«Un triste précédent»

Le directeur du SPVM, Philippe Pichet, a tenu un point de presse lundi pour commenter l’espionnage des communications de Patrick Lagacé.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le directeur du SPVM, Philippe Pichet, a tenu un point de presse lundi pour commenter l’espionnage des communications de Patrick Lagacé.

L’avocat Sébastien Pierre-Roy, de chez Chenette, boutique de litige inc., représente La Presse dans « l’affaire Lagacé ».

Est-ce une situation exceptionnelle ?

À ma connaissance, c’est une première dans l’histoire judiciaire canadienne qu’on obtienne un aussi large mandat pour colliger les données cellulaires d’un journaliste dans le but express de trouver l’identité de ses sources. Ce n’est pas la première fois qu’une entreprise de presse ou un journaliste fait l’objet d’une enquête. Mais qu’on obtienne une collection de données dans le but de connaître ses sources, à ma connaissance, il n’y a rien qui s’approche de ça. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous sommes particulièrement préoccupés et même un peu surpris que les enquêteurs soient allés si loin dans leur démarche.

Qu’est-ce qui pose problème ?

La Cour suprême a pris la peine de dire et de réitérer que la protection des sources journalistiques est un enjeu qui mérite protection. Elle n’est pas aussi importante que d’autres sources, le secret professionnel des avocats par exemple, mais ça demeure très important. Sinon, les journalistes ne pourraient plus faire leur travail et bien des enjeux resteraient secrets. Ce qui m’inquiète, dans ce cas, c’est qu’on semble traiter les sources journalistiques comme n’importe quelle autre source d’information. C’est très inquiétant. C’est un triste précédent qu’il faut s’assurer de ne pas laisser passer sans une contestation vigoureuse.

Qu’allez-vous faire dans les prochains jours ?

Notre crainte, c’est que les registres d’appels de Patrick Lagacé soient communiqués à la défense. Il n’y a pas un journaliste qui veut que qui que ce soit prenne connaissance de l’identité de ses sources, même pas les avocats qui le défendent dans le cadre d’une divulgation de preuve. Cette information est censée demeurer secrète.

Quelles sont les prochaines échéances ?

Le 24 novembre, le dossier revient à la cour pour l’ouverture des enveloppes scellées [contenant les déclarations sous serment utilisées par les policiers pour obtenir des mandats]. Nous serons là pour […] agir comme chiens de garde et limiter les dégâts [éviter la divulgation des registres téléphoniques de Patrick Lagacé]. En attendant, on va évaluer la situation et voir ce qu’on a besoin de faire pour protéger les sources de M. Lagacé. Malheureusement, en ce moment, je ne peux pas en dire plus.


Chère prudence…

Patrick Lagacé utilise maintenant Signal, une application gratuite pour téléphone permettant de chiffrer les appels et les textos. « Mea culpa : jusqu’ici, j’étais bien naïf », dit le journaliste de La Presse qui a fait l’objet de 24 mandats de surveillance de la police cette année.

Xavier Kronström Richard, coordonnateur de l’innovation numérique de Radio-Canada, emploie le même moyen de cryptage, même s’il manipule peu de secrets journalistiques. « La fiction rejoint la réalité, dit-il au téléphone. Nous sommes dans une ère de surveillance. L’écoute peut venir de la police, de l’armée, des employeurs. On peut se faire voler nos données en se connectant chez Starbucks. Il faut être prudent. La leçon vaut pour tout le monde. »

M. Kronström Richard a aidé à mettre en place une plateforme sécurisée de réception de données sensibles pour les journalistes d’enquête de RC. Elle sert depuis un an pour la réception de courriels et de dossier. Les conversations téléphoniques restent plus vulnérables. « Il faut appliquer un principe de précaution », conseille-t-il.

Ce petit guide ne prétend pas protéger à 100% vos données, mais il les rendra beaucoup moins vulnérables.

Mot de passe

Un bon mot de passe devrait être le plus long possible, composé de lettres majuscules et minuscules, d’au moins un chiffre et au moins un caractère spécial.

Messages textes et appels

L’application Signal permet de crypter les messages textes et les appels entre les utilisateurs.

Courriels

Si vous souhaitez protéger vos échanges, le logiciel Thunderbird avec le logiciel compagnon Enigmail permet un cryptage de vos courriels.

Cryptage des données

Il est généralement possible de crypter les données de votre téléphone ou votre ordinateur. Un cryptage est toutefois efficace seulement si vous avez protégé le tout par un bon mot de passe.

Navigation anonyme

Le mode « navigation privée » de la plupart des navigateurs ne cache pas votre activité en ligne. Mais le navigateur Tor permet de naviguer de façon anonyme.

 
3 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 1 novembre 2016 07 h 59

    Bonjour tristesse

    Chanson populaire d'autrefois jadis de l'ancien temps :
    "Quand le filme est triste, ça me fait pleurer".

  • Pierre Robineault - Abonné 1 novembre 2016 09 h 40

    Et moi qui ...

    Et moi qui croyais que l'on devait museler tous les pit-buls!

  • Raynald Rouette - Abonné 1 novembre 2016 11 h 01

    Manque de jugement et abus de pouvoir!


    Un glissement inquiétant! Vers un gouvernement des juges et un état policier?

    Les juges de 1res instances ou juges de paix manquent t'ils d'expérience et de formation pour accorder des injonctions ou des mandats «à tout vent» d'une facilité déconcertante?

    Depuis quelques années le politique (en ponce pilate) par ex: Jean Charest, a cédé le pas au judiciaire et et par extention à la police omniprésente et pressente!

    Il serait temps de redresser la barre!