«Au même endroit qu’il y a un an»

De nombreuses voix, dont celle de la nouvelle présidente du Conseil du statut de la femme, Eva Ottawa, ont exprimé leur ras-le-bol à propos de l’impunité des policiers de la SQ à Val-d’Or.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir De nombreuses voix, dont celle de la nouvelle présidente du Conseil du statut de la femme, Eva Ottawa, ont exprimé leur ras-le-bol à propos de l’impunité des policiers de la SQ à Val-d’Or.

Ç’en est assez : l’inertie du gouvernement Couillard dans le dossier autochtone a assez duré, tonne la présidente du Conseil du statut de la femme (CSF). Près d’un an après les premières allégations d’agressions sexuelles envers des femmes autochtones de Val-d’Or par des agents de la Sûreté du Québec, le premier ministre doit cesser de « se réfugier derrière la commission d’enquête nationale » et déclencher « de toute urgence » une enquête provinciale, insiste Eva Ottawa.

Avec la décision rendue vendredi par le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), on se retrouve aujourd’hui exactement au même endroit qu’il y a un an, déplore celle qui a été nommée à la tête du CSF par le gouvernement libéral en septembre dernier. « On ne peut plus attendre », souligne-t-elle en entretien au Devoir.

« On est devant une crise sociale urgente, et le gouvernement doit poser un geste clair et fort en établissant une enquête publique, comme demandé par les femmes elles-mêmes. Il doit prendre ses responsabilités, il en va de la paix sociale. »

Philippe Couillard et ses ministres « se réfugient derrière la commission nationale », constate l’Attikamek, première femme à diriger une Première Nation au Québec, et première Amérindienne à diriger une organisation étatique. « La province doit faire partie des solutions, il ne peut pas tout relayer au fédéral. »

Par communiqué, les commissaires de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées se sont dits « conscients » des plaintes présentées à Val-d’Or.

« La situation à Val-d’Or est exactement le genre de situation qui sera examinée dans le cadre de l’Enquête nationale. Les services de police constituent un service gouvernemental essentiel qui relève du mandat de l’Enquête », ont-ils fait valoir, sans toutefois se prononcer sur la pertinence d’une commission d’enquête propre au Québec.

« Il y a des limites à ce qu’ils peuvent faire en l’espace de 24 mois et avec dix provinces et trois territoires à couvrir », répond Eva Ottawa.

Réactions

Jointe par Le Devoir, l’observatrice civile indépendante chargée par le gouvernement Couillard d’examiner l’enquête menée à Val-d’Or n’a pas souhaité commenter la décision du DPCP. Mercredi, elle avait soutenu que d’autres provinces ont, elles, déclenché des enquêtes sans attendre que le fédéral le fasse à leur place. « La question de la suffisance de l’enquête fédérale pour faire la lumière sur les enjeux systémiques propres au Québec et de la nécessité d’adopter des mesures complémentaires se pose avec une acuité toute particulière en ce moment », insistait-elle.

Accusant le coup, de nombreux groupes autochtones ont rappelé les besoins criants des communautés touchées par ces crimes. « Il faut continuer de les soutenir dans leurs démarches, notamment juridiques. On a besoin de ressources, elles se brûlent à la tâche », a plaidé le chef Ghislain Picard, de l’Assemblée des Premières nations du Québec et du Labrador.

À Québec, la députée de Québec solidaire Manon Massé a, elle aussi, réclamé une enquête publique, non seulement sur la relation entre les corps policiers et les femmes autochtones, mais sur leurs relations ainsi que celles du système de justice avec l’ensemble des autochtones. La commission d’enquête fédérale ne sera pas suffisante.

« Ce n’est pas le travail du DPCP de mettre le doigt sur des injustices centenaires et de mettre le doigt sur ce qu’on vit actuellement au Québec, c’est-à-dire du racisme systémique envers les Premières Nations, c’est au gouvernement du Québec », a déclaré Manon Massé dans un point de presse. Et le gouvernement devrait reconnaître que « le racisme systémique envers les Premières Nations, c’est quelque chose qui existe au Québec ».

Lorsque le Parti québécois était au pouvoir, il avait entrepris « une vaste consultation » en vue d’élaborer un « plan d’action gouvernemental pour contrer le racisme et la discrimination envers les autochtones », a pour sa part rappelé le porte-parole du parti en matière d’affaires autochtones, Alexandre Cloutier. « Le gouvernement libéral n’a pas donné de suite à cette initiative. À la lumière des récents événements, ce plan d’action est d’autant plus nécessaire, et son application est urgente », a-t-il jugé.

Le député de la Coalition avenir Québec Mathieu Lemay a lui aussi réitéré la nécessité d’une commission d’enquête québécoise. « Les témoignages d’horreur qui jouent en boucle depuis des mois ne doivent pas tomber dans l’oubli. Le gouvernement du Québec doit agir. »

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agressions déclarées par la police
2 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 19 novembre 2016 07 h 57

    L'excuse par excellence

    Quand ça va mal dans un domaine, le provincial jette le blâme sur le fédéral, et vice versa : commandons une interminable enquête qui "fermera la trappe"des opposants. Ainsi fonctionne l'apologie du laissez-faire dans le fédéralisme canadien

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 19 novembre 2016 08 h 01

    Que l'on se montre enfin responsable!

    Spécialement lorsqu'il s'agit d'actes criminels, sa mission essentielle, et aussi celle de son bras armé (la SQ), est la protection des personnes humaines vivant au Québec: on ne se soustrait pas cette mission et on ne soustraite pas un tel défi. Au contraire, on le relève publiquement et brillamment d'autant que les personnes violentées figurent parmi les plus vulnérables et que leurs communautés, longtemps victimes d'un génocide culturel imputable au moins au gouvernement fédéral, réclament une telle enquête. Alors, qu'on l'institue! Plus le gouvernement du Québec, la SQ et l'APPQ hésiteront à instituer, ou à réclamer, la formation d'une commission d'enquête publique québécoise portant sur les accusations de discrimination systémique policière formulées par les nations autochtones, plus l'abysse de confiance et le déshonneur dans lesquels ils nous jettent tous s'approfondiront et affaibliront dangereusement leur efficacité sur le terrain. Le gouvernement doit donc absolument et totalement se responsabiliser pour son bras armé et les populations les plus vulnérables vivant dans la région de Val-d'Or et ailleurs au Québec. D'ailleurs, pourquoi hésite-t-il autant? Que craint-il? Qui craint-il? La SQ menace-t-elle de se retirer de certains territoires moins peuplés et plus éloignés si l'on crée une telle enquête? Offre-t-elle une collaboration conditionnelle? Demande-t-elle un «retour d'ascenceur» au gouvernement libéral actuel pour la façon dont elle a géré le «printemps érable»? Les sous-ministres provenant de la SQ menace-t-ils de se retirer? Les chauffeurs des ministres en savent-ils trop?