Dans les filets des vacances

Photo: Jacques Nadeau

Une nouvelle ère était annoncée: les années à venir allaient permettre de constater la mise en place d'une autre civilisation, la «civilisation du loisir». En fait, nouvelle ère il y eut et, s'il fallait la qualifier, il faudrait plutôt dire que nous vivons dans un monde entièrement neuf, celui où semble avoir été abolie la frontière entre les heures travaillées et le temps libre. À la possibilité d'un joyeux farniente a succédé une obligation: celle de la «formation continue».

Pour preuve: au temps des vacances, quand l'été arrive, une université comme celle de Montréal, loin de fermer ses portes, propose en abondance cours et sessions d'études, avec un résultat tel que ce sont 17 000 étudiants qui déambulent sur le campus, soit trois fois le nombre d'étudiants qui, il y a 40 ans, fréquentaient annuellement les mêmes lieux. Ailleurs, à Sherbrooke, les stages d'été sont devenus dans certaines facultés des parcours obligatoires du cursus universitaire.

Nécessaires apprentissages

Même les jeunes ne sont point laissés en plan. Les parents planifient-ils l'été de leur progéniture qu'ils regardent avec attention les propositions des différents camps de vacances, qu'ils soient urbains ou à l'extérieur des centres, là où il est de mise de promettre que divers apprentissages seront assurés, faisant en sorte qu'il n'y aura point ainsi de jours «perdus».

De plus, aux parents qui récriminent que les jeunes sacrifient leurs journées à des jeux vidéo divers, il est demandé de vérifier

la complexité de ces dits jeux qui, au-delà des stratégies et images guerrières proposées, imposent l'acquisition de programmes lourds et complexes et nécessitent une concentration de tous les instants pour garantir la réalisation des diverses phases d'opération imposées: les guides fournis sont souvent en volume plus lourds que maints manuels scolaires. Et cela s'appelle du loisir!

Performance

L'époque actuelle veut que toute activité soit une autre occasion d'apprendre. Un jeune ne va plus ainsi à la pêche pour attraper un poisson (en reste-t-il d'ailleurs de ces jeunes urbains qui pratiquent cette activité d'un autre temps?), mais plutôt pour apprendre à pêcher. Ailleurs on ne fera plus du cheval, mais on montera à cheval. Et ainsi de suite.

L'été s'annonce. Avec la nouvelle saison arrivera donc une nouvelle série d'activités obligatoires. Il faudra faire fructifier l'été, faire en sorte que les acquis permis soient quantifiables. En contrepartie, il faut bien admettre que cela vaut mieux qu'un été passé à traînasser dans la rue, qui engendrait chez certains jeunes un souhait, celui que vienne rapidement le temps du retour en classe, pour mettre fin à ces deux mois d'ennui.

En fait, aujourd'hui, il y a toujours quelque chose à faire, une activité qui soit quelque part offerte: il suffit de savoir dans quelle structure s'inscrire ou, pour qui a charge d'enfant, vers quel nouveau monde faire porter le regard de celle ou celui dont la formation ne doit subir aucun retard. Ainsi évoluent les sociétés dont les mots clés sont performance et productivité.