Québec songe à sortir les hommes de la prison Leclerc

La prison Leclerc, à Laval, est mixte depuis la fermeture de la prison Tanguay. 
Photo: Valérian Mazataud La prison Leclerc, à Laval, est mixte depuis la fermeture de la prison Tanguay. 

Préoccupé par la cohabitation de détenus des deux sexes à la prison Leclerc, le ministère de la Sécurité publique envisage de déplacer à leur tour les hommes dans d’autres centres de détention du Québec.

Selon ce que Le Devoir a appris, il s’agirait d’une solution temporaire en attendant la mise en place d’une réponse permanente à la fermeture de la vieille prison Tanguay, survenue au début de l’année 2016. Les 248 détenues de Tanguay ont été transférées dans l’ancien pénitencier fédéral Leclerc, à Laval, où séjournaient déjà 84 détenus provinciaux (à cause de la surpopulation dans les prisons provinciales).

Au cabinet du ministre Martin Coiteux, responsable de la Sécurité publique et des Affaires municipales, on indique que « plusieurs scénarios sont envisagés » pour les détenues. Y compris sortir les hommes de Leclerc pour n’y laisser que les femmes à court terme ? « On poursuit notre réflexion avec l’ensemble de nos partenaires. Le ministre cherche des solutions durables », dit Marie-Ève Pelletier, porte-parole du ministre. Aucune décision n’est prise, insiste-t-elle.

En juin dernier, M. Coiteux avait déclaré que la mixité reste une solution temporaire, forcée par la fermeture de la maison Tanguay et par la surpopulation dans les prisons pour hommes. « La solution à plus long terme, quant à moi, ça ne passera pas par la mixité, avait-il dit à Radio-Canada. On va trouver une solution qui va nous permettre de sortir de la mixité à long terme, ce qui ne veut pas dire que ce n’était pas une bonne idée d’aller à Leclerc. »

L’ouverture de nouvelles prisons provinciales à Sorel, Roberval, Amos et Sept-Îles aidera à désengorger le réseau des centres de détention pour hommes, indiquent nos sources. Le Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec s’oppose tout de même au transfert des détenus masculins de Leclerc vers les autres prisons, qui resteront surpeuplées malgré l’entrée en service imminente de nouveaux centres de détention.

« La première mission de Leclerc, c’est de désengorger le système carcéral », dit Mathieu Lavoie, président du syndicat. Il rappelle que des agents ont déménagé dans la région de Laval pour venir travailler à Leclerc.

Améliorer la cohabitation

L’idée de sortir les hommes de la prison Leclerc fait partie des scénarios envisagés depuis les dénonciations des difficultés de la mixité au sein de l’établissement, au cours du printemps. Les femmes se sentent menacées par la présence des hommes à la prison Leclerc, ont dénoncé des groupes de défense des détenues, dont des communautés religieuses et des avocats.

Une série de mesures ont été prises au cours de l’été pour améliorer la cohabitation entre les hommes et les femmes. Les tensions ont diminué, indiquent nos sources. Une cour extérieure a été ajoutée. Des cloisons ont été aménagées pour empêcher que des détenus des deux sexes se croisent. Des gardiens escortent les détenus masculins lors de certains déplacements. Des « nuisances sonores » persistent toutefois à l’occasion, parce que les détenus peuvent se parler (ou crier) d’une cellule à l’autre.

Les autorités ont aussi amélioré l’accès aux médicaments et aux services de santé pour les détenues. Des locaux pour des activités religieuses et pour des loisirs ont aussi été aménagés.

La configuration même du pénitencier Leclerc — une ancienne prison fédérale fermée en 2012 pour cause de vétusté — nuit au climat entre les murs, ont dénoncé les groupes.

À long terme, trois hypothèses sont envisagées : héberger les détenues à Leclerc ou à Tanguay (ce qui nécessiterait des rénovations extrêmement importantes dans les deux cas) ou encore construire une nouvelle prison pour femmes. Le gouvernement doit prendre une décision dans les prochaines semaines, indique-t-on au bureau du ministre Coiteux.

« De tout temps, les femmes dans les systèmes pénal et correctionnel ont eu à subir des conditions d’incarcération difficiles, entre autres parce que les infrastructures étaient développées avant tout pour répondre aux besoins des hommes. En tant que groupe minoritaire, les femmes incarcérées ont besoin que des mesures particulières soient prises pour s’assurer que leurs droits fondamentaux sont respectés eu égard à leur condition de femme et du peu de risque qu’elles représentent sur le plan de la sécurité tant en milieu carcéral qu’en communauté », fait valoir une lettre transmise au ministre de la Sécurité publique par la Société Elizabeth Fry (SEF), qui oeuvre auprès des détenues depuis 40 ans. La SEF conseille désormais les autorités carcérales sur les meilleures façons de gérer la détention des femmes au Québec.

1 million pour des prisons condamnées

En attendant une solution permanente, des travaux totalisant près de 1 million de dollars ont été réalisés dans les établissements Leclerc et Tanguay, qui étaient pourtant condamnés pour cause de vétusté. Le gouvernement du Québec a ainsi dépensé 750 809 $ pour acheter des équipements à l’établissement Leclerc, indiquent des documents obtenus par la Loi sur l’accès à l’information : caméras de surveillance, meubles, laveuses, sécheuses, frigos, grillages, clôtures… Ces dépenses ont été faites sur deux années, entre 2014 et 2016.

À la Maison Tanguay, des dépenses de rénovation et d’achat de matériel totalisant 228 012 $ ont eu lieu entre les années 2010 et 2015, indiquent les documents du ministère de la Sécurité publique. La vieille prison a fermé ses portes en février 2016, mais il fallait investir pour la maintenir en activité tant que le ministère en avait besoin, indique-t-on.


 
1 commentaire
  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 9 septembre 2016 09 h 49

    Je suggere que le ministre

    prenne sa retraite pour arreter de s'enfarger dans les fleurs du tapis:les pitbulls,les uniformes des policiers et autres problemes.Il va finir par ruiner le tapis et tomber a pleine face sur le meme tapis et risque de se blesser et aussi de blesser ceux sur qui il tonbera....