Logement social - Paul Martin vient rencontrer le FRAPRU à Montréal

Le premier ministre Paul Martin a finalement décidé de tendre l'oreille aux revendications du FRAPRU et se déplace aujourd'hui à Montréal pour rencontrer son président, François Saillant, et discuter avec lui des besoins québécois en logement social. Cette rencontre fait suite à la manifestation tenue par le FRAPRU le 15 février dernier, lors de l'investiture du lieutenant québécois de Paul Martin, Yves Séguin.

Ce rendez-vous hors du commun entre le premier ministre du Canada et le président du Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) n'est certainement pas indifférent à la crise que traverse actuellement le Parti libéral. M. Saillant estime d'ailleurs qu'il y a en ce moment «un contexte politique favorable» pour obtenir certaines promesses de M. Martin.

«Les libéraux peuvent avoir aujourd'hui certains intérêts politiques qu'ils n'avaient pas à l'époque», dit-il, avec une pointe d'ironie dans la voix. Rappelons à cet égard qu'en 1994, le gouvernement fédéral se retirait du dossier du logement social. En 2001, le Parti libéral décidait cependant de mettre sur pied un nouveau programme d'aide financière fédéral pour la construction de logements abordables.

«Pendant huit ans, le fédéral n'a pas mis un sou dans le logement social. On aurait aujourd'hui 40 000 logements sociaux de plus au Québec s'il ne s'était pas retiré», dénonce par contre M. Saillant.

Le nouveau programme du fédéral, qui est entré en vigueur en 2002, a permis au gouvernement québécois de construire 3600 logements sociaux grâce à un investissement d'Ottawa de 161 millions. «C'est nettement insuffisant», affirme toutefois M. Saillant. «Le Parti libéral doit prendre dès aujourd'hui l'engagement d'aller plus loin dans son prochain budget en réinvestissant massivement dans le logement social.»

Le président du FRAPRU souhaite d'ailleurs demander à Paul Martin qu'il débloque dès aujourd'hui les 320 millions annoncés dans le budget de l'année dernière pour le logement abordable à l'échelle du Canada. Le Québec doit obtenir de 80 à 100 millions de ce montant. Le ministre des Finances du Québec, Yves Séguin, a confirmé à François Saillant, lors de leur rencontre du 9 février, que le gouvernement québécois était prêt à investir le même montant qu'Ottawa.

Une entente

François Saillant veut également obtenir aujourd'hui du premier ministre qu'il signe une fois pour toutes une entente avec le gouvernement québécois en ce qui concerne le transfert de la responsabilité des logements sociaux existants. Les deux paliers de gouvernement négocient en effet depuis 1996 pour encadrer le transfert du fédéral au provincial de 40 000 logements sociaux. Le Québec considère que ce transfert de responsabilité n'est pas accompagné d'un financement adéquat du fédéral.

«M. Martin doit signer cette entente, mais à des conditions plus respectueuses du Québec. Le parc de logements qui va être transféré coûte cher à entretenir. Pour le moment, le fédéral ne s'en occupe pas et les logements sont en mauvais état», explique M. Saillant.

Le Québec reçoit à l'heure actuelle 17 % des fonds du programme fédéral pour le logement abordable. Selon le président du FRAPRU, le Québec devrait recevoir jusqu'à 28 % des fonds par rapport aux besoins. «C'est au Québec que la situation est la pire pour ce qui est du manque de logements. La pénurie de logements fait en sorte que plus de 111 000 ménages québécois (9 % des locataires) payent plus de 80 % de leurs revenus pour se loger. C'est inadmissible et intolérable», affirme-t-il. Le FRAPRU doit faire le bilan de cette rencontre cet après-midi.