La marijuana, principale cible de la lutte contre la drogue

Ce sont encore surtout les jeunes de 12 à 24 ans qui ont le plus haut taux d’infractions.
Photo: Agence Reuters Ce sont encore surtout les jeunes de 12 à 24 ans qui ont le plus haut taux d’infractions.

Le simple fumeur de marijuana continue de faire les frais de la guerre contre la drogue, révèle la dernière compilation du Centre canadien de la statistique juridique.

La possession simple de cannabis arrive en tête de toutes les affaires de drogue enregistrées en 2002. Le «fumeux de pot» est impliqué dans une affaire de drogue sur deux. Pire encore, trois affaires de drogue sur quatre concernent la possession, le trafic ou la production de marijuana. Le nombre de causes reliées à la possession de marijuana a grimpé de 117 % entre 1992 et 2002, tandis que les infractions globales reliées à la verte substance ont connu une hausse de 81 %.

Sur les 92 490 affaires de drogue déclarées par les policiers en 2002, à peine 13 % touchent la production, l'importation et le trafic de la cocaïne, de l'héroïne et des autres substances illégales.

Les données compilées par le Centre canadien de la statistique juridique viennent contrebalancer le discours des policiers, qui se targuent de s'attaquer en priorité au trafic à grande échelle et aux bandes criminelles qui en sont souvent responsables. Dans le contexte où le gouvernement Martin songe à décriminaliser la possession de petites quantités de marijuana, ces chiffres ne passeront pas inaperçus. Ils confirment que la guerre contre la drogue fait ses premières victimes chez les fumeurs de pot somme toute inoffensifs.

Les coûts

À l'échelle du pays, cette bataille coûte environ 428 millions de dollars par an, pour l'application du droit pénal seulement, ce qui inclut les dépenses des policiers et de l'appareil judiciaire. La prévention, l'éducation et le traitement reçoivent en revanche 23 millions en moyenne, comme le rappelait le rapport du Comité spécial du sénat sur les drogues illicites.

Le Canada a intensifié la guerre contre la drogue, confirme par ailleurs l'étude de Statistique Canada. Le taux d'infractions reliées aux drogues se situait à 295 pour 100 000 habitants en 2002, un bond de 42 % en dix ans attribuable en bonne partie à la hausse des infractions liées à la possession de cannabis. Il s'agit d'un sommet inégalé depuis 20 ans.

Ces hausses contrastent avec la baisse des mises en accusation devant les tribunaux. De 1992 à 2002, le taux d'affaires classées sans mise en accusation en matière de drogues est passé de 26 à 71 pour 100 000 habitants, ce qui pourrait indiquer une tendance à la déjudiciarisation. Tandis que les policiers procèdent à des arrestations massives, les juges renvoient les accusés à des mesures de rechange (travaux communautaires, indemnisation, counseling) dans une affaire de drogue sur dix.

Les jeunes

La drogue reste une affaire de jeunes. En 2002, les 18-24 ans affichaient le plus haut taux d'infractions sur les drogues pour 100 000 habitants (860), suivis des adolescents de 12 à 17 ans (645). Ces données vont de pair avec les plus récentes recherches sur les jeunes, qui admettent volontiers leur consommation de substances illicites. Encore là, la marijuana arrive en tête du palmarès.

Les policiers ont poussé le combat contre la drogue dans toutes les provinces du pays depuis le début des années 90. Les plus fortes augmentations du taux d'infractions reliées aux drogues ont été enregistrées au Nouveau-Brunswick (134 %), suivi de la Saskatchewan (97 %) et du Québec (81 %). Le Québec arrive maintenant au quatrième rang des provinces affichant les taux les plus élevés, mais il continue de se maintenir légèrement sous la moyenne nationale avec ses 270 infractions pour 100 000 habitants.

Montréal n'est pas la ville ouverte que les médias dépeignent sur une base quasi quotidienne en matière de drogue. La métropole arrive au 14e rang des villes enregistrant les plus importants taux d'infraction (215). Thunder Bay (571), Vancouver (468) et Victoria (459) dominent ce palmarès peu enviable. Trois-Rivières (364), Gatineau (287), Sherbrooke (280) et Québec (252) devancent tous Montréal.