Le déficit zéro conduit au déficit social, selon la CSN

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Jacques Létourneau
Photo: Source CSN Jacques Létourneau

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Après des années d’austérité, les réseaux de la santé et de l’éducation ont besoin d’un réinvestissement massif. Des montants ponctuels ne suffiront pas à maintenir les acquis, soutient Jacques Létourneau, président de la CSN.

Lors du dépôt du budget en mars dernier, le gouvernement de Philippe Couillard a annoncé des réinvestissements en éducation et en santé. Toutefois, ces réinvestissements ne sont en fait qu’une hausse de 3 % du financement en éducation, ce qui équivaut à peu près aux coûts du système. Quant aux 2,4 % prévus au budget de la santé, ils ne couvrent que la moitié de la hausse normale des dépenses de programmes, affirmait La Presse canadienne dans nos pages du 17 mars 2016.

« On sait que le gouvernement a fait des surplus, qui vont même au-delà de ce qu’il avait prévu dans le remboursement du Fonds des générations. C’est presque 3 milliards de surplus au total », affirme Jacques Létourneau, président de la CSN. On peut parler d’une marge de manoeuvre confortable, « mais ça dépend de ce qu’on en fait et, dans la philosophie du gouvernement libéral, la priorité va au remboursement de la dette. On a aussi annoncé des réinvestissements, mais où vont-ils aller ? Et comment procédera-t-on ? Ça, c’est moins clair », ajoute-t-il.

Des annonces d’investissement ont été faites dans le système d’éducation, « mais on comprend que ce ne sont pas des investissements récurrents », lance le président, qui ajoute qu’« on a un problème majeur de réinvestissement ». Dans le contexte d’austérité qui prévaut depuis deux ans, les compressions ont été si dommageables qu’il faudrait aujourd’hui que les budgets alloués soient beaucoup plus importants.

«Opposer au déficit zéro le déficit social. » Cette petite formule, Jacques Létourneau la répète souvent. S’il affirme que les syndicats ne sont pas contre l’équilibre budgétaire et non plus contre le remboursement de la dette, il dit aussi qu’il faut considérer les conséquences sociales du retour à l’équilibre budgétaire. « Le gouvernement répète toujours qu’il fait le retour à l’équilibre pour permettre aux générations futures de ne pas subir les contrecoups d’une dette qu’on leur laisserait. En même temps, on ne se pose jamais la question des conséquences d’un déficit social. » Et le syndicaliste parle ici des impacts des coupes des services spécialisés dans les écoles ; moins d’intervenants sur le terrain pour déceler les problèmes d’apprentissages chez les jeunes entraînent des problèmes susceptibles de devenir sérieux à long terme. « Un jeune qui passe à travers les mailles du filet à cinq ou six ans, c’est un enfant qu’on va échapper complètement. »

Actuellement, les budgets prévus ne couvrent à peu près que les coûts de système, alors que les réseaux de l’éducation et de la santé ont besoin d’un réinvestissement massif. Tout autant que dans les centres de la petite enfance, où le gouvernement « doit annuler les compressions budgétaires qui sont prévues. On a déjà vu des installations de CPE fermées au profit de garderies privées ». Une solution suggérée par Jacques Létourneau serait que le gouvernement s’assoie avec les partenaires du milieu pour décider où on devrait réinvestir. « Ce sont ceux qui travaillent dans ces réseaux qui sont le plus en mesure de déterminer les besoins. »

Le gouvernement ne s’en cache pas : si les mesures d’austérité ont pour but de rembourser la dette, elles permettent aussi d’octroyer certaines baisses d’impôt, une mesure toujours très populaire auprès de l’électorat. Toutefois, Jacques Létourneau met en garde contre cette politique : « Si on baisse encore les impôts, on va s’enfermer dans une dynamique d’austérité permanente. » Son équation pour en arriver à ce constat est relativement simple : avec moins d’argent qui entre dans les coffres de l’État, on compresse les dépenses, ce qui a pour effet de réduire l’activité économique, ce qui, forcément, entraîne des coupes dans les services. « Ça, c’est extrêmement inquiétant. »

 

Investir dans les infrastructures

Actuellement, il y a des besoins énormes d’investissements dans les infrastructures dans les écoles et les hôpitaux notamment pour la santé et la sécurité des élèves et du personnel. « Quand on réinvestit dans les infrastructures, on n’est pas en train d’investir dans les dépenses courantes d’épicerie, on investit dans un actif qui va rester. » De plus, ces investissements permettent de créer de l’emploi. « De notre point de vue, ce serait une stratégie gagnante à moyen et long terme, y compris pour résoudre le problème d’équilibre budgétaire. C’est en faisant rouler l’activité économique qu’on règle la question de la dette, et pas en période d’austérité, quand les gens consomment moins et qu’on crée une dynamique qui ne permet pas de s’attaquer au problème des finances publiques. »

Le discours néolibéraliste se fait entendre dans toutes les sociétés occidentales depuis une trentaine d’années, et le Québec ne fait pas exception, se désole le président de la CSN. « Cette théorie du développement économique, les gens l’ont complètement intégrée, et le problème, c’est que c’est le chemin qu’emprunte le gouvernement pour régler ces problèmes. En réduisant les charges fiscales des entreprises et des particuliers et en coupant les services, c’est un déficit social qui va se produire en bout de piste.»

Assurer la pérennité des programmes et des services et garantir que les gens payent leur juste part d’impôt serait plutôt la méthode privilégiée par le syndicat.

« Un des défis pour la CSN et les autres organisations syndicales dans la prochaine période sera de convaincre la population que ça n’a pas de sens de soutenir l’approche actuelle du gouvernement de Philippe Couillard. »

1 commentaire
  • Alain Massicotte - Inscrit 17 septembre 2016 21 h 37

    Le déficit zéro, conduit au déficit social selon la C.S.N.

    Le néo-libéralisme a tellement fait son chemin dans la société qu'une participation citoyenne comme commenter un article de la C.S.N. ne fait plus partie des préocupation des citoyens ,c'est pitoyable.