Gilles Vaillancourt paie pour ses crimes

Gilles Vaillancourt à son arrivée au palais de justice de Laval, jeudi. Quand il en est ressorti, c’était pour être amené en prison.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Gilles Vaillancourt à son arrivée au palais de justice de Laval, jeudi. Quand il en est ressorti, c’était pour être amené en prison.

Gilles Vaillancourt, qui a pris le chemin de la prison jeudi, négociait depuis des mois sa voie de sortie avec la Ville de Laval, à qui il a dû céder tous ses avoirs, incluant son condo de l’île Paton et les millions qu’il avait cachés dans des comptes bancaires en Suisse, pour un total de près de 9 millions de dollars. « La seule chose qu’on ne pouvait pas saisir, c’est sa pension du gouvernement », affirme son remplaçant Marc Demers, qui se réjouit du dénouement de cette histoire.

« Nous sommes en négociation depuis le mois d’avril, confirme le maire Demers. Ils [les avocats de Gilles Vaillancourt] m’ont contacté et m’ont demandé si j’acceptais de négocier avec eux. J’ai dit oui, mais le problème, c’est qu’il a causé des dommages beaucoup plus élevés que sa capacité de payer. Alors il a dû me prouver qu’il avait mis tous ses avoirs sur la table. »

Marc Demers a refusé de préciser le montant exact que l’ancien maire a volé à la Ville entre 1996 et 2010, période pour laquelle Gilles Vaillancourt a plaidé coupable jeudi. Plus tôt, à la cour, la Couronne soutenait que « le montant exact de la fraude est encore inconnu », mais parlait d’une somme de « plusieurs dizaines de millions de dollars ».

Le maire Demers reconnaît qu’à cette échelle, la somme de 9 millions peut paraître « un peu mince », mais il affirme que c’est le maximum qu’il pouvait aller chercher. « J’aurais pu, probablement, avoir un jugement pour 20, 30 ou 40 millions, mais à quoi me sert le jugement si monsieur Vaillancourt ne dispose que de 9 millions ? Je ne pourrai pas aller chercher plus que 9 millions. »

Au cours des derniers jours, Gilles Vaillancourt a donc transféré à son ancienne ville la somme d’environ 7 millions à partir de comptes de banque en Suisse. Il a également cédé son condo de l’île Paton, évalué à 1,1 million, payé 300 000 $ en argent comptant et renoncé à sa pension de la Ville, d’une valeur de 30 000 $ par année, sur une période de dix ans. Sa femme pourra continuer d’habiter le condo jusqu’en mai prochain, date à laquelle celui-ci sera mis en vente par la Ville.

 

 

Trésor caché ?

Pour s’assurer que Gilles Vaillancourt n’a pas caché quelques millions qui lui permettront de filer des jours heureux aux frais des contribuables à sa sortie de prison, des juricomptables, des avocats et des enquêteurs de l’UPAC ont procédé à des vérifications en profondeur de ses actifs. Ils ont également épluché les avoirs de sa femme et des membres de son entourage pour voir s’ils avaient fait l’objet d’un transfert de patrimoine ces dernières années.

Le maire Demers a quand même tenu à se prévaloir d’une assurance pour la Ville. « S’il y a une omission ou un mensonge, la quittance que nous lui avons remise est nulle et non avenue […] Alors s’il m’a fait le cadeau de cacher un trésor, je reviens exactement là où j’étais la semaine passée, mais avec 9 millions dans les poches pour le poursuivre. Dans ce deal-là, on ne peut pas perdre. »

Au-delà de l’argent, le maire se réjouit du « symbole » que cela représente pour les citoyens de Laval. « Dans l’opinion populaire, neuf personnes sur dix me disent depuis le début : jamais monsieur Vaillancourt ne va faire de la prison et seuls les avocats vont s’enrichir dans votre quête pour retrouver de l’argent volé. Et aujourd’hui, monsieur Vaillancourt est en prison […] et la Ville de Laval a récupéré grosso modo 9 millions avec un minimum de frais pour cette opération-là. »

Ce dernier espère que l’exemple de l’ex-maire Vaillancourt donnera envie à ses coaccusés d’essayer de négocier une entente à leur tour.

