La Fédération des femmes du Québec craint pour sa survie

La présidente de la Fédération, Mélanie Sarazin, rappelle que la Fédération a mené de grandes luttes au cours des cinquante dernières années.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir La présidente de la Fédération, Mélanie Sarazin, rappelle que la Fédération a mené de grandes luttes au cours des cinquante dernières années.

Plusieurs anciennes dirigeantes de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) se sont portées à la défense de l’organisme dimanche après que sa présidente eut laissé planer le spectre d’une fermeture en raison d’un financement gouvernemental qu’elle qualifie d’insuffisant.

La FFQ, qui célèbre son 50e anniversaire cette année, affirme que sa santé financière est si fragile qu’elle a récemment dû se départir de deux de ses quatre employées et que sa priorité est de stabiliser la situation dans les prochains mois.

« On avait beaucoup plus accès à du financement il y a plusieurs années », a affirmé en entrevue la présidente de la FFQ, Mélanie Sarazin. Cette tâche est devenue plus laborieuse dans les premières années du gouvernement Harper, a-t-elle dit, et vers 2006 au gouvernement du Québec. « Si au 31 mars 2017 on n’arrive pas à stabiliser notre situation, on ne passera pas l’année qui vient. »

Enveloppe du SACAIS

À l’heure actuelle, le financement gouvernemental représente près de 20 % du budget de la FFQ, mais celle-ci voudrait voir cette proportion à 70 %. À Québec, l’organisme dit ne recevoir que 75 000 $, une enveloppe qui provient du Secrétariat à l’action communautaire autonome et aux initiatives sociales (SACAIS) pour son fonctionnement. Ce montant n’est pas indexé, déplore-t-elle. L’autre tranche de 80 % de son financement vient de ses membres, de donateurs, des communautés religieuses et des syndicats.

Autrefois, la FFQ, qui a tenu une conférence de presse pour exprimer son inquiétude et dévoiler une future campagne de sociofinancement, recevait également des fonds importants grâce au Programme de promotion de la femme, à Ottawa, mais le gouvernement Harper a fait des coupes claires dans le budget de Condition féminine Canada en 2006.

Protéger les droits

Françoise David, dont la présidence de sept ans à la FFQ a notamment été marquée par l’organisation de la marche « Du pain et des roses » en 1995, a qualifié la situation d’« extrêmement inquiétante ».« Financer la défense des droits est un devoir de notre gouvernement. La ministre [de la Condition féminine, Lise] Thériault a pris des années à présenter un plan d’action contre les violences sexuelles. Elle ne peut pas encore prendre des années avant de bouger pour reconnaître l’importance et le travail de la FFQ », a écrit Mme David, qui a dirigé l’organisme de 1994 à 2001. « C’est complètement crève-coeur », a-t-elle ajouté lors d’un entretien.

Il a été impossible de joindre l’attaché de presse de Mme Thériault, que Mme Sarazin espère rencontrer bientôt. Au cabinet de la ministre fédérale de la Condition féminine, Patty Hajdu, on n’était pas en mesure de réagir immédiatement. La FFQ a déjà rencontré Condition féminine Canada à quelques reprises afin de développer des projets.

La FFQ a été de plusieurs combats au fil du temps, de l’équité salariale à la mise sur pied d’un régime d’assurance parentale. Elle s’est retrouvée au coeur d’une controverse il y a quelques années en raison de sa position sur le port du voile chez les femmes musulmanes (associé à un droit individuel), un chapitre qui a abouti à l’apparition d’un groupe nommé « Pour les droits des femmes ».

Déranger

Sur sa page Facebook, une autre ex-présidente, Alexa Conradi, a affirmé que le mouvement féministe est « une épine au pied » pour les gouvernements, car « les féministes dérangent ».« Ce n’est pas pour rien qu’aussitôt élu, le gouvernement de Harper a mis fin au financement pour la défense des droits des femmes, plongeant les groupes féministes au Canada dans le chaos, y compris la FFQ », a-t-elle écrit en déplorant par ailleurs que « les fonds disponibles au Québec ne parviennent pas véritablement à faire vivre la FFQ », car « les critères sont devenus plus restrictifs ».

Les centrales syndicales et les Femmes autochtones du Québec ont également signalé leur appui à la FFQ. Pour Michèle Asselin, qui a dirigé l’organisme de 2003 à 2009, « l’égalité de droits, si chèrement acquise, est loin d’être une réalité de fait pour toutes les femmes » et la FFQ a « encore toute sa pertinence ».

7 commentaires
  • Francine Lavoie - Abonnée 20 novembre 2016 16 h 10

    Crédibilité entachée

    Depuis qu'elle a abandonné la laïcité et toléré l'intrusion religieuse dans son mouvement, sans égard pour la fragile égalité homme-femme, la FFQ a perdu beaucoup de crédibilité et de très nombreuses membres. Elle doit rapidement se reprendre ou déclarer forfait.

