Lino Zambito règle ses comptes

Lino Zambito pendant son témoignage à la commission Charbonneau, en octobre 2012
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Lino Zambito pendant son témoignage à la commission Charbonneau, en octobre 2012

Quatre ans après son témoignage à la commission Charbonneau, l’ex-entrepreneur Lino Zambito vide son sac dans son livre, Le témoin. Il critique la commission, qui se serait « obstinée à détourner le regard » sur le financement des partis provinciaux. Il affirme avoir fait les frais d’« une job de bras » du gouvernement Charest, qui cherchait un coupable à tout prix. Il dénonce « la mainmise du politique sur le judiciaire ». Il accuse Marlène Cordato, l’actuelle mairesse de Boisbriand qui a contribué à sa chute, de s’être livrée à de la collusion. Et, bien qu’il ait plaidé coupable aux accusations du Directeur général des élections (DGE), le témoin-vedette de la commission Charbonneau affirme aujourd’hui qu’il n’a jamais tenté de truquer les élections dans sa ville.

« Je n’ai jamais tenté d’empêcher la tenue d’élections à Boisbriand, écrit Lino Zambito, sous la plume de Serge Rivest. La réalité, c’est que [l’ancienne mairesse Sylvie Saint-Jean] et moi avons été victimes d’un coup monté par des gens sans scrupule et assoiffés de pouvoir, qui ne sont pas dignes d’occuper les postes qu’ils occupent présentement. »

Ainsi, il estime que ses propos, qui ont été enregistrés au cours d’une rencontre avec Marlène Cordato et son mari, Louis Kempt, dans un restaurant de Sainte-Thérèse, en 2009, et qui ont constitué pour lui « le début de la fin », ont été mal interprétés.

« [Cette] affirmation tonitruante, émaillée de trois ou quatre sacres […], donnait l’impression que je tentais d’intimider les gens de l’opposition, ce qui n’était pas du tout le cas. Dans mon esprit, je facilitais un rapprochement qui aurait permis d’éviter la tenue d’élections et les frais énormes qui en découlent et mettrait un terme à des années de luttes fratricides entre gens qui, il n’y avait pas si longtemps, militaient dans le même parti. »

Dégoût

Lino Zambito poursuit sur sa lancée, accusant Marlène Cordato de s’être livrée à un stratagème de collusion avec l’ancienne mairesse de Boisbriand, Sylvie Saint-Jean, alors qu’elle était dans l’opposition. « Au moins la moitié des accusations portées contre Sylvie Saint-Jean auraient dû l’être aussi contre Marlène Cordato. »

Il parle d’une rencontre, survenue en 2006, où les deux femmes et leurs organisateurs respectifs ont convenu d’un « partage des contrats et des mandats accordés par la Ville de Boisbriand aux firmes de services professionnels. C’est dire que ces contrats allaient désormais être accordés en alternance aux ingénieurs et avocats qui appuyaient le parti de Saint-Jean et à ceux qui appuyaient le parti de Cordato. Il s’agissait, en un mot comme en cent, d’une véritable entente de collusion. »

Coupable

En entrevue au Devoir, Mme Cordato estime qu’il y a « beaucoup de fabulation » dans les accusations de Zambito. « C’est faux, répond-elle. Je comprends que Lino Zambito et Mme Saint-Jean me blâment personnellement pour la situation qu’ils ont eux-mêmes créée. Ils ont plaidé coupable, donc avoué. »

Justement, Lino Zambito explique que, s’il a plaidé coupable aux accusations du DGE, c’était parce que des accusations criminelles avaient été portées contre lui et qu’il ne voulait pas donner de munitions aux procureurs de la Couronne dans ce dossier.

Il assume toutefois tout ce qu’il a avoué à la commission Charbonneau, soit le financement politique en échange de contrats, crimes pour lesquels il a été reconnu coupable d’une peine de deux ans moins un jour. Mais il soutient que son témoignage lui a coûté cher.

« À ceux qui maintiennent malgré tout que je suis un bandit, je rappelle que cette dette, je l’ai payée plus chèrement que n’importe qui d’autre dans le milieu de la construction. »

Politique et judiciaire

Il affirme que la perquisition dans les bureaux de sa compagnie Infrabec, en décembre 2009, « était le fruit d’une commande politique ». Même chose pour son arrestation en 2011. « Lorsque j’ai été arrêté, le 3 février, la police n’était pas prête à le faire. La preuve n’a été complétée que huit mois après mon arrestation. »

« Cette mainmise du politique sur le judiciaire était vraiment digne d’une république de bananes », écrit Lino Zambito, qui ajoute que « tous ces gens avaient intérêt à faire arrêter — et condamner — quelqu’un au plus vite ».

Il dénonce le fait d’avoir été privé d’une enquête préliminaire, une « procédure exceptionnelle » qu’il n’arrive toujours pas à s’expliquer. « De toute manière, on ne le saura jamais, puisque celui qui était alors directeur des poursuites criminelles et pénales, qui était responsable de donner suite aux enquêtes de l’UPAC — et qui, à ce titre, avait approuvé la procédure d’acte d’accusation direct — Louis Dionne, a été nommé juge quelques semaines plus tard, emportant son secret dans ses nouvelles fonctions. Il arrive que le hasard fasse vraiment bien les choses. »