Surprise au palais

Au palais de justice de Laval, quelques heures plus tôt jeudi matin, l’ex-maire a tout de même failli tout faire dérailler.

Tel qu’il était attendu, les avocats ont présenté au juge James Brunton la suggestion commune à laquelle ils étaient parvenus au terme des négociations : l’accusé plaidait coupable à trois chefs d’accusation pour fraude, complot et abus de confiance, en échange de quoi on abandonnait les accusations de gangstérisme. Les parties reconnaissaient la « restitution substantielle » des sommes volées comme un « facteur atténuant » et suggéraient une peine d’emprisonnement de six ans.

Mais avant de pouvoir accepter cette reconnaissance de culpabilité, le juge tenait à poser quelques questions à l’accusé. Ce dernier, qui semblait alors nerveux dans le box des accusés, a admis avoir commis tous les crimes qui lui étaient reprochés. Mais lorsque le juge lui a demandé d’admettre qu’il avait eu l’intention de commettre ces crimes, Gilles Vaillancourt a vacillé. Il a d’abord hésité, demandé au juge de répéter la question, puis hésité encore avant de laisser tomber faiblement : « Je n’avais pas d’intention… »

Tant chez les avocats que chez le juge, c’était l’incrédulité. Le juge a dû suspendre l’audience pour remettre les pendules à l’heure. Une quinzaine de minutes plus tard, Gilles Vaillancourt revenait avec les réponses attendues d’un accusé qui veut plaider coupable.

Les excuses de l’ex-maire

Gilles Vaillancourt est resté impassible pour la suite des procédures, même s’il savait qu’il ne ressortirait de la salle que pour prendre le chemin de la prison.

Ce dernier a d’ailleurs tenu à s’adresser directement à la Cour avant que le juge ne prenne la cause en délibéré. « Je regrette très sincèrement les erreurs que j’ai commises et surtout la peine que j’ai imposée à ma famille, à mes amis et, surtout, aux citoyens de Laval. Je ressens une très grande douleur et je sais que cette douleur-là va m’accompagner peut-être jusqu’à la fin de ma vie. Je m’en excuse très sincèrement. J’ai accompli de grandes choses à Laval, mais les erreurs que j’ai commises ne sont pas acceptables, je le comprends. Je souhaite purger ma peine le plus rapidement possible et redevenir un citoyen actif au sein de la société. »

Gilles Vaillancourt reviendra en cour le 15 décembre à 14 h pour connaître sa sentence.


L’entente

Les avocats de Gilles Vaillancourt, du DPCP et de la Ville de Laval ont négocié durant plusieurs mois pour aboutir au plaidoyer de culpabilité enregistré jeudi.

Ce qu’obtiennent les Lavallois

- Une condamnation à six ans de pénitencier (suggestion commune de la Couronne et de la défense faite au juge)

- Le remboursement de 8,7 millions, incluant la remise de son luxueux condo de Laval et le renoncement à la pension de la ville

Ce que gagne Gilles Vaillancourt

- La suspension de l’accusation de gangstérisme

- L’assurance de ne pas faire face à de nouvelles réclamations

- L’assurance de ne pas devoir témoigner dans les procès de ses coaccusés

 

