Le réfugié moyen au Québec est un Syrien adulte peu scolarisé

Ce sont les réfugiés qui ont été parrainés par le privé, soit par des églises ou des familles, qui sont les plus nombreux à s’installer au Québec.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Ce sont les réfugiés qui ont été parrainés par le privé, soit par des églises ou des familles, qui sont les plus nombreux à s’installer au Québec.

Un homme syrien âgé entre 45 et 64 ans, non francophone, très peu scolarisé. Voilà comment se dessine le portrait-robot du réfugié moyen accueilli au Québec, selon les données du premier trimestre de 2016 du ministère de l’Immigration obtenues par Le Devoir. Des différences existent toutefois selon si le réfugié a été parrainé par le privé ou par l’État.

Ce sont les réfugiés qui ont été parrainés par le privé (2734), soit par des églises ou des familles, qui sont les plus nombreux à s’installer au Québec. Dans les trois premiers mois de l’année, ils étaient donc en majorité des hommes (50 %), âgés de 45 à 64 ans (20 %), parlant seulement anglais (62 %), ayant de 14 à 16 années de scolarité, mais un niveau d’études ne dépassant généralement pas le secondaire (42 %). Un nombre assez important d’entre eux a toutefois un baccalauréat (24 %). Sans surprise, ils viennent surtout de la Syrie (2416, soit 88 %), qui est suivie par l’Afghanistan (89) et le Liban (62). D’ailleurs, les dix pays d’où ils proviennent majoritairement sont des pays arabophones du Moyen-Orient, excepté pour le Rwanda.

Mais il faut faire attention aux statistiques sur les pays de provenance. Car même s’ils viennent du Liban ou des Émirats Arabes unis, les réfugiés sont probablement des Syriens d’origine, note Stephan Reichhold, directeur de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI). « C’est probablement une anomalie du programme », indique-t-il. Comme il est impossible pour une personne venue d’ailleurs d’obtenir quelque statut que ce soit aux Émirats — cet État n’a pas signé la Convention de Genève —, leur éligibilité comme demandeur d’asile est automatique au Canada.

 

L’État privilégie les démunis

Le portrait est tout autre chez les réfugiés que prend en charge le Québec, après leur acceptation par Immigration Canada. Ils sont beaucoup plus démunis et moins éduqués. La majorité des 1022 personnes arrivées ici au début de 2016 est encore une fois des hommes en majorité (53 %), et — fait à noter — surtout des enfants de 0 à 11 ans (39 %), et les réfugiés reçus sont à majorité incapables de parler le français ou l’anglais (77 %).

Les 18 ans et plus ont en moyenne six ans de scolarité (43 %) et à peine un niveau secondaire (79 %). Le Québec accueille une majorité écrasante de Syriens (82 %), ainsi que des Congolais (45) et des Jordaniens (45). Plusieurs pays d’Afrique font toutefois partie des pays de provenance.

En début d’année, le gouvernement du Québec envoie son plan d’immigration au ministère fédéral de l’Immigration, soit la liste du nombre de réfugiés qu’il accueillera, par continent de provenance. Cette année, l’effort s’est fait envers la communauté syrienne, ce qui n’est pas toujours le cas. « C’est sûr que l’accueil d’un grand nombre de Syriens est venu débalancer les groupes habituels », constate M. Reichhold. Il souligne également qu’au Québec, la communauté afghane est la championne du parrainage.

« Historiquement, le Québec essaie de se concentrer sur certains groupes pour avoir une masse critique. Sur le plan de la rétention, c’est plus intéressant », poursuit-il. C’est ainsi que plusieurs réfugiés du Népal et du Bhoutan ont été accueillis et se sont notamment installés dans la capitale. Et, fait intéressant : au cours des cinq dernières années (de 2011 à 2015), c’est du Congo (17 %) et de la Colombie (14 %) que sont majoritairement venus les réfugiés pris en charge par l’État, soit des personnes susceptibles de parler le français ou de l’apprendre rapidement. Les réfugiés parrainés au privé sont quant à eux surtout venus de Syrie et d’Afghanistan.

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