La consommation de cannabis est en hausse à Montréal

Dans la catégorie des 15 à 24 ans, ce sont près de 4 jeunes sur 10 qui affirment avoir consommé du cannabis dans la dernière année. L’usage diminue avec l’âge.
Photo: Getty Images Dans la catégorie des 15 à 24 ans, ce sont près de 4 jeunes sur 10 qui affirment avoir consommé du cannabis dans la dernière année. L’usage diminue avec l’âge.

Le cannabis n’est pas encore légalisé au Canada, mais on note déjà une « augmentation significative » de la consommation ces dernières années sur l’île de Montréal. Cette hausse préoccupe la santé publique, qui demande des études plus pointues afin de mieux suivre l’évolution de cette tendance dans l’optique d’une légalisation.

« On a exprimé une inquiétude, ou plutôt une préoccupation, par rapport à l’augmentation de la consommation qui est déjà commencée et qui va probablement se poursuivre avec la légalisation, affirme Robert Perreault, médecin-conseil à la Direction régionale de santé publique de Montréal. Ce qu’on ne sait pas, c’est ce que ça va changer dans la dynamique sociale autour du cannabis, est-ce que cette augmentation va se poursuivre longtemps ? »


 

Le nombre de fumeurs de cannabis a augmenté de 4 % depuis 2008, selon la dernière Enquête québécoise sur la santé de la population 2014-2015, qui a été rendue publique ces derniers jours. Ainsi, le nombre d’usagers est passé de 13,5 % à 17,4 %. La moyenne québécoise se situe à 15,2 %.

« Il est difficile d’attribuer cette augmentation à une cause spécifique, répond le Dr Perreault. On peut penser que, depuis 2008, il y a eu une sorte de détente dans l’imposition des lois concernant l’usage du cannabis. Il y a aussi, dans la population, une évolution du niveau d’acceptation et de tolérance du cannabis. »

Crainte pour les jeunes

L’augmentation touche principalement les jeunes de 15 à 24 ans. Dans cette catégorie d’âge, ce sont près de 4 jeunes sur 10 qui affirment avoir consommé du cannabis dans la dernière année. L’usage diminue avec l’âge.

Une autre étude, réalisée en 2013, démontrait que 15,8 % des jeunes de cinquième secondaire fumaient du cannabis sur une base hebdomadaire. La principale crainte de la direction régionale de santé publique, c’est de voir ce chiffre augmenter.

« Là où on est vraiment inquiets, c’est sur le contrôle de l’accès pour les jeunes ; c’est là que le cannabis est le plus dommageable parce qu’il peut retarder les apprentissages, créer des difficultés de développement et réduire la motivation, à une période où les jeunes sont déjà fragiles, affirme le Dr Perreault. On ne voudrait surtout pas que les jeunes profitent de la légalisation pour avoir un accès plus facile. »



Une autre donnée intrigue la santé publique : contrairement au tabac, pour lequel l’usage est plus répandu dans les secteurs défavorisés de la population, on voit avec le cannabis une consommation plus importante dans les secteurs favorisés. « C’est une tendance qui a l’air de se répéter partout, tant au Colorado qu’en Californie. On ne sait pas encore si c’est lié au coût ou à d’autres facteurs, mais c’est le genre de question qu’il va falloir mieux comprendre. »

Indicateurs plus fins

Pour le médecin-conseil à la santé publique de Montréal, il faut davantage de recherche pour mieux cerner le problème avant d’aller de l’avant avec la légalisation.

« On a des chiffres qui sont un peu grossiers. On ne connaît pas les dosages, on ne connaît pas la manière dont les gens utilisent le cannabis et ça nous suggère qu’il va falloir développer des indicateurs beaucoup plus fins avant la légalisation pour pouvoir suivre l’évolution. »

Il précise qu’en ce moment, « la recherche s’est faite un peu à la dure » en raison du côté illégal de la chose, mais que la légalisation devrait permettre d’aller chercher des informations plus qualitatives.

« Il faut devenir plus spécifique. Là, ce que l’on sait, c’est la consommation rapportée dans la dernière année ; ça ne nous dit pas grand-chose. Il serait plus intéressant de savoir ce qui est arrivé dans le dernier mois, comment les gens se comportent toutes les semaines, dans leur vie. Ce sont ces données-là dont on va avoir besoin. »

La Direction régionale de santé publique de Montréal a formulé plusieurs recommandations dans un mémoire présenté dans le cadre des consultations fédérales sur la légalisation de la marijuana en septembre dernier et entend plaider sa cause lors d’éventuelles consultations québécoises.

1 commentaire
  • Robert Aird - Abonné 18 octobre 2016 12 h 50

    Un accès plus facile? Et si c'était le contraire?

    ''On ne voudrait surtout pas que les jeunes profitent de la légalisation pour avoir un accès plus facile, affirme le Dr Perreault. » Mais ce serait plutôt l'inverse. Prenez le cas des Etats-Unis, il est plus facile de se procurer du cannabis (là où il est illégal) que de l'alcool, légal mais fortement contrôlé.