Un amour indo-pakistanais dans la savane africaine

Fahad et Aalia ont convolé en justes noces samedi dernier en pleine savane africaine devant un soleil qui déclinait à l’horizon. Les jeunes mariés ont été envahis par l’émotion au cours de la cérémonie se déroulant au zoo de Granby.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Fahad et Aalia ont convolé en justes noces samedi dernier en pleine savane africaine devant un soleil qui déclinait à l’horizon. Les jeunes mariés ont été envahis par l’émotion au cours de la cérémonie se déroulant au zoo de Granby.

En quête d’histoires d’amour réelles, Le Devoir s’est invité dans des mariages de diverses communautés culturelles, aux rites et traditions pluriels. Notre série Quatre mariages et un enterrement vous promène de voeux en voeux dans des célébrations qui soulignent l’amour… Et la mort. Quatrième de cinq textes.

Si Walt Disney n’avait pas déjà eu l’idée, Aalia Adam et Fahad Diwan auraient pu être l’inspiration d’une version moderne de Jasmine et Aladin. Elle, une femme indépendante, intelligente, et qui suit les inclinations de son coeur. Lui, jeune homme à l’âme pure — qui n’a toutefois rien d’un voleur (si ce n’est qu’il lui a ravi son coeur !). Ne manquait plus que le génie de la lampe leur accorde un voeu : celui de se marier.

« Dans ma tête, j’étais déjà marié avec elle un an après l’avoir rencontrée », raconte Fahad, jeune homme musulman d’origine pakistanaise, arrivé au Québec à l’âge de 8 ans. « Pour moi, on est mari du moment qu’on se dit oui tous les deux, qu’on sait qu’on va passer le reste de notre vie ensemble », renchérit Aalia, journaliste de télévision dans la mi-vingtaine originaire de l’Inde, mais dont la famille a vécu en Afrique, au Malawi et au Botswana, avant de s’installer au Canada.

Les deux amoureux ne se sont pas contentés d’une seule célébration pour officialiser leur union. Comme c’est la coutume en Inde et au Pakistan, les célébrations du mariage durent une semaine, réparties en plusieurs cérémonies comme la dholki — une soirée tout en musique au rythme des tambours (dholk) — et la manjha — où l’on étend de la poudre de curcuma sur le visage des futurs époux, symbole de lumière.

Sur le thème des mille et une nuits, le mehndi est la célébration favorite d’Aalia. « Souvent, c’est bien plus amusant que le mariage lui-même », poursuit-elle. Traditionnellement, c’est une soirée de « filles », celle des tatouages au henné sur les mains et les pieds (c’est ce que signifie d’ailleurs le mot mehndi). Aalia et Fahad ont adapté la leur : les hommes — frères, oncles, cousins — ont non seulement été invités à cette grande fête qui se tenait au Rialto à Montréal, mais ils ont même dansé des chorégraphies savamment répétées et exécutées, dignes des meilleurs films de Bollywood.

Assis côte à côte et tenant une feuille verte dans les mains, les amoureux ont d’abord été nourris par les femmes mariées, comme le veut le rituel, et ont reçu la bénédiction des invités. Et curieuse tradition : la famille de la mariée doit user d’un stratagème pour voler une des chaussures du marié, et la famille de ce dernier doit ensuite négocier ferme pour la récupérer. Le butin, qui peut dépasser les 1000$, revient à la famille de la mariée et est distribué entre les frères et soeurs, cousins et cousines selon certaines règles. « Ça peut devenir vraiment intense. Il y a de la chicane, et parfois même des batailles », avait prévenu Aalia. L’histoire ne dit toutefois pas le montant de la rançon qu’a dû payer Fahad pour ravoir sa chaussure en cuir de Karachi…

Différences culturelles

L’idylle a débuté par un échange de regards dans des réunions d’amis communs. Elle, de Boucherville, a fréquenté la Heritage High School. Lui, de Brossard, a grandi dans la communauté pakistanaise musulmane et a étudié au collège privé Centennial, l’école anglophone rivale. Ce n’est que plus tard, à l’Université Concordia, où Aalia étudiait le journalisme et lui la comptabilité, qu’ils se sont véritablement vus. Regardés dans les yeux. De cette rencontre fortuite, qui a fini par des rires et des yeux doux autour d’un café chez Tim Hortons, Fahad a fait un poème. Quelques mois plus tard, il a organisé en secret des fiançailles-surprises à sa dulcinée, qui a pris la forme d’un spectacle retraçant le parcours de la jeune femme chanté et dansé par tout un groupe d’amis, le tout filmé en vidéo. « Aalia aime documenter sa vie. Si ce n’est pas tweeté, ça n’existe pas », dit Fahad, taquin, sous le regard gentiment courroucé de « sa » journaliste.

