Un succès relatif

La ministre de l’Immigration, Kathleen Weil, vient de terminer deux jours de rencontres avec tous les acteurs et organismes impliqués dans l’accueil et l’intégration.
Photo: Jacques Boissinot La Presse Canadienne La ministre de l’Immigration, Kathleen Weil, vient de terminer deux jours de rencontres avec tous les acteurs et organismes impliqués dans l’accueil et l’intégration.

L’opération d’accueil des réfugiés syriens aura été un succès, hormis quelques écueils, surtout dans le parrainage au privé, où l’afflux colossal de réfugiés aura constitué un défi majeur. Le gouvernement souhaite d’ailleurs mieux encadrer ces parrainages collectifs, a indiqué la ministre de l’Immigration, Kathleen Weil, qui vient de terminer deux jours de rencontres avec tous les acteurs et organismes impliqués dans l’accueil et l’intégration.

« Des fois, [les réfugiés parrainés au privé] arrivaient dans les organismes communautaires, et ce n’était pas prévu qu’ils aillent là pour avoir des services, et je l’ai constaté, a dit Mme Weil en entrevue au Devoir. Mais je ne voulais pas qu’ils se sentent mal et on va s’assurer dans l’avenir de bien faire les choses. Et s’il faut faire plus de formation pour les organismes de parrainage, qu’on le fasse. »

D’autant qu’au Québec, la grande majorité des réfugiés syriens sont parrainés au privé, surtout par des familles et des organisations religieuses, et que ce type de parrainage est encore la tendance, a confirmé le gouvernement. Certaines organisations, comme les églises, ont parrainé beaucoup plus de réfugiés que d’habitude — de quelques dizaines par année à plusieurs centaines — et ont été débordées. Elles n’ont pas non plus l’expertise qu’ont les groupes communautaires spécialisés dans l’accueil et l’intégration, rappelle Stephan Reichhold, directeur de la Table de concertation des réfugiés et des immigrants (TCRI). « Ils ont beaucoup de difficulté pour trouver les bons services. Pour avoir accès aux soins de santé ou à l’école, ils ne savent pas à qui s’adresser. Chacun bricole de son côté. »

Des défis pour la suite

La ministre Weil dit avoir été très présente sur le terrain pour s’assurer que « personne ne tombe entre deux chaises », mais elle a néanmoins constaté que des défis se dressent pour la suite des choses. La reconnaissance des diplômes, l’intégration à l’emploi, la santé mentale… « On nous a fait la recommandation d’être patients avec les réfugiés, car beaucoup d’entre eux ont vécu des traumatismes. Ils ont l’air prêts à travailler, mais on ne peut pas savoir ce qui s’en vient », soutient Kathleen Weil, qui colligera toutes les recommandations du milieu dans un rapport à paraître en octobre. Sensibiliser les écoles et les employeurs à la réalité de ces réfugiés fait aussi partie des objectifs. Et peut-être faudra-t-il songer à offrir des stages en milieu de travail, conjointement à de la francisation, a-t-elle évoqué.

Le directeur de la TCRI réitère l’importance de maintenir les services pour les réfugiés qui arriveront, mais également pour ceux qui sont déjà arrivés et qui tentent de s’intégrer au Québec. Des fonds spéciaux avaient été engagés pour répondre à l’afflux massif des réfugiés, mais seront-ils récurrents ? « Il faut qu’on nous remette de l’argent sur la table en janvier-février », insiste M. Reichhold.

Sans annoncer d’investissements, la ministre a rappelé que la planification est basée sur l’argent obtenu des transferts fédéraux, et notamment sur le nombre de personne ne parlant pas français.

À l’heure actuelle, les réfugiés sont prioritaires par rapport aux travailleurs qualifiés que le ministère sélectionne habituellement, et ce sera le cas encore l’année prochaine à tout le moins. Aujourd’hui commence d’ailleurs la commission parlementaire qui discutera d’une réforme des politiques d’immigration, notamment du nombre de réfugiés à accueillir.

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8 commentaires
  • Pierre Grandchamp - Abonné 17 août 2016 07 h 06

    Et le dossier du permis de conduire en région? Banalisé!

