Encore du pain sur la planche

Stéphane Gagné Collaboration spéciale
L’Ordre des criminologues du Québec compte 835 membres, dont 80 % sont des criminologues œuvrant dans les centres jeunesse.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’Ordre des criminologues du Québec compte 835 membres, dont 80 % sont des criminologues œuvrant dans les centres jeunesse.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

En juillet 2015, le 46e ordre professionnel a été créé au Québec. Il s’agit de l’Ordre professionnel des criminologues du Québec (OPCQ). C’était l’aboutissement d’une longue démarche amorcée en 2004. Cette année-là, l’Office des professions avait déterminé que le titre de criminologue devait être encadré par un ordre professionnel. Or, mettre en place un nouvel ordre, c’est beaucoup de travail, et ce travail se poursuit de plus belle aujourd’hui. Entrevue avec Josée Rioux, présidente de l’Ordre.

Rappelons qu’en juillet 2015, l’Ordre n’existait que sur papier. « Il a fallu tout faire, trouver un endroit pour aménager nos bureaux, étudier les dossiers des criminologues souhaitant adhérer à l’OPCQ, recueillir leur adhésion, engager des employés [l’Ordre compte aujourd’hui quatre employés, comparativement à deux au début],planifier et développer le cadre réglementaire de l’Ordre, etc. », dit Josée Rioux.

Le cadre réglementaire

Lors de la formation d’un ordre professionnel, 16 règlements doivent être adoptés afin d’assurer son bon fonctionnement. Ces règlements portent, par exemple, sur l’assurance de la responsabilité professionnelle ; l’exercice en société ; la déontologie ; la tenue des dossiers et la cessation d’exercice ; les conditions et modalités de délivrance des permis ; les cours et stages de perfectionnement et la formation continue (que les ordres ont l’obligation de donner à leurs membres). « Jusqu’ici, nous avons adopté quatre des seize règlements, affirme Mme Rioux. Les deux plus récents, adoptés en mai dernier, portent sur la rémunération des administrateurs élus et sur les assemblées générales et le siège de l’Ordre. »

Des comités en activité

Autre dossier qui a évolué : les comités. Selon le Code des professions, un ordre professionnel doit avoir trois comités obligatoires : le comité de révision, le conseil de discipline et le comité d’inspection professionnel. Jusqu’ici, le comité de révision et le conseil de discipline ont été mis sur pied.

Cet automne, divers groupes de travail seront mis sur pied. Ils porteront sur l’inspection professionnelle, la formation continue et le développement du code de déontologie. « Nous avons toutefois un code de déontologie depuis le jour un de la création de l’OPCQ [une obligation en vertu de la loi], affirme Mme Rioux. Il s’agit du code de déontologie de l’Ordre des travailleurs sociaux, que nous avons adapté à notre réalité. Nous travaillons toutefois à développer notre propre code. »

Quant à la formation continue, Mme Rioux estime qu’il sera possible d’en offrir à ses membres à la fin 2017, début 2018.

Un référentiel de compétences

Afin de bien expliquer le rôle du criminologue, l’OPCQ a obtenu une subvention pour produire un référentiel de compétences. « Il s’agit d’un document de plus d’une centaine de pages qui explique dans le détail ce que font les criminologues et quelles compétences ils doivent avoir, dit la présidente. Le document, qui sera prêt pour le printemps 2017, sera très utile pour la formation continue et le cursus universitaire. »

L’ajout d’une activité est un autre dossier sur lequel l’Ordre compte travailler. En vertu des lettres patentes de l’OPCQ, les criminologues peuvent poser trois actes réservés directement liés à leurs compétences (ex. : évaluer les facteurs criminogènes et le comportement délictueux d’une personne, évaluer les effets d’un acte criminel sur la victime) et cinq activités partagées avec d’autres catégories de professionnels, dont notamment les travailleurs sociaux, les sexologues, les psychoéducateurs et les psychologues.

Mme Rioux aimerait ajouter une sixième activité à cette liste. Il s’agit de « déterminer un plan d’intervention pour une personne atteinte d’un trouble ou présentant un risque suicidaire qui est hébergée dans un centre de réadaptation pour les jeunes en difficulté d’adaptation ». « Les criminologues sont en mesure d’effectuer cette tâche, et nous aimerions que cette compétence leur soit légalement reconnue », dit-elle.

Un sondage

Lors de la première assemblée annuelle de l’Ordre, le 20 octobre, il dévoilera un important sondage. Lancé en mai dernier, ce sondage a pour objectif de mieux connaître la situation professionnelle des membres, leurs besoins en formation et leur opinion quant aux enjeux qui concernent la pratique de la criminologie. « La participation au sondage a été extraordinaire, dit Mme Rioux. Plus des deux tiers des membres y ont répondu. »

Recruter des membres

L’Ordre a jusqu’ici 835 membres, dont 80 % sont des criminologues oeuvrant dans les centres jeunesse. Cette importante représentation de ces établissements est due au fait que la« loi 21 » (loi qui a modernisé le système professionnel québécois) favorise grandement l’embauche de professionnels membres d’un ordre par les organismes gouvernementaux provinciaux. « L’adhésion des autres criminologues à l’OPCQ n’est pas obligatoire, dit Mme Rioux. Au cours de la prochaine année, nous allons donc travailler à faire connaître davantage l’Ordre afin de recruter plus de professionnels travaillant en secteur adulte comme ceux qui oeuvrent dans les centres de détention et dans les bureaux de probation. »

Priorité au développement

La priorité de Mme Rioux demeure toutefois le développement de l’OPCQ. Ainsi, quand on pose la question à savoir si les compressions budgétaires du gouvernement au cours des deux dernières années ont influé sur le travail de ses membres, elle répond : « Bien sûr que cela les a touchés, comme cela a touché plusieurs autres professionnels. »

Elle ne planifie toutefois pas entreprendre d’actions politiques à ce sujet dans les prochains mois. « Le développement de l’Ordre est ma principale préoccupation, dit-elle. On a encore beaucoup de pain sur la planche et je veux me concentrer là-dessus. Nous aimerions aussi offrir progressivement plus de services aux membres, comme la publication d’une revue dans laquelle on trouverait des résultats de recherche en criminologie. »