Des milliers dans la rue contre la «culture du viol»

Plus d’un millier de manifestants et de manifestantes ont bravé le froid, mercredi soir, à Montréal, afin de dénoncer la « culture du viol ». Rassemblés à la place Émilie-Gamelin, les protestataires ont assisté à près d’une heure d’allocutions avant que la marche ne soit lancée par Femmes autochtones du Québec.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Plus d’un millier de manifestants et de manifestantes ont bravé le froid, mercredi soir, à Montréal, afin de dénoncer la « culture du viol ». Rassemblés à la place Émilie-Gamelin, les protestataires ont assisté à près d’une heure d’allocutions avant que la marche ne soit lancée par Femmes autochtones du Québec.

Un peu partout au Québec, des milliers de manifestants et de manifestantes ont mis, mercredi, un « stop » à la culture du viol. Rassemblés dans les principaux campus de la province, ils ont dénoncé, crié, chanté. Pour inciter les victimes à dénoncer leur agresseur. Mais surtout pour que cessent ces crimes qui touchent particulièrement les femmes.

Ils étaient plus de 1000, place Émilie-Gamelin, à deux pas de l’Université du Québec à Montréal. Des femmes, mais aussi beaucoup d’hommes et d’enfants, venus dénoncer d’une seule voix la culture du viol. Pendant plus d’une heure, militantes féministes et victimes d’agressions sexuelles ont pris la parole, avant d’entreprendre une marche menée par les Femmes autochtones du Québec.

« Les viols, les agressions, c’est une véritable épidémie dans notre société. On veut envoyer un message au gouvernement qu’il faut réagir, qu’il faut prendre les dénonciations sérieusement », a affirmé mercredi soir l’une des porte-parole de la manifestation #Stopcultureduviol, la journaliste Sue Montgomery. Elle ressentait également le besoin d’appuyer la « prochaine » génération, instigatrice selon elle de ce nouvel élan de la lutte contre les agressions. « Il y a quelques années, les jeunes femmes ne voulaient pas se dire féministes. Or, aujourd’hui, ce mot est partout. Il y a ce mouvement de jeunes femmes qui se sont réapproprié ce mot depuis l’affaire Ghomeshi », a soutenu l’instigatrice du mot-clic #BeenRapedNeverReported, ou en français, #AgressionNonDénoncée, qui avait été employé des millions de fois par des victimes d’agressions sexuelles pour rompre le silence, il y a de cela deux ans déjà.

Présente avec sa fille et l’amie de celle-ci, Diane D’Onofrio a voulu dénoncer les prétextes souvent véhiculés pour justifier des gestes inappropriés. « La seule cause du viol, c’est le violeur », affirmait sa pancarte. « C’est important que le sentiment de culpabilité, de honte, soit transféré des épaules des victimes à celles des agresseurs », a-t-elle insisté.

Femmes et hommes

Au Québec, près d’une femme sur trois a été victime d’au moins une agression sexuelle depuis l’âge de 16 ans, et un homme sur six sera victime d’une agression sexuelle au cours de sa vie, selon le ministère de la Santé. En outre, 82 % des victimes d’agression sexuelle sont des femmes.

Or, celles-ci sont trop souvent accueillies avec scepticisme par les forces de l’ordre, a déploré l’une des instigatrices du mouvement « Québec contre les violences sexuelles », Ariane L’Italien, qui s’est attelée à détruire le mythe de la « victime parfaite ».

« La victime parfaite appelle immédiatement l’ambulance. De l’ambulance, elle appelle les policiers pour faire une plainte. Elle aura une mémoire parfaitement claire des événements et puis elle ne va jamais se contredire, a-t-elle ironisé. Aujourd’hui, je dis que la victime parfaite n’existe pas ! »

Père de quatre enfants, Kim tenait à être présent avec ceux-ci. « Souvent comme gars, on ne réalise pas la portée de nos petits gestes ou commentaires. Parfois, on traite les femmes différemment, et on ne devrait pas. Ce qui s’est passé ces derniers jours, ça m’a fait réfléchir », a-t-il admis.

Lise Thériault, « féministe » ?

À Québec, quelques centaines de personnes ont pris part au rassemblement à la place de l’Université-du-Québec, dans le quartier Saint-Roch. Plusieurs personnalités politiques étaient présentes à l’événement, dont la ministre de la Condition féminine, Lise Thériault, qui a tenu des propos étonnants.

Après que des militantes ont chahuté « Es-tu féministe ? Es-tu féministe ? » pendant son discours, elle est retournée au micro pour dire « Je suis féministe. »

Rappelons que lors d’une entrevue à La Presse canadienne en février, Mme Thériault avait pourtant refusé qu’on la qualifie de la sorte. « Je suis beaucoup plus égalitaire que féministe », avait-elle dit.

Un peu avant, les députés solidaire et péquiste Manon Massé et Mireille Jean ont pris la parole côte à côte. « Quand on parle de culture du viol, dans certaines radios on m’a dit : “c’est pas le mot ‘viol' qui m’énarve, c’est le mot ‘culture ! », a raconté Mme Massé. « Ah oui ? Pourquoi ? », a-t-elle demandé. « Parce que ça implique tout le monde ! » lui aurait-on répondu. Et la députée de rétorquer : « Ah oui ? Vous avez compris ! »

La jeune Alice Paquet était aussi présente à la marche. D’entrée de jeu, elle a fait savoir qu’elle ne reparlerait pas de son histoire, mais a accepté de parler du rassemblement. « C’est important qu’on soit là, a-t-elle dit. Les messages ont été clairs. La culture du viol, elle est partout. »

Dans l’arrondissement Chicoutimi à Saguenay, près de 200 personnes, hommes et femmes, ont marché du campus de l’Université du Québec à Chicoutimi jusqu’au quartier général de la Sécurité publique. « On voulait leur dire aux policiers qu’ils sont la première ligne d’intervention, la première que consultent les victimes, et qu’il est temps que la culture change. Il faut croire les victimes », a souligné au Devoir Marielle Couture, une porte-parole de #StopCultureduviol Saguenay, rappelant que la majorité des agressions sexuelles ne sont pas déclarées à la police.

Des événements semblables ont également rallié plusieurs dizaines de personnes à Sherbrooke ainsi qu’à l’Université du Québec en Outaouais, à Gatineau. Cette dernière avait fait parler d’elle en raison d’une activité nommée « les 12 travaux d’Hercules », où les participants recevaient des points en échange de gestes osés.

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