Richard Henry Bain devra attendre 20 ans avant de pouvoir demander une libération

Le procureur de la Couronne, Dennis Galiatsatos, à sa sortie du Tribunal avec Diane Blanchette, la sœur de la victime Denis Blanchette, ainsi que le collège de celui-ci, Gaël Ghiringhelli (à l’arrière-plan), en août.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le procureur de la Couronne, Dennis Galiatsatos, à sa sortie du Tribunal avec Diane Blanchette, la sœur de la victime Denis Blanchette, ainsi que le collège de celui-ci, Gaël Ghiringhelli (à l’arrière-plan), en août.

Richard Henry Bain devra attendre 20 ans avant de pouvoir demander une libération conditionnelle, a tranché le juge Guy Cournoyer de la Cour supérieure du Québec, vendredi.

Bain avait été reconnu coupable de meurtre non prémédité par un jury, en août, à la suite de la mort du technicien Denis Blanchette à l’extérieur du Métropolis, le soir de l’élection de Pauline Marois comme première ministre du Québec, en 2012.

Celle-ci se trouvait à l’intérieur de l’établissement pour y prononcer un discours.

Bain a également été reconnu coupable de trois chefs de tentative de meurtre. Ce meurtre a été « motivé par la haine basée sur les opinions et croyances des membres du Parti québécois », a déclaré le juge Cournoyer en prononçant la sentence.

Vendredi, le procureur de la Couronne, Dennis Galiatsatos, a exprimé son soulagement à la suite de la décision du juge. « Je vais relire à tête reposée, mais ma première réaction en est une vraiment de satisfaction. Comme j’avais dit lors du verdict, j’espère cette fois-ci que le jugement sur la peine va aider les victimes à tourner la page », a dit Me Galiatsatos.

Le meurtre non prémédité est associé à une peine d’emprisonnement à perpétuité, mais la période avant de pouvoir demander une libération conditionnelle varie entre 10 et 25 ans.

Le juge Cournoyer a indiqué qu’il y avait des éléments clairement prémédités et planifiés dans ses gestes, de sorte que son crime s’approchait davantage du meurtre prémédité que de l’homicide involontaire.

La Couronne avait argumenté que Bain, aujourd’hui âgé de 66 ans, devrait purger 25 années complètes avant de pouvoir demander à être libéré, tandis que l’avocat de l’accusé, Alan Guttman, jugeait que le minimum de 10 ans était suffisant. Vendredi, Me Guttman a dit croire que le jugement était « très, très sévère » et a affirmé qu’il y avait une très forte probabilité qu’il décide d’en appeler. « Je ne m’attendais pas à 20 ans. […] Le fait que cela a été lié à un événement politique a joué complètement. Si c’était un autre type de meurtre, on serait très, très loin de 20 ans », a-t-il fait valoir.

Dave Courage, le technicien qui a survécu à l’attentat au Métropolis, a dit espérer un certain baume sur les plaies. « Je trouve que la sentence est adéquate. […] Tout le monde a fait son travail. Je suis très content. Maintenant si on peut unifier Montréal et mettre toutes les bordures de côté », a-t-il exprimé.

Un ami de Denis Blanchette, Gaël Ghiringhelli, a dit croire qu’une page se tournait avec le jugement contre Bain. « Nous aurions tous souhaité le maximum pour la portée symbolique. Mais enfin, la portée politique a été prise en compte. Nous sommes très satisfaits. »

Attentat au Métropolis

 

Le 4 septembre 2012, les Québécois avaient vu en direct à la télévision leur nouvelle première ministre littéralement emportée par ses gardes du corps pendant son discours de la victoire.

Bain, âgé de 65 ans, était lourdement armé et portait une cagoule de ski et une robe de chambre lorsqu’il a tiré un coup de feu derrière le Métropolis, avant que son arme ne s’enraye.

Ce seul coup de feu a cependant été fatal pour Denis Blanchette, technicien de scène de 48 ans, et a grièvement blessé son collègue Dave Courage.

Avec d’autres employés du Métropolis, les deux hommes attendaient à l’arrière de la salle de spectacles montréalaise que se termine la soirée électorale.

Bain a finalement été plaqué au sol par un policier et arrêté sans pouvoir tirer d’autres coups de feu, malgré ses efforts, selon des témoignages entendus au procès. Alors qu’il était conduit au poste de police, Bain, un anglophone, criait en français que « les Anglais se réveillent ». Ces images, captées par les caméras de télévision, ont tourné en boucle pendant des mois. Il s’est aussi présenté comme un « soldat chrétien » ayant reçu une mission de Jésus pour « combattre les séparatistes » québécois.

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