Justice - Le chef de la secte Aum sera pendu

Tokyo — Shoko Asahara, le gourou fondateur de la secte Aum Vérité Suprême, a été condamné hier à la pendaison pour les crimes terroristes les plus choquants, mais aussi les plus mystérieux, jamais commis au Japon, dont un attentat meurtrier au gaz sarin dans le métro de Tokyo en 1995.

«L'accusé est condamné à mort», a asséné le juge principal Shoji Ogawa au terme d'un procès-fleuve qui aura duré presque huit ans. Un verdict qui faisait peu de doute.

Considérant que le gourou avait «exploité la religion comme un rempart derrière lequel il se cachait», le juge a qualifié ses crimes de «cruels, vicieux et sans pitié».

«L'accusé a tenté de devenir le maître du Japon en créant la secte Aum Vérité Suprême et en l'armant [...] Mais il ne s'est pas contenté d'assassiner des individus spécifiques, ses crimes ont dégénéré en actes de terrorisme indiscriminés», a poursuivi le magistrat.

L'ennemi public numéro un du Japon, qui va sur ses 49 ans, n'a pas bronché à l'énoncé du verdict.

Ses avocats ont aussitôt fait appel, estimant que le verdict était fondé sur «des faits et des motifs trop inconsistants», ce qui devrait permettre au condamné d'être renvoyé derrière les barreaux pour plusieurs années encore.

La sentence est apparue comme trop clémente aux yeux de beaucoup de Japonais qui ne cachent pas leur répulsion et leur haine envers le gourou.

Quant à l'avocat des familles des victimes, il a dénoncé «la responsabilité du gouvernement» qui n'a pas «su empêcher cette attaque terroriste majeure».

Asahara, de son vrai nom Chizuo Matsumoto, était accusé d'avoir orchestré 13 crimes ayant tué au total 27 personnes et empoisonné des milliers d'autres.

Il a été reconnu coupable d'être le cerveau de l'attaque au gaz sarin perpétrée en mars 1995 dans le métro de Tokyo (12 morts et plus de 5000 intoxiqués) mais aussi d'une «répétition» au sarin neuf mois auparavant à Matsumoto qui avait tué sept personnes.

Enfin, il a été tenu responsable de l'assassinat d'un avocat, ennemi juré de la secte, et de sa famille.

Les trois juges du tribunal ont rejeté la plaidoirie de la défense qui avait argué que les adeptes de la secte, dont 11 ont déjà été condamnés à mort mais pas exécutés, avaient agi de leur propre chef, indépendamment du «maître».

Le gourou, menottes aux poignets, était escorté par huit gardiens pour entendre sa condamnation. Il portait un tee-shirt noir informe ainsi qu'un pantalon de la même couleur. Sa chevelure et sa barbe grisonnantes étaient coupées court. Il a gardé les yeux clos et la tête baissée durant la lecture des attendus, les bras croisés sur sa poitrine.

Asahara avait été arrêté en mai 1995 au QG d'Aum à Kamikuishiki dans les environs du Mont Fuji, à l'endroit même où la secte dirigeait une usine chimique capable de produire suffisamment de sarin — invention des nazis — pour tuer des millions de personnes.

En décembre 1999, la secte avait admis pour la première fois officiellement sa responsabilité dans les attentats au sarin.

Fondée en 1984, rebaptisée Aleph en 2000 et toujours en activité, elle a de nouveau présenté «ses plus profondes excuses aux victimes et à leurs familles» après le verdict.

«Le verdict sera imprimé à jamais dans nos coeurs et nous allons poursuivre notre travail pour compenser les victimes», a-t-elle promis dans un communiqué.

Aleph s'est engagé à verser 960 millions de yens (sept millions d'euros) de dédommagements aux victimes d'ici juillet 2005, dont 464,8 millions ont déjà été payés.

La secte, qui mêle mysticisme hindou, croyances bouddhistes et visions apocalyptiques, regroupe actuellement près de 2000 fidèles et fait l'objet d'une surveillance attentive de la part de la police, l'influence de l'ancien gourou étant supposée encore grande parmi les fidèles.

Près de 5000 curieux s'étaient déplacés pour tenter d'arracher un des quelques sièges disponibles pour le public à l'intérieur du tribunal. Quelque 400 policiers avaient été spécialement mobilisés pour assurer la sécurité en ville.