Rapport: la religion protégerait de la radicalisation dans les cégeps

Les étudiants de huit cégeps, dont le collège de Maisonneuve, à Montréal, ont participé à la recherche.
Photo: Graham Hugues Archives La Presse canadienne Les étudiants de huit cégeps, dont le collège de Maisonneuve, à Montréal, ont participé à la recherche.

Le rapport d’une recherche menée dans huit cégeps du Québec sur les questions de radicalisation menant à la violence conclut que la religion aurait un effet protecteur contre cette radicalisation.

La recherche, dirigée par la docteure Cécile Rousseau, pédopsychiatre et directrice scientifique du groupe Sherpa, a été présentée mardi au cours d’une conférence de presse au Collège de Rosemont, à Montréal.

La docteure Rousseau se dit consciente que sa recherche bouleverse bien des idées généralement entendues. Ainsi, elle conclut que les personnes qui se réclament d’une religion soutiennent moins la radicalisation violente que les autres.

Résultats dérangeants

De même, les étudiants originaires du Québec, les personnes qui ne se réclament d’aucune religion et les migrants de deuxième génération expriment un plus grand soutien à la radicalisation violente que les personnes qui se réclament d’une religion et les immigrants de première génération.

« Il y a des résultats plus dérangeants pour les représentations qu’on a habituellement du soutien à la radicalisation violente : ce sont les Québécois d’origine et les migrants de deuxième génération, de façon similaire, qui soutiennent plus la radicalisation violente que les migrants de première génération. Aussi — et là encore, on bouleverse un peu les idées reçues — les gens qui disent n’avoir aucune religion soutiennent plus la radicalisation violente que ceux qui se réclament du christianisme ou de l’islam », a résumé la docteure Rousseau.

L’étude indique également que ce sont les hommes et les jeunes de moins de 25 ans qui sont les plus susceptibles de soutenir la radicalisation violente.

Un problème mineur

« Dans l’ensemble, le soutien à la radicalisation violente reste minimal au niveau des collégiens du Québec », a pris soin de souligner la docteure Rousseau.

« On en parle beaucoup ; ça ne veut pas dire que c’est un problème très grave. C’est un problème, mais ça n’est pas un problème très important et c’est important de se dire ça », a ajouté la pédopsychiatre.

L’étude a été réalisée par le centre de recherche Sherpa de l’Institut universitaire du CIUSSS (Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux) du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, en partenariat avec la Fédération des cégeps.

Pour les fins de cette étude, les étudiants de huit cégeps — Jonquière, André-Laurendeau, Maisonneuve, Montmorency, Rosemont, Sainte-Foy, Saint-Laurent et Vanier — ont accepté de répondre au questionnaire.

Formation nécessaire

Parmi ses recommandations, la docteure Rousseau propose une meilleure formation pour le personnel oeuvrant en éducation, en santé et dans les services sociaux afin de « déconstruire les mythes » entourant certaines communautés religieuses.

Elle suggère également que les jeunes qui sont devenus plus vulnérables à cause d’expériences passées de violence et présentant des symptômes dépressifs devraient pouvoir recevoir un soutien psychosocial dans le milieu scolaire ou dans leur milieu de vie.

Accueil positif

Bernard Tremblay, président-directeur général de la Fédération des cégeps, s’est réjoui de la présentation de ce rapport qui « ébranle les préjugés et nous permet d’aller au-delà des commentaires qu’on entend naturellement, du genre “ il n’y a qu’à faire ci, à faire ça ” ».

« Comme les cégeps sont le reflet de notre société et qu’il accueillent des jeunes de 17 à 24 ans, ils sont des acteurs clés pour mener des actions face à un tout nouveau phénomène social ou face à tout comportement qui est préoccupant, comme l’intimidation, l’homophobie, l’exclusion sociale ou le harcèlement sexuel, par exemple », a commenté M. Tremblay.

8 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 25 octobre 2016 17 h 42

    Code

    Ce que j'en déduit est que nos jeunes n'ont pas de code de vie valable d'assez grande envergure et ancré suffisamment profond dans leur mode de pensée qui pourrait leur donner des balises sur lesquelles ils pourraient s'aligner et leur comportement en même temps. J'en conclu en même temps que la «liberté totale» n'est pas productrice de repères suffisants; ils sont donc perdus devant le désert de bornes directionnelles. Hum… intéressant.

    PL

  • Robert Aird - Abonné 25 octobre 2016 18 h 28

    Radicalisation de quoi?

    Ceux qui sont prêts à soutenir la radicalisation violente, c'est vague! Pour quelle cause? Religieuse, politique, sociale, écologique?

    • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 25 octobre 2016 20 h 31

      Il faut se méfier des informations communiquées dans les journaux à propos des résultats d'une étude: elle peut avoir été mal faite et mal interprétée, ou encore peu représentative. Le journaliste a-t-il lu l'étude? A-t-il consulté des experts avant de nous en communiquer les résultats? Y avons-nous accès? Cela dit, répondre à un questionnaire est une chose et dire la vérité autre chose. Que voulait-on connaître? Qui l'a commandée? Qu'en fera-t-on? À qui servira-t-elle? Que lui fera-t-on dire?

    • Maxim Bernard - Abonné 25 octobre 2016 23 h 22

      En effet.

      Une personne non religieuse ne peut évidemment pas supporter la radicalisation religieuse, ça n'aurait aucun sens.

      Si l'étude dit vrai, interprétons cela ainsi : les jeunes non religieux seraient plus nombreux à appuyer la violence comme moyen légitime de parvenir à ses fins.

      Ceci dit, les résultats sont surprenants, surtout après tout ce qu'on a entendu au sujet du cégep de Maisonneuve, aux prises avec la radicalisation religieuse.

      Se peut-il que cette étude soit erronée dans sa méthodologie ? Il en faudra d'autres avant de conclure que la religion est un remède à la radicalisation.

  • Robert Daignault - Abonné 25 octobre 2016 21 h 51

    une religion pour une autre

    L'antidote à la radicalisation religieuse est une autre religion?

    Quelle est cette étude de con?

  • Hélène Paulette - Abonnée 25 octobre 2016 21 h 53

    Drôle d'étude....

    La docteure Rousseau est peut-être pédopsychiatre mais le Groupe Sherpa fait du marketing. Autrement dit on nous présente ce qu'on veut entendre... Pas très sérieux tout ça!

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 26 octobre 2016 03 h 15

    Que répondre ?

    « la docteure Rousseau propose une meilleure formation pour le personnel oeuvrant en éducation, en santé et dans les services sociaux afin de « déconstruire les mythes » entourant certaines communautés religieuses. » (Lia Lévesque, La Presse canadienne)

    Bien que cette proposition relative à une formation sur la déconstruction de mythes soit « cute », ce questionnement double + un :

    A Si le domaine de la religion se constitue en « mythes », quels seraient les mythes à déconstruire ?

    B De quel type de formation espère-t-on tabler ?

    C Que sous-entend l’expression « certaines » communautés dites religieuses, et lesquelles ?

    Que répondre ? - 26 oct 2016 -