Val-d’Or: la tension est palpable chez les femmes autochtones

<em>« Aidez-moi quelqu’un, ça n’a pas de bon sens ! »</em>, a crié la conseillère de Pikogan Françoise Ruperthouse, dans le stationnement des bureaux de la MRC de la Vallée-de-l’Or.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir « Aidez-moi quelqu’un, ça n’a pas de bon sens ! », a crié la conseillère de Pikogan Françoise Ruperthouse, dans le stationnement des bureaux de la MRC de la Vallée-de-l’Or.
La colère a explosé, vendredi matin à Val-d’Or, en marge d’une rencontre entre les femmes autochtones, le maire de la ville et les représentants du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), qui ont confirmé la décision de n’accuser aucun des policiers ciblés par les allégations de femmes autochtones de la région.

« Aidez-moi quelqu’un, ça n’a pas de bon sens ! », a crié la conseillère de Pikogan Françoise Ruperthouse, dans le stationnement des bureaux de la MRC de la Vallée-de-l’Or, où a eu lieu la rencontre. « Ils [les représentants du DPCP] ont dit qu’ils croyaient les femmes, mais il n’y a pas de preuve ! »

À quelques heures de l’annonce officielle du DPCP, la tension est vive. Le maire de Val-d’Or, Pierre Corbeil, sent la crise qui guette sa ville. « Ça fait une semaine que le poêle chauffe », a-t-il illustré. « Il va falloir travailler ensemble. »

Son ton posé n’a pas semblé rassurer les autochtones sur place. « Vous préférez protéger l’économie de Val-d’Or, les tournois. L’argent est plus important que les femmes ! », a interjeté Jimmy Papatie, en s’adressant au maire. Il faisait référence à l’annulation du tournoi sportif cri, l’an dernier, en solidarité avec les femmes qui ont dénoncé dans le cadre de l’émission Enquête. « Il ne peut pas y avoir de paix sociale si on ne peut pas reconnaître ce qui s’est passé à Val-d’Or, […] qu’on ne crève pas le maudit abcès, le cancer de Val-d’Or. On n’y arrivera pas, Pierre ! », a encore lancé M. Papatie, devant le maire interloqué.

Encore vendredi, les appels à une enquête indépendante sur le racisme se sont multipliés. « Ce que je veux aujourd’hui, c’est une enquête indépendante au Québec, et à Val-d’Or. C’est ici que ça commence. Il faut arrêter de fermer les yeux, a plaidé Françoise Ruperthouse. Toi, si ton enfant vient en ville et se fait violer, tu vas brailler ! Ta femme, si elle se fait abuser, tu vas brailler! Moi, j’ai peur pour mes enfants, j’ai peur pour mes petits-enfants. J’ai peur pour toute la communauté, pour toutes les femmes qu’il y a ici, j’ai même peur pour les hommes. Ça commence à faire. »

Une manifestation est organisée vendredi après-midi, à 13h, en marge de l’annonce du DPCP, au Palais de justice de Val-d’Or.