    • Johanne St-Amour - Inscrite 20 novembre 2016 17 h 37

      Je suis parfaitement d'accord avec vous Mme Lavoie. Le refus de la laïcité par les membres de la FFQ est inacceptable. Quand c'est rendu qu'elle garde le silence face à la ségrégation dans les mosquées, on se demande ce qu'elle défend. Comme ce refus de faire entrer les femmes ministres par la même porte que les hommes, d'asseoir les femmes au balcon et d'empêcher ces femmes ministres de parler lors d'une visite de Justin Trudeau lors du dernier Aïd. La FFQ a perdu une très belle occasion de dénoncer cet apartheid sexuel.

      Il faut diviser le débat identitaire de la laïcité, il faut redéfinir l'inclusivité : car cette dernière notion n'est jamais exigée pour les intégristes qui prônent la ségrégation.

      Cette attitude de la FFQ n'est pas étrangère à l'implication de plusieurs musulmanes qui semblent imposer une vision intégriste de leur religion.

      Et Que dire des valses-hésitations de la FFQ concernant la prostitution! On serait en train de refaire une énième étude afin de ne pas mettre de l'avant les propositions qui ont été votées lors des États généraux en 2013, dont entre autres la criminalisation des clients de la prostitution. Ce genre de «féminisme» est discriminatoire pour toutes les femmes... qui ne sont pas à vendre!

      Mais bien sûr, tout cela n'est pas étranger à l'implication de plusieurs femmes qui sont pour la prostitution, comme des femmes qui militent aussi au groupe Stella à Montréal.

      Et s'il n'y avait que ça. Que dire des nombreuses dissenssions qui ont cours à la FFQ depuis quelques années concernant l'imposition de l'analyse intersectionnelle qui divise de plus en plus les femmes. Une analyse où les Blancs-Blanches, hétérosexuelles, (prétendument) privilégiéEs financièrement (comme les femmes de l'effet A), et en assez bonne santé sont des parvenus maintenant aux yeux de plusieurs.

      Je suis féministe radicale (i.e. contre le patriarcat), universaliste et laïque et j'appuie les groupes qui représente cela.

    • Johanne St-Amour - Inscrite 21 novembre 2016 12 h 24

      Est-ce que vraiment des groupes religieux et des syndicats appuient la FFQ au regard de leur position sur la prostitution? Vraiment? Qui sont-ils?

      Est-ce que des groupes religieux et des syndicats appuient la FFQ relativement à leur définition de la laïcité et à leur silence de la ségrégation par exemple dans certaines mosquées? Qui sont-ils?

      Est-ce que ces groupes appuient la division qu'amène l'imposition de l'analyse intersectionnelle par la FFQ?

    • Francine Lavoie - Abonnée 21 novembre 2016 12 h 27

      La FFQ ne dit rien non plus, de peur de déplaire à certaines de ses membres sns doute, sur le scandale des petites filles que l'on cache sous des fatras de tissu dès le plus jeune âge, ici même, au Québec, où l'égalité homme-femme a fait des avancées spectaculaires en une cinquantaine d'années.

      Des petites filles condamnée à se voir comme inférieures dès maintenant, à ne pouvoir jouer comme leurs frères, en toute liberté de mouvements, et à subir sans doute les moqueries de ces derniers et de leurs amis.

      On tente de nous faire croire qu'il ne s'agit que de "linge" pour elles et leur mère, dixit l'ineffable ministre de la Justice du Québec, mais les experts en religion ne cessent d'affirmer qu'il n'en est rien et que les voiles de toutes sortes portés par les femmes musulmanes servent d'étendards politiques à l'Islam...

      Même en admettant que la femme adulte fait un libre choix en se cachant de la sorte, ce dont il est permis de douter, la FFQ ne pourrait-elle pas dénoncer le vol d'enfance et de liberté infligé à ces petites filles?

  • Pierre Lalongé - Abonné 20 novembre 2016 18 h 25

    La FFQ veille sur toutes les femmes!

    La FFQ veille et a veillé sur toutes les femmes.
    Même dans la tourmente, j'ai continué de l'appuyer.

    Pierre Lalongé, donateur

    • Annie-Ève Collin - Abonnée 22 novembre 2016 06 h 08

      C'est faux, comme plusieurs personnes le signalent ici.

  • Nadia Alexan - Abonnée 21 novembre 2016 09 h 54

    En appuyant le voile symbole de l'oppression patriarcal, la FFQ a perdu toute crédibilité.

    Je suis reconnaissante à la Fédération des femmes du Québec pour le travail magnifique qu'elle a accompli depuis sa naissance. Malheureusement, elle a perdu toute crédibilité en appuyant les femmes voilées, qui se réclament d'être des féministes! Si la Fédération veut vraiment récupérer sa crédibilité, il faudrait qu'elle épouse la laïcité et qu'elle renonce son appui aux symboles religieux, signes de l'oppression de la femme par le patriarcat.