Temps durs pour le mouvement syndical

Claude Lafleur Collaboration spéciale
M. Boyer observe que tout devient essentiel dès l’instant où une grève dérange. Il cite l’exemple du récent conflit des traversiers Québec-Lévis, alors que le maire Labeaume a prétendu que ceux-ci constituaient un service essentiel.
Photo: iStock M. Boyer observe que tout devient essentiel dès l’instant où une grève dérange. Il cite l’exemple du récent conflit des traversiers Québec-Lévis, alors que le maire Labeaume a prétendu que ceux-ci constituaient un service essentiel.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Les vingt-cinq dernières années ont été difficiles pour le syndicalisme, rapporte Daniel Boyer, président de la FTQ. C’est ainsi que les syndiqués des secteurs public et parapublic sont désormais soumis à une loi sur les services essentiels.

« Les employeurs soumis à cette loi n’ont pas le droit de lockout, alors que nous, notre droit de grève est très limité, explique le chef syndical. Bien sûr, lorsque la santé et la sécurité de la population sont mises en danger, on est d’accord pour que s’appliquent des services essentiels. »

« Toutefois, poursuit M. Boyer, on observe qu’on étire cette notion à outrance, puisqu’on constate que tout devient essentiel dès l’instant où une grève dérange ! »

Il cite ainsi l’exemple du récent conflit des traversiers Québec-Lévis, alors que le maire Labeaume a prétendu que ceux-ci constituaient un service essentiel. « Mais il y a tout de même deux ponts reliant les deux rives, lance M. Boyer. Pour sûr, la grève des traversiers a dérangé, mais est-ce qu’elle mettait en péril la sécurité et la santé des gens ? ! »

Dur, dur d’être syndicaliste

C’est ainsi qu’à partir des années 1990 la situation des syndicats dégénère. « Sous le Parti québécois d’alors, on a joué le jeu du déficit zéro, se rappelle M. Boyer, ce qu’on regrette aujourd’hui. »

De 1990 à 2000, le chef syndical estime que « ça n’a vraiment pas été facile pour le mouvement syndical, et ce n’est pas plus facile aujourd’hui encore ». Il constate entre autres que le marché du travail a énormément changé, particulièrement à cause du travail autonome et de la mondialisation.

« On est donc à se redéfinir, dit-il, mais je vois de grandes occasions pour le mouvement syndical si on réussit à prendre notre place dans ce virage. »

Daniel Boyer songe à la redéfinition du travail et aux transformations qui viendront dans la foulée des changements climatiques. « Ça va changer énormément le travail, dit-il, et il y a des régions entières et une foule de travailleurs qui vont être touchés… »

« Mais nous, nous faisons le pari qu’il faut ouvrir un dialogue avec l’ensemble de la société afin d’évaluer tous les impacts de ces changements et comment on doit y faire face tous ensemble. »