Québec doit investir pour créer des emplois

Stéphane Gagné Collaboration spéciale
Le secteur manufacturier a été particulièrement touché, avec des pertes de milliers d’emplois occasionnées par des délocalisations et des changements technologiques. Le gouvernement Couillard a annoncé récemment un investissement de 700 millions sur trois ans dans le secteur, affirmant vouloir soutenir des projets novateurs.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Le secteur manufacturier a été particulièrement touché, avec des pertes de milliers d’emplois occasionnées par des délocalisations et des changements technologiques. Le gouvernement Couillard a annoncé récemment un investissement de 700 millions sur trois ans dans le secteur, affirmant vouloir soutenir des projets novateurs.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Durant la campagne électorale de 2014, les libéraux promettaient de créer 250 000 emplois en cinq ans. On sait aujourd’hui que le parti, au pouvoir depuis deux ans et demi, ne réussira pas à atteindre cet objectif. Au mieux, l’économiste émérite Pierre Fortin parle d’une création de 125 000 emplois de 2014 à 2019. D’ailleurs, le parti tente de faire oublier cette promesse non tenue. Au Conseil général du PLQ, le week-end dernier, Philippe Couillard s’est voulu rassurant en affirmant que les surplus annoncés allaient lui permettre notamment de soutenir l’employabilité et de réduire les inégalités sociales. Bref, la politique d’austérité, qui a collé si longtemps à ce gouvernement, serait maintenant derrière lui. Le président de la CSN reste sceptique et dresse un bilan plutôt négatif de ce gouvernement en matière de création d’emplois.

Il croit que les libéraux n’ont pas agi de façon adéquate pour protéger les emplois et en créer de nouveaux depuis qu’ils sont au pouvoir. Le secteur manufacturier a été particulièrement touché, avec des pertes de milliers d’emplois occasionnées par des délocalisations et des changements technologiques. Le gouvernement Couillard a annoncé récemment un investissement de 700 millions sur trois ans dans le secteur, affirmant vouloir soutenir des projets novateurs. M. Létourneau déplore toutefois la façon dont le gouvernement a utilisé son surplus budgétaire. Il remet notamment en question la pertinence de verser 1,5 milliard de dollars (sur 3,7 milliards de surplus) au Fonds des générations, destiné à réduire la dette du Québec. « En période de ralentissement économique, cet argent aurait été mieux investi dans des programmes de développement économique et de création d’emplois », dit-il.

La menace Trump

Autre point sur lequel il faudra s’ajuster : l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis. Pour Jacques Létourneau, le gouvernement devra trouver une stratégie pour répondre à la menace protectionniste qui s’annonce chez nos voisins du Sud. Le nouveau président veut en effet renégocier l’accord de libre-échange Canada–É.-U.–Mexique, ce qui pourrait avoir des effets désastreux sur l’économie québécoise, très axée sur les échanges avec notre voisin du Sud. « Ce protectionnisme menace directement notre industrie du bois d’oeuvre et notre secteur manufacturier », explique-t-il. Rappelons qu’en 2015, le secteur manufacturier québécois représentait 88 % de nos exportations.

Selon lui, pour contrer les effets de ces futures politiques américaines, le gouvernement devra adopter rapidement une politique de développement du secteur manufacturier axée notamment sur la formation continue et l’innovation. « Les entreprises investissent encore trop peu dans les nouvelles technologies, et le gouvernement doit donner un signal pour encourager les dépenses dans ce secteur », assure M. Létourneau.

Des emplois de qualité

Jacques Létourneau affirme aussi que la tendance observée depuis plusieurs années est à la création d’emplois à « faible valeur ajoutée ». En 2015, quatre emplois sur dix étaient atypiques (souvent comme travailleur autonome) et un emploi sur cinq était à temps partiel. M. Létourneau croit que le gouvernement devrait davantage mettre l’accent sur la création d’emplois de qualité. À ce sujet, il dénonce l’adoption récente de la loi 70, qui obligera les assistés sociaux à s’inscrire dans des programmes d’employabilité. « Cette loi risque fort de diriger les assistés vers des emplois précaires, ce qui n’améliorera pas beaucoup leur situation. »

M. Létourneau croit aussi que le gouvernement, obsédé par le déficit zéro, en a fait très peu depuis avril 2014 pour stimuler la croissance et favoriser la création d’emplois. « La politique d’austérité du gouvernement depuis deux ans a eu ses effets, les gens consomment moins, et l’économie tourne au ralenti », soutient-il.

Les régions laissées pour compte

Le président de la CSN en a aussi contre la décision du gouvernement Couillard d’abolir, en 2014, les conférences régionales des élus (CRE). Ces instances favorisaient la concertation régionale, disposaient d’un budget de fonctionnement, de personnel qualifié capable de bien saisir les particularités de leur région et permettaient le dialogue entre différents acteurs (élus municipaux, responsables sociaux, préfets de MRC, etc.) d’une même région. Elles pouvaient, par exemple, adopter un discours commun, régional, lorsque venait le temps de promouvoir un projet de développement économique auprès du gouvernement. « La disparition de ces instances a nui à la création d’emplois en région », dit M. Létourneau, qui croit que les régions sont laissées pour compte depuis.

Les forts taux de chômage dans certaines régions éloignées semblent lui donner raison. Selon le régime de l’assurance-emploi, en Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, le taux de chômage en novembre était de 16,6 %, il était de 9,6 % dans les régions Bas-Saint-Laurent–Côte-Nord et de 8,3 % dans la grande région Nord-Ouest du Québec (qui inclut l’Outaouais, l’Abitibi et le Nord du Québec). Pour l’ensemble du Québec, le taux de chômage se situait à 6,8 % en octobre.

Rendez-vous sur la main-d’oeuvre

En février 2017, le Rendez-vous sur la main-d’oeuvre planifié par le gouvernement Couillard pourra peut-être apporter une partie de la solution aux problèmes d’emploi en région, de pénurie de main-d’oeuvre spécialisée, de départ à la retraite de centaines de milliers de travailleurs et de formation de la main-d’oeuvre. Lors de cette rencontre, 300 représentants de divers groupes socioéconomiques pourront échanger autour de trois thèmes : le développement économique et la disponibilité de la main-d’oeuvre ; le recrutement, l’intégration et la rétention de la main-d’oeuvre ; et le développement des compétences et la formation.

Par l’intermédiaire de cette rencontre, le gouvernement espère trouver « les meilleures pratiques et des pistes de solution pour que chaque Québécoise et chaque Québécois puisse développer ses compétences et tout son potentiel ». À suivre…

1 commentaire
  • Patrick Daganaud - Abonné 19 novembre 2016 10 h 52

    INADÉQUATION ÉCONOMIQUE DU PARTI DE L'AUSTÉRITÉ

    Même dans la sphère qu'il a prétendue sienne, soit le ménage des finances publiques pour mieux faire tourner l'économie,le PLQ s'avère nul.

    Sa piètre performance, notable en éducation, en santé, en services communautaires et sociaux de par ses impacts sur les plus fragiles, se révèle aussi désastreuse en économie et dans la création d'emplois.

    En d'autres temes, c'est pour RIEN, dans tous les secteurs, que la population (à l'exception des médecins - allez savoir pourquoi...) a mangé LA MISÈRE DE L'AUSTÉRITÉ LIBÉRALE que le Conseil national, dans le DÉNI total, attribue au discours de l'opposition.

    De plus, dans le contexte actuel, la table est mise pour que cela aille plus mal encore.

    QUEL MAUVAIS GOUVERNEMENT!