Le 911 critiqué par des cyclistes victimes d’accident

Des patrouilleurs ont donné une contravention à l’automobiliste après un accident sur la Plaza Saint-Hubert, jeudi dernier. Seule une ambulance avait été dépêchée sur les lieux après l’appel au 911.
Photo: Source Facebook Des patrouilleurs ont donné une contravention à l’automobiliste après un accident sur la Plaza Saint-Hubert, jeudi dernier. Seule une ambulance avait été dépêchée sur les lieux après l’appel au 911.

Au moment où l’administration Coderre annonce un plan pour renforcer la sécurité des piétons et des cyclistes, la police de Montréal fait l’objet de critiques pour son peu d’empressement à répondre aux appels d’urgence à la suite d’accidents impliquant des vélos.

Johannie Michaud roulait à bicyclette dans la rue Saint-Denis quand la portière d’une voiture s’est ouverte brusquement devant elle. La cycliste est tombée sur la chaussée. Elle s’est fait mal au dos et au cou. Mais elle a attendu plus d’une demi-heure qu’une ambulance et une voiture de police viennent à la rescousse.

« J’ai appelé trois fois le 911, mais on m’a répondu que la police ne se déplace pas pour des cas comme celui-là », dit Mathieu Leclair, qui a été témoin de la scène. Il mangeait dans un restaurant situé près du lieu de l’accident, survenu le 13 avril dernier à 19 h 03.

Facture de téléphone à l’appui, il montre ses appels au 911 : à 19 h 04, à 19 h 15 et à 19 h 33. M. Leclair a insisté pour que les secours viennent rapidement, parce que la cycliste était « sonnée », selon lui. Il comprend mal le peu d’empressement du 911 à répondre à ses trois appels.

« J’ai subi un choc intense. J’ai été clouée au lit durant deux jours et je n’ai pas pu bouger mon cou durant cinq jours », affirme Johannie Michaud au Devoir.

La femme de 27 ans a finalement été transportée à l’hôpital par ambulance. Une voiture du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) est aussi arrivée sur les lieux, environ 35 minutes après l’accident. Mme Michaud indique que la policière l’a informée qu’elle avait remis un constat d’infraction à l’automobiliste.

Amendes révisées

À l’époque, la contravention pour emportiérage — l’action de heurter un vélo en ouvrant une portière de voiture — était de 30 $. Elle s’élève désormais à 200 $ plus des frais de 111 $, pour un total de 311 $, à la suite de changements décrétés en juin par le gouvernement Couillard.

L’amende a beau être salée, encore faut-il que les policiers se déplacent. Sébastien Gilbert-Corlay a été témoin d’une collision entre un vélo et une voiture garée dont le conducteur a ouvert la porte, jeudi dernier, rue Saint-Hubert, dans l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie. Le cycliste a subi des blessures à la main droite, au nez, au front, au genou et à l’avant-bras gauche.

En appelant au 911, le témoin s’est fait répondre que le SPVM ne se déplace pas pour ce type d’accident avec blessures légères. Seule une ambulance se rendrait sur place. Sébastien Gilbert-Corlay a appelé au poste de quartier. Même réponse. Une voiture de patrouille qui passait par hasard s’est finalement arrêtée. Le conducteur a eu droit à un constat d’infraction de 311 $.

Question de priorité

Au SPVM, on confirme que les policiers ne se rendront pas nécessairement sur les lieux d’un accident causé par une portière de voiture. La police peut avoir d’autres tâches plus urgentes. « Chaque appel au 911 comporte un code de priorité. Si quelqu’un a des blessures légères, il est possible qu’on envoie une ambulance, mais pas une voiture de patrouille pour un emportiérage », explique l’inspecteur André Durocher.

Il suggère aux cyclistes victimes d’emportiérage de prendre le numéro de plaque de la voiture. Il est possible d’aller au poste de quartier dans les jours suivant l’accident pour obtenir un rapport de police. Ce rapport permet de réclamer des indemnités à la Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ) ou à son assureur privé, par exemple.

Le SPVM demande à ses policiers de remettre une contravention aux automobilistes qui heurtent un cycliste en ouvrant leur portière. L’inspecteur André Durocher indique qu’il a lui-même écrit cette directive.

Le groupe Une porte, une vie, fondé en 2014 pour faire connaître les dangers de l’emportiérage, estime que le ministère des Transports doit encore dépoussiérer le Code de sécurité routière. Une collision entre un vélo et une voiture immobilisée n’est pas considérée comme un « accident », mais comme un simple « incident » aux yeux de la loi. Ce seul changement enverrait un signal fort en faveur de la sécurité des cyclistes, indique un porte-parole de l’organisation.


Des camions plus petits ?

Montréal compte réviser les règles encadrant la circulation de véhicules lourds sur son territoire. Le gabarit des camions autorisés pourrait être revu à la baisse, a indiqué le maire Denis Coderre alors qu’il annonçait l’adhésion de la Ville à la stratégie « Vision zéro ». L’Association du camionnage du Québec se dit prête à participe aux discussions, mais son président Marc Cadieux prévient que de nouvelles restrictions pourraient entraîner une hausse du coût des produits de consommation.
 

Des incidents plus nombreux

Année Nombre de constats
2012 30 
2013 53
2014 74
2015 85

Source: SPVM


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