    Une famille syrienne parrainée par l’État est arrivée dans ma région, il y a quelque 2 semaines. Un couple et 3 jeunes enfants en bas âge. Loin d’à peu près tous les services. En région, avoir un permis de conduire et éventuellement une auto est un MUST! Les parents ont une formation de niveau primaire.

    On dirait que, dans le réseau de l’immigration, cette question est banalisée. En région, avoir un permis de conduire c’est aussi important, sauf exceptions, que d’avoir un téléphone.

    A Lévis, un Syrien n'a pas pu obtenir le permis de conduire québécois dans les 6 mois; à compter de cette semaine, son permis n'est plus valide. Même pattern ici, cette semaine, avec un autre Syrien. Que feront-ils?

    • Gilles Théberge - Abonné 17 août 2016 11 h 41

      On voit que l'intégration est artificielle, quand ils sont prêts à déménager, au prétexte futile de ne pa avoir de permis de conduire...!

      D'ailleurs à ce sujet je me demande bien comment une personne peut rater une cinquantaine de fois l'examen de conduite.

      Je ne sache pas que la loi et les symboles (pictogrammes) soient si différents en Ontario qu'au Québec?

      Tout ça me donne à penser que derrière ça, se cache une difficulté à apprendre le français, qui comme on le sait est inapprenable.

      N'est-ce pas...?

    • Pierre Grandchamp - Abonné 17 août 2016 12 h 09

      @ M. Labelle

      Je suis "la voix qui crie dans le désert".J'ai vu tellement de réfugiés, en région, devoir conduire sans permis valide.

      En immigration, normalement les gens du réseau savent cela mais personne ne veut lever le petit doigt. Il me semble que les organismes qui s'occupent de l'accueil des réfugiés devraient avoir cela dans leurs mandats. Il me semble qu'au niveau provincial, il devrait y avoir quelqu'un, en immigration, pour guider les réfugiés et leurs aidants dans ce dossier.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 17 août 2016 14 h 35

      @ M. Thiberge

      On peut vivre à Montréal, Laval sans véhicule. Mais, dans des petites villes en région, pas de véhicule=enfer!

      Le réfugié a 6 mois pour décrocher le permis québécois, s'il avait un permis dans son pays. Plusieurs facteurs font que ce n'est pas facile d'obtenir le permis en 6 mois:la lanue d'abord puis des tas de problèmes reliés aux premiers mois ici. De plus, pour réussir l'examen théorique, ça prend un minimum de scolarité...ce que n'avaient pas plusieurs Népalais.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 17 août 2016 14 h 50

      @M. Théberge

      Une personne peut échouer l'examen théorique plusieurs fois pour plusieurs raisons: la langue d'abord, le manque d'outils pour se préparer, le manque de temps pour ce faire. De plus, à chaque échec, il faut atendre au moins 28 jours...comme les Québécois.

      Puis, arrive l'examen pratique. Or, ces pauvres gens ne sont pas familiers avec les techniques de conduite exigées par la SAAQ: l'angle mort, les arrêts avec priorités et sans priorité....notamment. Encore là, le 28 jours s'applique.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 17 août 2016 17 h 11

      Dans le couple arrivé, il y a quelque 2 semaines, personne n'a un permis de conduire.IMaginez, en région!

  • Pierre Grandchamp - Abonné 17 août 2016 15 h 23

    Succès relatif, dites-vous?

    Conduire sans permis valide=amende de 300$ à 600$ plus véhicule remorqué avec frais inhérents.

    Imaginez le réfugié qui se trouve en région avec sa famille, disons Drummondville, et il arrive ici sans permis. Il doit suivre un cours de 39 heures réparties sur environ 12 mois..environ 950$. Mais il ne peut conduire seul. Avec qui et avec quelle auto, il va pouvoir pratiquer? Vous surprendrais-je si je vous dis que certains conduisennt seuls quand même? Mettez-vous à leur place: à un moment donné, vous en avez raz-le-bol de devoir quémander " des taxis", d'être à la remorque. Je connais un réfugié qui s'est fait arrêter 2 fois et cela a retardé de 6 mois la possibilité de se présenter à l'examen théorique....sans parler de ses amendes. Succès relatif, dites-vous?