécanisme formel au niveau de la plainte, a-t-il dit. Rapidement, la victime est devenue très secondaire dans le dossier. »

Deux commissaires avaient été mandatées pour recueillir les commentaires : Josée Laprade, du CPIMH, et le directeur du service aux étudiants, Denis Bussières. Invitée à réagir au commentaire de l’enseignant, Mme Laprade a rétorqué qu’une fois la plainte déposée, le processus était « assez clair ». À l’Université Laval, les victimes ou personnes souhaitant faire un signalement doivent toutes passer par le Centre. Le vice-rectorat aux ressources humaines fait ensuite enquête et détermine les sanctions. Dans les cas d’allégations visant du personnel, les sanctions ou les congédiements sont définis par les conventions collectives.

L’Université dit en faire beaucoup

Les représentants de l’Université ont aussi souligné qu’ils étaient déjà très actifs dans la lutte contre la violence sexuelle avant octobre. « On fait du travail discret, a dit le vice-recteur. Les acteurs travaillent bien ensemble, mais c’est sûr que ce travail n’est pas spectaculaire. »

L’Université dit notamment avoir fait des sondages auprès des étudiants sur les initiations.

Rappelons que le milieu universitaire a récemment produit un volumineux rapport sur les violences sexuelles par l’intermédiaire du Bureau de coopération universitaire (BCI). Le hasard a voulu qu’il soit publié à la veille des agressions survenues à l’Université Laval. Lundi, le vice-recteur et les commissaires ont souligné que beaucoup de pistes d’action se trouvaient déjà dans ce rapport. Mme Laprade a par ailleurs développé un programme de formation pour faire des étudiants qui le souhaitent des « témoins actifs » qui sauront détecter les cas de harcèlement et intervenir. Cette démarche avait débuté, elle aussi, avant les agressions aux résidences.

« On leur montre à détecter les violences à caractère sexuel. Où sont les petits gestes anodins ? Où ça commence ? Où ça continue ? […] Et après ça, comment je peux intervenir auprès d’une victime? […] Comment être à l’aise à intervenir de façon sécuritaire. » Une soixantaine d’étudiants bénévoles recevront la formation en janvier. Le rapport du BCI recommandait de donner des formations au personnel de l’Université, mais cela doit se faire dans un deuxième temps, nous dit-on.