Appel à Couillard pour briser l’emprise de Rio Tinto

Les citoyens du Lac-Saint-Jean ont actuellement peu de contrôle sur le niveau de l’eau.
Photo: Pierre Lahoud Les citoyens du Lac-Saint-Jean ont actuellement peu de contrôle sur le niveau de l’eau.

Un groupe représentant 150 organisations lance un cri d’alarme au gouvernement Couillard pour mettre fin à la mainmise du géant Rio Tinto Aluminium (RTA) sur la gestion du niveau du lac Saint-Jean.

Ce comité, qui regroupe notamment les élus des trois MRC du Lac-Saint-Jean et de la communauté autochtone de Mashteuiatsh, réclame un changement à la loi pour donner une voix forte aux citoyens dans la gestion du niveau de l’eau.

« En 2016, on ne peut plus permettre à une entreprise privée de gérer un bien collectif sans la participation citoyenne », dit André Paradis, préfet de la MRC de Lac-Saint-Jean-Est.

Il préside le comité de suivi de la gestion durable du lac Saint-Jean. Ce comité a interpellé le gouvernement Couillard lors d’une séance d’information du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur la gestion du lac Saint-Jean, mercredi.

« On a besoin d’un changement législatif pour donner une voix aux citoyens dans la gestion du niveau du lac. Ça adonne bien : le ministre responsable de la région est le premier ministre Philippe Couillard, député de Roberval. On s’attend à ce que le premier ministre écoute les concitoyens qui l’ont élu. On attend toujours une réponse de sa part », dit André Paradis au Devoir.

M. Couillard ne s’est jamais prononcé sur cette question. À son cabinet, on nous renvoie au ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, David Heurtel. Il ne se prononce pas non plus : le ministre va laisser le BAPE faire son travail et les citoyens s’exprimer. Il prendra une décision après les travaux du BAPE, précise Émilie Simard, attachée de presse de M. Heurtel.

Des visions opposées

Rio Tinto tient à garder son droit de gérance de l’eau pour faire fonctionner ses six barrages hydroélectriques qui alimentent en énergie ses quatre usines d’aluminium de la région. La coalition regroupant les élus et la société civile veut se faire entendre : le niveau de l’eau gardé artificiellement élevé provoque une forte érosion des berges, ce qui soulève de grandes inquiétudes pour la préservation du lac.

À l’inverse, durant l’hiver, l’eau est tellement basse que des municipalités ont été privées d’eau potable, rappelle André Paradis.

Cet enjeu chaud divise la communauté du Saguenay–Lac-Saint-Jean, parce que le géant de l’aluminium détient les droits de gestion du lac depuis près d’un siècle. Pendant des décennies, RTA a porté à bout de bras l’économie de la région en produisant de l’hydroélectricité à faible coût grâce au gigantesque bassin du lac Saint-Jean et ses affluents.

Or, le nombre d’emplois a diminué d’au moins la moitié (certains parlent même des deux tiers) depuis trois décennies. L’aluminium donnait du travail à 9270 personnes dans la région en 1980. Il reste entre 3100 et 5000 postes, dont des centaines de sous-traitants. Bref, Rio Tinto Aluminium n’est plus le moteur économique qu’il était au siècle dernier.

Devant le BAPE, Rio Tinto Aluminium a demandé de conserver le scénario de gestion du niveau de l’eau en vigueur depuis les 10 dernières années. L’entreprise a aussi défendu son droit de gérance du lac Saint-Jean, accordé par le gouvernement du Québec en 1926.

Le pacte social, à cette époque de grande industrialisation, consistait à donner le feu vert à l’entreprise privée pour exploiter une ressource naturelle qui appartient à tout le monde — le lac Saint-Jean et ses affluents. En échange, Rio Tinto (Alcan, à l’époque) créait une classe moyenne prospère qui faisait rouler l’économie.

Mais ce pacte tient de moins en moins avec les coupes d’emploi massives et la sous-traitance qui défavorise les travailleurs, a expliqué au Devoir Marc-Urbain Proulx, économiste à l’Université du Québec à Chicoutimi.

Les inquiétudes autour de l’érosion des berges prennent de l’ampleur avec les changements climatiques, souligne le préfet André Paradis. Dans un passé pas si lointain, la banquise qui se formait en novembre protégeait les berges contre les vagues par grands vents. L’eau ne gèle désormais qu’à la mi-décembre, ce qui détruit de grandes parties du rivage, selon lui.

L’érosion menace une portion de territoire revendiqué par les Premières Nations, rappelle de son côté Marjolaine Étienne, élue dans la communauté de Mashteuiatsh. Les autochtones sont solidaires du reste de la société qui veut une voix dans la gestion du niveau du lac Saint-Jean, a-t-elle confirmé.

1 commentaire
  • Jacques Grenier - Abonné 9 septembre 2016 04 h 21

    Veullerie

    Regardez Couillard ne rien faire.