Relations tendues entre les deux Églises - Le patriarche russe reçoit l'envoyé du Vatican

Moscou — Le chef de l'Église orthodoxe russe, Alexis II, a reçu hier, pour la première fois depuis deux ans, un haut responsable du Vatican, le cardinal allemand Walter Kasper, mais il lui a répété les griefs et l'accusation de «prosélytisme» qui empoisonnent les relations entre les deux Églises.

«Nous estimons que le principe fondé par le concile Vatican II [qui définit] les Églises orthodoxes comme des Églises soeurs, doit être mis en pratique», a dit Alexis II, patriarche de Moscou et de toutes les Russies.

«Malheureusement, cela n'est pas le cas ces derniers temps, et nous avons l'impression que l'Église catholique romaine y a renoncé», a-t-il ajouté.

La rencontre, initialement prévue aujourd'hui, est intervenue alors que les relations entre le patriarcat russe et le Vatican traversent une longue période de froid, l'Église orthodoxe se plaignant du «prosélytisme» catholique dans ses territoires historiques.

À quelques heures de cette rencontre, le pape Jean-Paul II a prié hier matin pour l'unité des chrétiens «dans la variété des cultures, des langues et des traditions», au cours de la prière de l'angélus lue place Saint-Pierre, devant des milliers de pèlerins

La question de l'Ukraine

Mais Alexis II a notamment averti le cardinal Kasper que la question de l'Ukraine, où le patriarcat s'oppose au projet de création d'un patriarcat des catholiques de rite oriental, dits uniates, risquait de faire «une croix sur nos relations pour des dizaines d'années».

Il a souligné que l'Église gréco-catholique présente en Ukraine était «une partie de l'Église catholique romaine», et que celle-ci portait «la pleine responsabilité de l'activité des uniates».

Interdite sous Staline, l'Église uniate a fleuri après la chute du communisme, reprenant aux orthodoxes quelque 2500 paroisses, au grand mécontentement du patriarcat.

Forte de son succès, alimenté par le sentiment national ukrainien, cette Église voudrait maintenant s'installer à Kiev et créer un patriarcat catholique.

Alexis II a également exprimé à nouveau le mécontentement de l'Église orthodoxe après la création il y a deux ans de quatre diocèses catholiques en Russie par le Saint-Siège, soulignant que le patriarcat de Moscou n'avait pas été informé de ce projet contrairement aux usages.

Enfin, il a demandé la cessation de toute activité missionnaire des catholiques parmi les Russes de baptême orthodoxe. «C'est du prosélytisme direct, ce qui ne peut exister entre deux Églises soeurs», a-t-il dit.