Bien dormir pour mieux se souvenir

Le sommeil contribuerait à consolider une partie de la mémoire récente.
Photo: iStock Le sommeil contribuerait à consolider une partie de la mémoire récente.

Une étude publiée en mai dernier dans Science démontre qu’un bon sommeil permet de consolider la mémoire. À l’origine de cette découverte, une équipe canado-bernoise.

Bien dormir pour mieux mémoriser, un adage qui ne date pas d’hier. Cependant, le lien de cause à effet n’avait pas été scientifiquement prouvé jusqu’à ce qu’en mai la revue Science publie une étude qui démontre ce lien.

L’expérience a été réalisée sur des souris : lorsque celles-ci voyaient leur sommeil perturbé à un moment précis de la nuit, elles ne parvenaient plus, le jour suivant, à se souvenir d’expériences vécues. Cette expérience confirme de nombreuses hypothèses scientifiques faites jusqu’alors entre le sommeil et la mémoire. Bien plus encore, elle apporte une preuve causale que le sommeil contribue à consolider une partie de la mémoire récente.

Le sommeil est composé de quatre phases. L’une d’elles, appelée « sommeil paradoxal », durant laquelle l’état d’éveil est maximal, correspond à la phase durant laquelle nous rêvons. Découverte il y a plus de 60 ans, cette phase est communément appelée en anglais « REM [Rapid Eye Movement] sleep », car elle se caractérise par les nombreux mouvements oculaires que fait le dormeur. Depuis lors, de nombreux scientifiques cherchant à comprendre le fonctionnement du cerveau ont tenté d’expliquer l’utilité du sommeil et de ses phases.
 

 

Une multitude d’expériences ont été menées : ablation d’une zone du cerveau, prise forcée de neuroleptiques ou interruptions répétées du sommeil. Tout cela sans réel résultat, si ce n’est l’apparition d’un consensus parmi les scientifiques : le sommeil paradoxal a un rôle primordial dans la mémorisation. Et une partie de ce mécanisme se fait dans une petite zone du cerveau nommée hippocampe.

Les chercheurs ont observé que les rongeurs parvenaient à se souvenir, après une nuit, de l’emplacement d’objets. Mais lorsqu’ils ont altéré le fonctionnement des neurones impliqués dans l’hippocampe alors que s’installait un sommeil paradoxal, les cobayes ne se rappelaient presque plus rien. Pour Antoine Adamantidis, chercheur à l’Université de Berne et coauteur de l’étude, il s’agit là d’une preuve directe que le sommeil REM joue un rôle dans la consolidation de la mémoire spatiale.

Et selon Raphaël Heinzer, codirecteur du Centre d’investigation et de recherche sur le sommeil du Centre hospitalier universitaire vaudois, « l’effet du sommeil sur la consolidation de la mémoire est un domaine de recherche en pleine évolution et cet article apporte de nouveaux éléments ».