Polytechnique résonne à l’Université Laval

Camille Coulombe a été marquée par le film «Polytechnique», réalisé par Denis Villeneuve. Celui-ci montre «des images qu’on ne veut pas voir».
Photo: Francis Vachon Le Devoir Camille Coulombe a été marquée par le film «Polytechnique», réalisé par Denis Villeneuve. Celui-ci montre «des images qu’on ne veut pas voir».

Quelques semaines après la vague d’agressions aux résidences de l’Université Laval, les étudiants croient que la commémoration de la tuerie de Polytechnique s’impose plus que jamais.

Lundi, Le Devoir a questionné des étudiants au hasard à l’entrée du Pavillon Desjardins. Ils ont 22 ou 23 ans et, le 6 décembre 1989, ils n’étaient même pas nés. Mais lorsqu’on leur a parlé « de Polytechnique », ils savaient tous de quoi il était question.

« Il faut se le rappeler. Se rappeler que ça existe. Et dans le contexte actuel à l’Université, c’est d’autant plus important », a répondu Julien Lebrun, étudiant au baccalauréat en géographie.

 

Quand on lui demande si les agressions récentes à l’Université l’ont surpris, il répond que « non ». « Il y a tellement d’histoires qu’on entend. […] Pas nécessairement par rapport aux femmes, mais j’ai entendu que des couples homosexuels se sont fait intimider sur le campus. Ils se sont fait entourer par des gars, crier après, frapper. »

 

Son amie, Camille Coulombe, pense de même. « Dans le monde où on vit, on dirait que tout peut arriver. » Elle dit que la violence est très « accessible ». « On est encore inégales par rapport aux hommes même si on essaie de se faire croire qu’on est égales », dit-elle.

Le film Polytechnique a été « marquant » pour elle. Il a mis des images sur ce dont elle avait entendu parler, « des images qu’on ne veut pas voir ».

Pertinence

Interrompu pendant sa pause cigarette, David (nom fictif) n’a pas voulu que son nom soit publié. De tous les jeunes rencontrés, il est le seul à s’être montré moins affirmatif au sujet des commémorations. « Je pense qu’il y a des drames plus importants qui ne sont pas commémorés, dit-il. Comme des grandes tueries. Oklahoma City. »

Les agressions récentes aux résidences l’ont fait réfléchir. Il en a conclu que les agresseurs auraient eu intérêt à se masturber pour « contrôler leurs envies ». « Ils ne doivent pas le faire assez. »

D’autres comme Tara Daigle-Curley, 32 ans, se sont mobilisés après les agressions. « Je suis en droit en plus donc c’est sûr que ça me touche. » Elle croit qu’il faut parler « de plus en plus » de la violence faite aux femmes. D’autant que le sujet est ambigu, « pas clair ».

 

Catherine Léger, 22 ans, a appris ce qui s’était produit à Polytechnique d’abord par sa mère « qui a étudié à Montréal dans ce temps-là ». Dans un cours au cégep, elle a fait un travail là-dessus. Ce qui l’a marquée dans le sujet ? « Peut-être l’appui de la population, les réactions », répond l’étudiante en finances. « Je trouve ça bien que je sois au courant de ça même si je n’étais pas née quand c’est arrivé. »

Étudiant en génie civil, Yahya Yazald en a entendu parler parce qu’il a fait une partie de sa formation à Polytechnique justement. Le jeune homme de 23 ans pense, lui aussi, que les commémorations ont leur pertinence. La violence contre les femmes est encore présente partout, selon lui. « Oui, sur les campus ça existe toujours et même sur le marché du travail. C’est toujours présent malgré tout ce qu’on dit. » Il croit quand même que les femmes sont en sécurité sur le campus. « Il y a des agents partout, ils sont bien équipés. Ils mettent les moyens pour ça. »

Josianne Rousseau, 23 ans, étudie en management. Elle commence par dire qu’elle n’est pas le genre de fille à craindre pour sa sécurité… puis se ravise. « Je n’ai pas peur… En fait, oui. Ce n’est pas normal qu’encore aujourd’hui, les boisés à l’Université Laval, traverser ça toute seule le soir, [je me dise que] je ne ferais pas ça, parce que je ne suis pas en confiance. »

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