Lise Bacon dit avoir toujours douté de Vaillancourt

Ministre dans les deux gouvernements Bourassa et ministre responsable de Laval dans le deuxième mouture jusqu’en 1994, Lise Bacon a toujours entretenu des soupçons à l’endroit de Gilles Vaillancourt. « Il y avait toujours des rumeurs », a-t-elle livré au Devoir. « On n’avait pas d’informations; ceux qui en profitaient ne parlaient pas. » En 2008, elle avait critiqué la ministre Michelle Courchesne qui, à ses yeux, n’avait pas su garder ses distances du maire. « Elle m’en a voulu beaucoup », a révélé Lise Bacon. Toujours en 2008, l’ancienne ministre soulignait de façon prémonitoire que tout à Laval passait par l’hôtel de ville et qu’il serait « intéressant qu’un jour les gens s’y mettent et regardent de près ce qui se passe là ». À chaque élection à Laval, elle appuyait l’adversaire de l’omnipotent maire. « Même s’il a aimé sa ville et qu’il a fait beaucoup pour Laval, ç’a coûté cher aux Lavallois. Il n’y a personne qui est au-dessus des lois. »
13 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 2 décembre 2016 04 h 31

    les erreurs

    La seule erreur que vous avez commise est que vous vous êtes fait «pogné», le reste ne sont pas des «erreurs», c'est du «calcul» (dans le sens négatif du terme).

    PL

  • Gaston Bourdages - Abonné 2 décembre 2016 05 h 58

    Il existe de ces sentences qu'aucun tribunal....

    ...n'est apte à prononcer. Je pense à affectant la conscience.
    Celle du senti, du ressenti. Qui se trouve, se déniche de façon générale, en faisant appel à cette question: «Comment est-ce que je me sens...face à ?»
    Lorsque monsieur Vaillancourt mentionne que «cette douleur-là va m'accompagner peut-être jusqu'à la fin de ma vie», je suis enclin à lui confirmer que c'est le cas.
    Pour sûr qu'il existe la voie (voix) de la justice réparatrice mais elle n'efface pas le souvenir. Elle n'irradie, ni n'occulte lni exorcise le sentiment de trahison chez celles et ceux qui ont été blessés.
    À la défense de monsieur Vaillancourt: la corrruption ne se fait pas seule. Elle a besoins de complice: la collusion.
    La conscience finit toujours par avoir le dernier mot...parfois sur un lit de mort. Excusez, s'il vous plaît, le coté plutôt lugubre de ma conclusion sauf que «ça» peut être ainsi.
    La liberté intérieure passe par les voix et voies de la conscience.
    Gaston Bourdages,
    Auteur de «Pourquoi la corruption?» - «Pourquoi la collusion?» et d'un ouvrage en parachèvement sur la conscience.

  • Pierre Schneider - Abonné 2 décembre 2016 06 h 59

    Mea culpa

    Dans sa contrition, l'ex-maire parle "d'erreurs que j'ai commises". Il s'agit beaucoup plus que de ça: ce sont des crimes, monsieur.

    Puisse ce repentir l'acompagner jusqu'à la fin de ses jours, mais seulement "peut-être".

  • Ghisline Larose - Abonnée 2 décembre 2016 08 h 03

    La justice-- Il a cédé tous ses avoir---

    «la Ville de Laval, à qui il a dû céder tous ses avoirs, incluant son condo de l’île Paton et les millions qu’il avait cachés dans des comptes bancaires en Suisse, pour un total de près de 9 millions de dollars. »---
    Il faut quand même pas verser de larmes pour cet homme , vous ne croyez pas?

    La population en genéral est assez avertie pour ne pas croire que Vaillancourt n'est pas sans avoir prévu sa vie post-prison--- Un gars futé qui aurait tout remis à la ville? non mais faut pas nous faire ce coup-là tout de même--- Des tranferts de fonds.. des propriétés sous d'autres noms etc... tout ça existe aussi---
    Il s'excuse pour ses erreurs? Erreurs? mais non une erreur ne dure pas 15-20 ans.. C'est criminel ce qu'il a fait ---

  • Raymond Vaillancourt - Abonné 2 décembre 2016 08 h 06

    Implications

    En évitant le procès, on s'assure qu'il n'y aura pas d'autres personnes dont les noms seront cités et qui pourraient se retrouver en mauvaise posture. Il est certain qu'en ayant été président de l'UMQ, il a été considéré comme un VIP par plusieurs personnes...