Le conflit au Sahara occidental s’invite à Montréal

Le contingent marocain s’est fait beaucoup entendre lors de la marche d’ouverture du Forum, mardi.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le contingent marocain s’est fait beaucoup entendre lors de la marche d’ouverture du Forum, mardi.

Au moment où le conflit au Sahara occidental refait surface dans l’actualité internationale, des groupes marocains utilisent le Forum social mondial (FSM) de Montréal pour promouvoir la mainmise de leur pays sur ce territoire, revendiqué par un mouvement indépendantiste depuis les années 1970.

Mardi, au moment du départ de la marche inaugurale du FSM, l’imposante délégation marocaine était difficile à ignorer. Arborant ses drapeaux et chantant l’hymne national, le contingent s’est posté tout à l’avant du cortège, aux côtés des peuples des Premières Nations, à qui on avait pourtant réservé cette place.

L’Agence marocaine de presse (MAP) a publié, à la suite de cette marche, que les participants marocains ont « clamé leur attachement viscéral à chaque grain de sable du Sahara marocain » et « affirmé le consensus national autour de l’intégrité territoriale du Royaume ».

Selon un spécialiste du Maghreb, ce coup de force de la délégation marocaine au FSM témoigne de leur quête de sympathie auprès de l’opinion publique occidentale sur le sujet délicat du contrôle du Sahara occidental, un territoire non autonome dont le statut définitif n’est pas arrêté.

Contre l’indépendance

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Abdellah Lamani

Durant la semaine, environ une dizaine d’activités autogérées du Forum social mondial ont eu pour thème les crimes commis envers les populations marocaines, par l’Algérie ou par le Front Polisario, branche armée des mouvements indépendantistes sahraouis.

Par exemple, c’est à Tindouf, dans le sud-ouest de l’Algérie, qu’a été emprisonné le Marocain Abdellah Lamani pendant près de 23 ans. Rencontré par Le Devoir sur le parvis du Cégep du Vieux Montréal, où il était conférencier, jeudi, l’homme a éclaté en sanglots au moment de relater ce qu’il a vécu durant toutes ces années. L’électricien de profession raconte avoir été enlevé au Maroc, en 1980, par des hommes armés membres du Front Polisario. Ce groupe armé milite pour l’indépendance du territoire, de la taille du Royaume-Uni et sous contrôle marocain depuis le départ des Espagnols, au milieu des années 1970.

« Je suis enregistré sous le numéro de la Croix-Rouge 3458 », se présente M. Lamani, le visage sévère. Il brandit les documents officiels délivrés par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), dont il garde précieusement sur lui des copies, comme une preuve de ce qu’il a enduré. Durant sa captivité, Abdellah Lamani a réussi à prendre secrètement des notes sur les sévices qu’il a subis, et dont sont morts plusieurs de ses compatriotes civils. Un médecin du CICR a servi de passeur pour sortir le manuscrit du pays, au début des années 2000, ce qui a permis sa publication. C’est grâce à son livre, L’horreur, qu’Abdellah Lamani a pu retrouver sa libération, fin 2003.

Question plus complexe

Le témoignage d’Abdellah Lamani est partagé au FSM dans le cadre de conférences organisées par le collectif marocain Watanouna (« notre patrie », en arabe). Selon Mohamed Ourya, membre de la Chaire Raoul-Dandurand et expert de la géopolitique du Maghreb, de tels groupes « militent sous le vocable des droits de la personne, mais c’est amalgamé avec la cause du Sahara marocain ».

Des victimes se trouvent des deux côtés du conflit, prévient-il. « Le Maroc est en ce moment beaucoup critiqué sur la question des droits de la personne au Sahara occidental. Un dernier rapport, qui a beaucoup critiqué le Royaume, a provoqué des tensions avec les États-Unis et l’Occident. » Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a même provoqué la colère du gouvernement marocain en qualifiant d’« occupation » son contrôle sur la zone, toujours en attente d’un référendum sur son autodétermination.

La forte présence du point de vue marocain sur le conflit au sein du Forum social mondial témoigne, selon Mohamed Ourya, d’une « paradiplomatie » en action, afin d’influencer la société civile occidentale. « C’est perçu comme une lutte pour les Marocains, de faire savoir au monde que le peuple tient à ce territoire. »

Victime du conflit, Abdellah Lamani ne considère pas qu’il avance une ligne d’action politique. « Personne ne s’intéresse à nous », se désole plutôt l’homme, qui partage son histoire au FSM dans l’espoir que ses bourreaux soient traînés devant la justice internationale. Aujourd’hui père de deux jeunes enfants, M. Lamani confie toutefois souhaiter qu’ils se dirigent vers une carrière militaire. « On doit protéger le pays, en particulier contre l’Algérie, qui est très puissante à cause du pétrole et du gaz ».


2 commentaires
  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 12 août 2016 10 h 06

    Qui peut me dire

    si un référendum a deja eu lieu au Sahara Occidental? J'ai comme l'impression que le Maroc fait se l'ingérance dans ce pays,disons donc en devenir qui n'a pas les moyens de commendites.

    • Sylvain Auclair - Abonné 12 août 2016 11 h 41

      Google peut vous le dire.