Rania el-Alloul demande des balises aux tribunaux

Un an et demi plus tard, l’affaire pour laquelle Rania el-Alloul avait été convoquée au tribunal a été réglée, mais la Montréalaise n’a pas dit son dernier mot.<br />
 
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Un an et demi plus tard, l’affaire pour laquelle Rania el-Alloul avait été convoquée au tribunal a été réglée, mais la Montréalaise n’a pas dit son dernier mot.
 

Elle s’était vu refuser une audience à la Cour du Québec simplement parce qu’elle porte le voile. Rania El-Alloul était de retour au tribunal, jeudi, cette fois pour forcer l’appareil judiciaire à clarifier sa position par rapport aux signes religieux.

En février 2015, comparant le port du foulard islamique à celui d’une casquette ou de lunettes de soleil, une juge de la Cour du Québec, Eliana Marengo, avait refusé d’entendre la cause de cette mère célibataire musulmane parce que celle-ci refusait de retirer son hidjab — ce voile islamique qui couvre entièrement la tête, tout en laissant le visage à découvert — à sa demande. L’affaire avait fait réagir un peu partout au pays, et plus de 40 000 $ avaient été amassés en quelques jours pour venir en aide à Mme El-Alloul.

Un an et demi plus tard, l’affaire pour laquelle Mme El-Alloul avait été convoquée au tribunal a été réglée, mais la Montréalaise n’a pas dit son dernier mot.

Jeudi, ses avocats ont demandé au juge Wilbrod Décarie de rendre un jugement déclaratoire qui établirait que le hidjab et d’autres signes religieux (kippa, turban, croix, etc.) sont permis dans les tribunaux québécois, et que des magistrats ne peuvent refuser d’entendre une cause parce que l’un des témoins ou des accusés arbore l’un d’eux. À l’heure actuelle, les règlements de la Cour stipulent simplement que toute personne doit être habillée « convenablement » au tribunal.

Étrangement, aucun des avocats de la magistrature ou du gouvernement n’a défendu le geste de la juge Marengo. Ils ont plutôt fait valoir que chaque cas devrait être traité séparément, comme l’a décidé la Cour suprême en 2012.

« Ces enjeux controversés sur les signes religieux ne sont pas sur le point de disparaître […] On aimerait que ce soit parfaitement normal, et que la Cour reconnaisse que cela fait partie de la vie de tous les jours », ont indiqué au Devoir les avocats Julius Grey et Catherine McKenzie. Un ex-avocat de Mme El-Alloul, Mathieu Bouchard, est aujourd’hui conseiller principal de Justin Trudeau.

Après avoir entendu tous les arguments des parties, jeudi, le juge Décarie a pris la cause en délibéré. Son jugement devrait être rendu d’ici quelques mois.

En parallèle, Mme El-Alloul et ses avocats ont également présenté une plainte contre la juge Marengo devant le Conseil de la magistrature, organisme chargé de veiller au bon comportement des juges, mais celle-ci a été rejetée, ayant été considérée comme « non fondée ».

« Il y a quand même une quarantaine de plaintes contre la juge Marengodevant le Conseil de la magistrature en ce moment, souligne Me McKenzie. [Le Conseil]
va procéder à une enquête. Ce sont des gens qui se sentent lésés par cette décision ou d’autres décisions de la juge. »

16 commentaires
  • Marc Lacroix - Abonné 23 septembre 2016 04 h 13

    Le gouvernement doit mettre ses culottes !

    Ce ne sont pas le juges qui doivent prendre des décisions dans des cas semblables mais c'est au gouvernement de le faire. Le travail des juges, c'est de s'assurer que les lois sont respectées..., pas d'écrire les lois!

    • Hélène Paulette - Abonnée 23 septembre 2016 11 h 46

      C'est justement ce que la juge a fait, appliquer les règles de la magistrature...

    • Marc Lacroix - Abonné 23 septembre 2016 12 h 29

      À Mme Paulette,

      De quoi parlez-vous exactement ? Quelles règles ?

  • Michel Thériault - Abonné 23 septembre 2016 07 h 04

    Ben cou'donc…

    Cette femme quitte son pays, est accueillie à bras ouverts par sa communauté d'accueil et maintenant elle se bat contre cette dernière pour importer ses valeurs et ses coutumes d'une autre époque (c'est un euphémisme) en sachant fort bien que ça choquera une grande partie de la population. De plus, elle ose poursuivre en justice la juge qui a refusée d'entendre sa cause. Sympathique personnage.

    Elle a compris assez vite comment ça se passe dans le "plusssse meilleur pays du monde".

  • Michel Lebel - Abonné 23 septembre 2016 07 h 05

    Ce juge a erré.

    Il me semble assez évident qu'au plan juridique le juge Marengo a ici erré. Le hidjab doit être permis en cour.

    M.L.

    • Michel Thériault - Abonné 23 septembre 2016 15 h 24

      À lire votre commentaire, il semble qu'ici ce n'est pas la juge qui a errée...

  • Hélène Gervais - Abonnée 23 septembre 2016 07 h 23

    Tant que le visage est à découvert ...

    cette dame aurait dû recevoir les services auxquels elle avait droit.

  • Pierre Desautels - Abonné 23 septembre 2016 08 h 45

    Quel est le problème, Madame la juge?


    C'est un cas où une juge outrepasse ses pouvoirs. Au final, le hidjab sera permis. Nous ne sommes pas en France ici.

    • Jacinthe Lafrenaye - Inscrite 23 septembre 2016 10 h 16

      Au final, la burka sera permise. Pourquoi pas après tout. Juste un autre accommodement supplémentaire à subir.