Justice - La Belgique est de nouveau plongée dans l'affaire Dutroux

Arlon (Belgique) — Aux confins des Ardennes belges, à deux pas des frontières luxembourgeoise et française, la petite ville d'Arlon s'apprête à vivre avec le procès de Marc Dutroux, qui doit débuter lundi, un événement dont elle se serait sans doute bien passée.

Depuis quelques jours, les médias du monde entier ont commencé à envahir la «capitale» de la Lorraine belge, commune de 24 000 habitants à l'habitude plutôt tranquille.

Les salles de plusieurs cafés des abords du palais de justice ont été louées par des télévisions et radios belges, qui les ont transformées en studios pour les besoins d'un procès qui devrait durer plus de deux mois.

Les habitants ne sont pas tous contents de l'agitation liée à la présence dans la ville de l'«ennemi public numéro un».

«Je sais ce que je lui ferais», explique Thierry, dont la maison jouxte l'arrière de la vieille prison aux allures de forteresse où Marc Dutroux est détenu depuis 1996. Il dresse le bras et pointe les doigts comme s'il tenait un revolver: «Bang!», fait-il, assurant qu'il n'est «pas un extrémiste».

Marc Dutroux est principalement accusé du rapt et du viol de six fillettes et adolescentes belges, dont quatre avaient été retrouvées mortes dans ses propriétés à l'été 1996.

Thierry, qui ne désire pas être identifié, est lui-même père de deux filles de neuf et onze ans, à peine plus âgées que les petites Julie et Melissa (huit ans), enlevées près de Liège en 1995 et mortes de faim et de soif après des mois de séquestration dans une cache sordide près de Charleroi.

Près de huit ans après le déclenchement de la plus retentissante affaire criminelle belge, «les parents font encore attention à la sécurité de leurs enfants. Ils les conduisent à l'école et vont les rechercher en voiture», explique la directrice d'une école arlonnaise, Ginette Riez.

«Bien sûr, ce qu'il a fait, c'est odieux. Mais ce que j'attends, c'est la réclusion à perpétuité, rien de plus», dit pour sa part un libraire du centre-ville, Ruddy Samain. La peine de mort a été abolie en Belgique en juillet 1996.

Mais ce qui préoccupe le plus les Arlonnais, à quelques jours du début de procès, ce sont les embarras de circulation et les problèmes de parking, explique-t-il.

Six ans après l'éphémère mais rocambolesque évasion du pédophile, qui avait coûté leurs postes en avril 1998 aux ministres belges de l'Intérieur et de la Justice, les autorités n'ont en effet rien voulu négliger et 330 policiers seront mobilisés pour assurer la sécurité.

Le nouveau palais de justice, qui accueillera les audiences, est entouré de barrières de sécurité et les rares places de parking disponibles risquent d'être occupées de manière permanente par les médias.

«Il y a moins de clients depuis quelques jours, mais je m'attends à vendre plus de journaux lors de l'ouverture du procès», ajoute M. Samain.

Pour Denis Baude, qui gère un petit vidéo club-confiserie dans un quartier piétonnier du centre, «la réputation, bonne ou mauvaise», faite à la ville «n'a pas que des inconvénients».

«J'espère une petite augmentation de mon chiffre d'affaires», dit-il, critiquant toutefois «ceux qui en profitent en poussant les loyers à des prix exorbitants».

Un particulier arlonnais proposait récemment de louer pour la bagatelle de 2500 euros par mois deux box de garages de voitures aménagés en studio «tout confort».

«En fait, c'est un procès comme un autre, qui fait peut-être plus de bruit qu'il n'en mérite», estime M. Baude.