«Lascaux 4», la réplique intégrale de fresques vieilles de 18 000 ans

Pour s’approcher au plus près de la pierre sur laquelle les peintres de Lascaux ont exercé leurs talents, les experts ont développé plusieurs techniques.
Photo: Philippe Psaila La Presse canadienne Pour s’approcher au plus près de la pierre sur laquelle les peintres de Lascaux ont exercé leurs talents, les experts ont développé plusieurs techniques.

Humidité, pénombre, odeurs : les visiteurs d’une nouvelle réplique de la célèbre grotte française de Lascaux et de ses fresques vieilles de 18 000 ans s’approcheront au plus près des émotions ressenties par ses premiers explorateurs, il y a plus de 75 ans.

« C’est une merveille ! J’ai eu l’impression d’être dans la vraie grotte, c’est incroyable ! » s’enthousiasme Simon Coencas, 89 ans, dernier survivant des quatre adolescents qui avaient découvert la grotte le 12 septembre 1940, sur une colline boisée du sud-ouest de la France.

Après une visite en avant-première il y a quelques semaines, le vieil homme au regard vif sera ce samedi au côté du président François Hollande pour l’inauguration officielle de « Lascaux 4 », avant son ouverture au public le 15 décembre.

« C’est la première fois qu’on reconstitue la grotte de Lascaux dans son intégralité », explique l’archéologue Jean-Pierre Chadelle, membre du collège scientifique qui a supervisé le projet.

Menacé par une prolifération de champignons, d’algues vertes, due à l’afflux de visiteurs, le site original est fermé au public depuis 1963.

Les visiteurs devaient se contenter d’un fac-similé, « Lascaux 2 », qui propose 90 % des fresques de la grotte originelle et a accueilli plus de dix millions de personnes depuis 1983.

Mais « vingt minutes d’introduction à l’art pariétal, puis vingt minutes de visite dans la grotte », les visiteurs « se plaignaient que c’était trop court », explique André Barbé, directeur général de Semitour Périgord, responsable de l’exploitation du site, qui sera désormais fermé au grand public.

Une exposition itinérante, « Lascaux 3 », parcourt par ailleurs le monde depuis 2012.

Dans « Lascaux 4 », qui reproduit l’original à 100 % et à l’échelle réelle, l’accent est mis d’abord sur « l’expérience intime » que peut représenter la découverte de ces peintures, réalisées il y a environ 18 000 ans et classées depuis 1979 par l’UNESCO au patrimoine mondial.

Pour ce nouveau projet de 8500 m2, à la fois scientifique, artistique et touristique, l’objectif est de faire revivre au visiteur les « mêmes sensations » que les quatre jeunes hommes qui, croyant dénicher le souterrain d’un château, découvraient l’exceptionnel sanctuaire préhistorique.

Contemplation, compréhension

Le début de la visite simule l’extérieur de la colline de Lascaux, jusqu’aux aboiements du chien qui avait trouvé l’ouverture éboulée de la grotte. Une fois à l’intérieur, c’est l’obscurité totale, puis le parcours commence avec un éclairage discret, qui s’allume et s’éteint au passage des touristes, guidés par des explications volontairement minimales.

Après une trentaine de minutes consacrées à la « contemplation », vient le temps de la « compréhension » : une scénographie de 700 m2 met en perspective les fresques, avec des études approfondies des principaux panneaux, un état des lieux des dernières découvertes (esquisses, brouillons, ajouts) révélés par les progrès de l’imagerie, les liens entre art pariétal et art contemporain…

Nichée dans un sobre bâtiment de béton tout en longueur (150 mètres de long) semi-enterré, qui s’inscrit telle une « faille dans le paysage » sur le versant opposé de la colline, la réplique reprend les « dimensions, le relief du sol, les pentes » de la grotte originale.

Pour s’approcher au plus près de la pierre sur laquelle les peintres de Lascaux ont exercé leur talent, les experts, venus de la restauration ou de la décoration de cinéma, ont développé plusieurs techniques, dont le « voile de pierre » qui permet de reproduire « l’épiderme minéral » rocheux.

Côté couleurs, des pigments naturels ont été appliqués par couches successives pour reproduire d’abord la teinte et le grain de la roche, puis le carrousel d’animaux variés, aurochs, chevaux, cerfs, bouquetins… qui ont fait la renommée mondiale de la grotte.

Quatre années ont été nécessaires à l’équipe de peintres, sculpteurs, mouleurs, serruriers, soudeurs, pour réaliser cette nouvelle réplique, d’un coût total de 66 millions d’euros (92 millions $CAN).