Québec consultera les citoyens sur l'ouverture des transports en commun au secteur privé

Québec — Une étape importante vient d'être franchie en vue de la conclusion de partenariats publics-privés afin de sortir les sociétés de transports en commun du gouffre financier. Québec tiendra à la fin de l'été une consultation publique sur cette incursion du secteur privé dans l'exploitation des réseaux d'autobus.

À court terme, le gouvernement Charest ne propose cependant rien aux sociétés de transport du Québec, qui réclament 80 millions de dollars dans le cadre du prochain budget.

Si Québec ne répond pas à cette demande, l'Association du transport urbain du Québec (ATUQ), qui représente les neuf sociétés de transport, n'entend pas prendre part à la consultation publique du gouvernement. «La condition préalable pour qu'on participe à la démarche gouvernementale, c'est qu'on puisse régler d'ici le dépôt du budget la question majeure pour nous, le financement à court terme», a affirmé Lawrence Cannon, président de l'ATUQ et de la Société de transport de l'Outaouais, à la sortie d'une rencontre avec le ministre des Transports, Yvon Marcoux.

Si le ministre reconnaît les problèmes financiers des sociétés de transport, il a précisé qu'«on ne peut tenir pour acquis que le gouvernement va continuer de payer». Le gouvernement contribue aux transports en commun à hauteur de 360 millions de dollars cette année, a-t-il précisé, tout en soulignant que les investissements nécessaires pour maintenir les réseaux à niveau s'élèveront à trois milliards de dollars au cours des dix prochaines années.

Le ministre Marcoux envisage donc des «solutions innovatrices», dont le recours au secteur privé, comme Le Devoir l'a révélé à la fin de janvier. «Il y a lieu de voir des avenues expérimentées ailleurs et qui ont été positives sur le plan des coûts et de la qualité des services offerts aux citoyens», a-t-il dit.

Québec déposera un document de consultation au cours des prochains mois avant de tenir une commission parlementaire à la fin de l'été. Le ministre Marcoux, conscient des réticences des syndicats dans ce dossier, prépare le terrain avec prudence. «C'est une démarche qui interpelle tous ceux qui sont impliqués dans les transports en commun, que ce soit les sociétés de transport, leurs employés, les syndicats, les fournisseurs, les municipalités, les usagers. On compte sur la participation de tous ces intervenants. Il ne s'agit pas de bulldozer, mais d'envisager une voie qui semble prometteuse», a souligné M. Marcoux. Lawrence Cannon a indiqué que cette démarche «devra se faire avec les employés et les syndicats» et en tout respect des conventions collectives.

La création d'une taxe sur les places de stationnement fera aussi l'objet de consultations. L'ATUQ souhaiterait également un remboursement de la TVQ payée par les neuf sociétés de transport et l'indexation de la taxe sur l'immatriculation automobile. Sans outils financiers supplémentaires, Lawrence Cannon prédit une «rupture des services» et une «hausse de la tarification» dans les sociétés de transport l'automne prochain.

À l'extérieur des bureaux du ministre, environ 400 syndiqués des transports en commun ont tenu une manifestation afin de contester le recours au secteur privé.