Ingéniosité en tire-bouchon

Le tire-bouchon est un instrument si courant qu'on en a oublié l'ergonomie et l'ingéniosité avec laquelle il a été inventé. Du XVIIIe siècle à nos jours, des milliers de brevets ont été déposés à travers le monde pour cet objet qui est entré dans les musées et qui fait courir des collectionneurs chez Christie's ou dans des clubs échangistes à la recherche de la rareté incrustée ou du mécanisme le plus fou.

Il a fallu attendre 1728, date à laquelle la vente du vin en bouteille fut permise, pour voir apparaître les premiers tire-bouchons. Avant, le vin était contenu dans des tonneaux et versé à table dans des pichets de bois, d'étain ou de terre cuite. Vers 1750, la standardisation des bouteilles imposa également son statut au bouchon de liège.

C'est en 1795 que le premier brevet de titre-bouchon fut déposé par un Britannique, Samuel Henshall. Son principe était dérivé d'un instrument dont on se servait dans l'armée, le tire-bourre ou tire-balle.

Tout au long du XIXe siècle, le tire-bouchon, initialement en T, a été affublé de manches en étain, en bronze, en bois (frêne, hêtre, ébène, olivier, bois de rose), en os, en ivoire, quelquefois incrusté ou gravé à l'effigie d'une famille.

Figures animalières ou marines, blasons, représentations corporatives (policiers, pêcheurs, moines), le tire-bouchon s'installe partout, du palais à la chaumière. Au milieu du XIXe siècle, on assiste à une miniaturisation de l'objet : devant pliant, en forme de lyre, de fabrication française ou anglaise, avec la mèche qui s'installe dans la lyre. Véritables bijoux, ils sont souvent conservés dans des coffrets pour le voyage et ne font pas simplement dans la bouteille de vin. Ils servent également à déboucher des bouteilles de parfum.

Au delà des tire-bouchons simples en T qui exigent un effort pour harponner le bouchon et l'extraire, de nombreux systèmes reposent sur d'autres principes : la démultiplication de la force de traction ou la pression pour diminuer l'effort.

Anglais, Français, Allemands, Hollandais et Italiens rivalisèrent de trouvailles ingénieuses, créant des générations successives de tire-bouchons dont certains ont été fabriqués par millions. Le principe du levier, par exemple, fut adopté par les sommeliers, voire celui de l'accordéon, dit zigzag (du nom de la marque, devenu un nom commun).

Le XIXe siècle montra un esprit inventif extraordinaire à l'égard de cet outil. On vit se succéder les systèmes à cages et à cloches, à pince, à ailettes, à hélices, poignées, manivelles ou crémaillères... Et on a également vu apparaître des tire-bouchons avec plusieurs fonctions qui ont mené le couteau suisse à s'équiper d'une mèche pour l'occasion.

Pour en savoir plus sur l'étalage de tire-bouchons qui nous est décliné aujourd'hui, je suis allé faire un tour chez Vinum Design, antre du cellier, de la carafe, des verres et... des tire-bouchons.

Pour un petit prix, le Pulltap's de Pulltex est doté d'un double levier pour se sortir adéquatement d'un bouchon trop long ou endommagé (9,95 $). Chez Pulltex également, on retrouve le même modèle en métal moulé, décliné en belles couleurs, allant de 32,95 $ à 52,95 $.

De la même marque, on trouve des coffrets en bois qui, à 125 $, comprennent le tire-bouchon, deux bouchons fantaisie, un collier à bouteille, un thermomètre et un alcoomètre.

Dans une version classique et solide, notons l'allemand Alexander, à 65 $, avec une mèche tous usages. Une version dorée existe en coffret.

Pour un modèle réduit qui tient de l'ouvre-bouteilles avec système de cric automobile, facile à ranger, facile à manipuler et idéal pour le voyage : le Brucart, à 29,95 $.

Dans la version Rolls du tire-bouchon, la collection Laguiole est déclinée sous deux appellations, Château Laguiole et Laguiole Forges. Garantis à vie (sauf pour les mèches), c'est sur la finition et l'ergonomie que l'objet se démarque.

Bois d'olivier, d'ébène ou d'érable, en stamina, avec une ou deux couleurs juxtaposées, ces tire-bouchons se déclinent de 150 à 250 $.

Certains tire-bouchons de Laguiole sont aussi de séries limitées, comme ceux fabriqués à partir d'arbres qui ont été couchés dans les jardins du château de Versailles lors d'un ouragan dévastateur.

Laguiole n'étant pas une marque déposée, il faudra faire attention aux imitations qui utilisent la forme et le nom pour produire des couteaux et tire-bouchons de moindre qualité à des prix prohibitifs.

Dans le rayon des tire-bouchons sans effort, on retrouve le Rabbit qui, comme son nom l'indique, ressemble à l'herbivore, les oreilles faisant office de pinces pour la bouteille (de 99 à 170 $, selon le modèle).

Notons aussi le Screwpull, un peu moins lapin, avec le même système mais un peu plus cher (de 155 à 195 $). Ces systèmes ont une garantie de dix ans, sauf pour la mèche, qui peut être remplacée au coût d'environ 25 $.

Avec une seule pince, le Trudeau est québécois et s'en tire à 99 $. Pour un modèle courant et connu pour son système de vis sans fin : le Faucett, à 24,95 $.

Enfin, pour épater la galerie : l'ouvre-bouteilles de table avec levier et décorations ciselées ; la compagnie Rogar propose son fini bronze à 225 $.

Il ne reste plus qu'à acheter les bouteilles et attendre le fameux bruit du bouchon, là où le tire-bouchon fait oeuvre d'ouverture et de partage.

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- Vinum Design, 1480, rue City Councillors, Montréal, % (514) 985-3200, www.vinumdesign.com

- Musée virtuel du tire-bouchon http://www.bullworks.net/virtual/germ2000/intro.htm

- Pour les collectionneurs (ou hélixophiles) : http://www.corkscrewnet.com/

- Musée du tire-bouchon : http://www.domaine-citadelle.com/historique.html