Un premier anniversaire doux-amer pour les réfugiés syriens

Ruaa Marya (en haut à gauche), son mari, Sarwat Kadimati, et leurs deux filles s’inquiètent pour leurs proches restés à Alep.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Ruaa Marya (en haut à gauche), son mari, Sarwat Kadimati, et leurs deux filles s’inquiètent pour leurs proches restés à Alep.

L’arrivée du premier vol nolisé avec des Syriens à son bord avait pris des airs de fête l’an dernier. Malgré les défis considérables auxquels ils font face un an plus tard, des politiciens québécois et canadiens ont tenu à souligner cet anniversaire dimanche, en se félicitant des réussites du programme d’accueil.

La ministre québécoise de l’Immigration, Kathleen Weil, et son homologue fédéral, John McCallum, ont traversé tout sourire la grande pièce du Centre Phi à Montréal où avait lieu la cérémonie. Le ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux, et le maire Denis Coderre étaient également présents, parmi une foule dense de familles de réfugiés, certaines accompagnées de leurs parrains et de représentants d’organismes.

La cible d’accueil de 7300 personnes, fixée pour l’ensemble de 2015 et 2016, sera atteinte, affirme Mme Weil, ajoutant que 6893 Syriens sont déjà arrivés. Des vols avec des centaines de réfugiés atterriront dans les prochaines semaines.

« Le prochain défi est de les accompagner jusqu’au marché du travail », avoue la ministre.

Maintenant, l’emploi

Plusieurs témoignages ne laissent aucun doute sur les obstacles pour réussir ce pari. Hajjaj Aljayouch, chirurgien maxillo-facial, ne cachait pas son désarroi : « J’ai trois enfants, c’est difficile. » À ses côtés, la notaire à la retraite Lucie Cabana explique avoir entamé la démarche avec M. Aljayouch pour la reconnaissance de ses diplômes et de sa spécialisation. « Ils arrivent démunis, mais bardés de diplômes, et on ne les guide pas vers les corps professionnels », déplore-t-elle. Une période cruciale s’amorce donc selon eux, un avis partagé par Paul Clarke, directeur d’Action Réfugiés Montréal.

Jack Kas Barsoum, journaliste quand il était encore à Alep, expose quant à lui un dilemme courant, celui entre le travail et la francisation à temps plein. « Les compensations sont trop faibles », juge-t-il. Il souligne également la difficulté pour les personnes âgées d’obtenir des prestations de retraite.

Ceux laissés derrière

« On a aussi plusieurs années de travail devant nous », dit M. Clarke, faisant référence aux dossiers en attente et à ceux qui seront déposés. Les délais de traitement ne sont toujours pas à la hauteur des expectatives, alors que les dossiers de 7705 Syriens acceptés sont toujours en file d’attente.

« Nos citoyens sont tellement généreux, ils veulent accueillir tant de réfugiés qu’il est difficile pour moi d’aller à leur vitesse », admet le ministre McCallum. Il reconnaît le travail qu’il reste à faire, citant sa première conversation avec des Syriens nouvellement arrivés : « Ils m’ont dit “il reste des membres de notre famille en Syrie”. »

Questionnée sur un rehaussement possible des cibles pour 2017, la ministre Weil a quant à elle répondu que « chaque société fait ce qu’elle peut », soulignant l’effort « exceptionnel » du Québec en proportion de sa population.

Sarwat Kadimati ne comprend pas la teneur de tous les discours, même s’il a progressé jusqu’au niveau 3 des cours de francisation en neuf mois à peine. Mais il sait que les autres membres de sa famille sont toujours en danger à Alep : « Si l’occasion se présente, j’aimerais bien qu’ils viennent aussi », dit-il.

Ruaa Marya, sa femme, tend une photo affichée sur son cellulaire : on y voit ses deux nièces tuées dans un bombardement la semaine dernière à Alep, alors qu’elles se rendaient à l’école. Deux des soeurs de M. Kadimati ont aussi été kidnappées. « Sortir du pays est maintenant une mission impossible », résume Imed Youcefi, leur bénévole pour l’occasion. Plus de la moitié de la population syrienne a dû fuir son foyer depuis le début du conflit en 2011.


 
2 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 12 décembre 2016 06 h 54

    Ils vivent ici depuis 1 an ....

    mais pour tous les réfugiés, ça prend du temps avant de s'intégrer à leur nouveau coin de pays, et le temps c'est ce qui leur manque le plus. Travailler dans leur domaine, alors, est une priorité, car c'est la meilleure façon de s'intégrer, et apprendre le français bien sûr, puisque c'est la langue de travail. Mais avec toutes les coupures subies partout au Kébek depuis 2 ans, malheureusement les postes pour les gens instruits manquent. Par contre leurs enfants auront plus de facilité à s'intégrer, j'ai une confiance absolue dans cette génération là.

  • Colette Pagé - Inscrite 12 décembre 2016 11 h 40

    Avant d'accueillir de nouveaux immigrés afin d'augmenter subrepticement la base électorale du PLQ, la Ministre Kathleen Weil serait bien avisée de s'assurer que ces nouveaux arrivants reçoivent le support nécessaire afin de bien maîtriser le français, de respecter l'égalité hommes-femmes et de s'assurer que les organismes professionels en santé, toujours une chasse gardée, accueillent correctement ce spécialiste en chirugie maxillo-facial .

    Car, si rien n'est fait, ce chirurgien sera condamné, à l'instar de plusieurs de ces chefs de famille, à conduire un taxi démontrant ainsi l'échec de notre structure d'accueil en regard de l'intégration au travail.

    Il faut le redire : derrière le discours jovialiste de la Ministre Weil et de son Gouvernement, tant de travail reste à faire.