Les délais d’attente représentent l’un des plus grands défis

Des réfugiés, travailleurs sociaux et autres acteurs du milieu de l’immigration ont été invités à partager leurs expériences.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Des réfugiés, travailleurs sociaux et autres acteurs du milieu de l’immigration ont été invités à partager leurs expériences.

Délais d’attente interminables, information difficile à trouver, soins en santé mentale insuffisants… Ce sont là les principales doléances qui sont ressorties de la consultation semi-annuelle du Conseil canadien pour les réfugiés (CCR), qui se termine aujourd’hui à Montréal.

Des réfugiés, travailleurs sociaux et autres acteurs du milieu de l’immigration à travers le pays ont pris part à un atelier bilingue où ils ont été invités à partager leurs expériences et à discuter des défis et des succès de la réinstallation des réfugiés syriens. L’une des principales difficultés : l’attente.

Étudiant au cégep Vanier, Avo Kazanjian est arrivé au Canada en décembre de l’année dernière en pleine tempête. Son oncle, un résidant de Toronto, l’a parrainé lui, sa mère et ses soeurs. Mais il attend toujours la venue de son père, encore en Syrie, et de sa grand-mère, réfugiée au Liban, dont les demandes ont pourtant été acceptées. « Ils attendent de recevoir un appel pour le billet d’avion. C’est tout. Mais ça fait des mois qu’ils attendent. Ma grand-mère a 80 ans et elle est seule au Liban. Mais qu’est-ce qu’on attend ? » s’impatiente-t-il. Il appelle régulièrement à l’ambassade sans qu’on puisse l’informer sur quoi que ce soit.

« Le principal problème, ce sont les cartes d’identité [assurance maladie, permis de conduire, assurance sociale] », intervient pour sa part un jeune Syrien dans un très bon anglais. « Quand on arrive, on ne sait pas comment faire pour les obtenir et il faut les avoir rapidement si on veut fonctionner. »

Mounir Nasri est catégorique, le principal problème, c’est l’emploi. « La langue, la reconnaissance des diplômes… ce sont des défis reliés au problème de l’emploi », dit le jeune Syrien, qui travaille maintenant auprès des communautés immigrantes à Agincourt en Ontario. « On devrait aussi s’efforcer de trouver des occasions d’emploi pour ceux qui n’ont pas du tout de qualifications. Et il y en a beaucoup. »

Des succès

Parmi toutes les tranches de vie partagées figurent des histoires de succès. Comme celle de deux frères syriens qui, parrainés par deux familles différentes que des kilomètres séparent — l’une à Terre-Neuve et l’autre en Ontario —, ont finalement été réunis en Ontario. L’un des frères continue d’être parrainé, mais à distance.

Lorsque les familles de Syriens ont commencé à arriver à Saint-Jérôme, Line Chaloux, directrice générale de l’organisme Le Coffret, a vite constaté que les hommes n’avaient pas autant de soutien et de cercles d’entraide que les femmes et les enfants, jugés plus vulnérables. Elle a donc formé un cercle d’hommes animé par un intervenant flanqué d’un interprète arabophone. « Ils ont rapidement commencé à partager leurs frustrations, à l’abri du regard de leurs femmes, à qui ils ne voulaient pas montrer leur fragilité », explique-t-elle. De ces rencontres a découlé l’idée de former une petite ligue de soccer avec des gens de la municipalité, qui a duré tout l’été et qui ne se transportera toutefois pas à l’intérieur, faute de commanditaires. « C’est dommage, parce qu’ils aimaient tellement ça. Ils sentaient qu’ils étaient des gagnants et pas juste des réfugiés. » Et parlant de succès : ils ont d’ailleurs remporté tous les matchs.