Les fiançailles, c’est une idée plutôt occidentale pour eux. « Dans notre culture, il n’est pas vraiment permis de se fréquenter, alors le mariage se fait rapidement », explique Aalia. Leur mariage se voulait donc un savant mélange de traditions qui emprunte aux diverses cultures et reflète même l’Afrique, d’où vient la famille d’Aalia, puisque la réception se tient au zoo de Granby. « J’aimais l’idée d’un mariage indo-pakistanais dans un décor africain. C’est multiculturel », dit la jeune femme.

Même s’ils sont tous deux musulmans et originaires de deux pays voisins, les codes culturels peuvent différer beaucoup lorsque vient le temps d’observer un rite. « Mais je pense que nos différences culturelles viennent plus du fait que j’ai grandi à Boucherville et lui, à Brossard ! », conclut-elle en riant.

Aalia fait du ski en famille, son frère est marié à une Québécoise et sa soeur à un Italien. Fahad a grandi dans un voisinage pakistanais musulman, dans une famille plus attachée aux traditions. « La vie et les choix qu’on fait dépendent certes de la culture, mais aussi beaucoup du milieu dans lequel on grandit », note la reporter à CTV.

Mariage au zoo

Elle a voulu des noces « uniques », différentes de celles de toutes les jeunes filles musulmanes de son entourage, et l’on peut dire que c’est un pari réussi. Sur la magnifique terrasse d’un pavillon extérieur du zoo de Granby, Aalia et Fahad ont convolé en justes noces samedi dernier en pleine savane africaine devant un soleil qui déclinait à l’horizon.

D’une grande élégance, vêtu d’une tunique et d’un turban rose, Fahad a fait une entrée presque royale en compagnie d’une petite garde rapprochée, au son des tambours. Puis, la musique s’est tue en même temps que la clameur de la foule, et les regards se sont naturellement tournés vers la jeune femme. Précédée d’un petit cortège de demoiselles d’honneur et de ses parents, Aalia, dans une somptueuse robe rose brodée de petites perles brillantes, un voile diaphane sur la tête, a marché lentement jusqu’à son fiancé. Derrière, les zèbres, girafes et oiseaux marabouts curieux de ce qui se tramait se sont approchés doucement, comme pour ne pas troubler la quiétude et l’émotion du moment. L’imam a prononcé les prières de circonstance et a rappelé les quatre conditions nécessaires pour que puisse avoir lieu un mariage musulman : le père — souvent le grand-père — doit avoir demandé à la future mariée si elle consent au mariage et si elle a été forcée d’une quelconque façon, l’union doit être réalisée en présence d’au moins deux témoins, le futur marié doit donner à sa fiancée le mahair, un petit cadeau (une pièce, un talisman qui lui appartiendra pour toujours et devient comme une protection). Enfin, le père de la fiancée doit « offrir » officiellement sa fille, et le futur marié doit accepter l’offre.

Tout en respectant la tradition, Aalia, qui se considère comme « une femme forte et indépendante », a demandé gentiment à l’imam de faire une petite entorse au protocole religieux. « Je lui ai dit que j’aimerais qu’il me demande aussi à moi si je donnais mon consentement, pas seulement à mon père. » Ce qui fut fait tout juste avant l’échange des bagues — une tradition purement occidentale cette fois — et le mariage civil.

« J’aime l’idée du mariage, d’une célébration pour dire à ta famille et tes amis : “hé, je suis en amour !”», dit Fahad. Son amoureuse s’est occupée, avec l’aide d’une planificatrice de mariage, de tout organiser. « C’était mieux que je ne lui demande pas son avis pour tout. On n’aurait jamais eu fini », dit Aalia en plaisantant. « J’avais mes critères. Je voulais que ce soit comme dans les romans ». « Et moi, tout ce que je voulais, c’est qu’elle soit heureuse », ajoute son amoureux, plantant son regard dans le sien. Et c’est ainsi qu’ils se sont mariés, qu’ils vivront heureux et qu’ils auront sans doute beaucoup de petits génies.

2 commentaires
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 29 août 2016 09 h 38

    Mme Lisa-Marie Gervais

    Les entrevues se sont faites en anglais ou en français ?!?

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 29 août 2016 10 h 59

      En ourdou, peut-être ?