Matière dangereuse, chemin hasardeux

Les travaux de réfection de la voie de l’autoroute Métropolitaine se sont poursuivis dans le courant de la journée, mercredi.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les travaux de réfection de la voie de l’autoroute Métropolitaine se sont poursuivis dans le courant de la journée, mercredi.

Après la stupéfaction, l’examen et l’inquiétude. L’incendie d’un camion-citerne, en pleine heure de pointe sur une artère névralgique, qui a causé la mort du conducteur Gilbert Prince, constitue pour certains un douloureux rappel des risques liés au transport du pétrole. Au-delà de la mitigation immédiate pour la fluidité de la circulation, des ingénieurs proposent aussi des aménagements pour réduire ces dangers sur l’autoroute Métropolitaine.

« Dans une voie aussi achalandée que l’autoroute 40, il suffit que quelqu’un fasse une fausse manoeuvre pour créer un accident », reconnaît Jean-Paul Lacoursière, professeur en génie chimique retraité de l’Université de Sherbrooke. S’il y aura toujours une probabilité que ce type d’accident survienne, « il y a une réflexion à faire, considérant la perte de vie humaine ». M. Lacoursière rapporte que certaines juridictions ont choisi de faire circuler les camions transportant des matières dangereuses durant la nuit ou du moins en dehors des heures de forte circulation.

Chemin risqué

L’autoroute Métropolitaine « ne présente pas des conditions aussi optimales en termes de roulement que d’autres autoroutes plus nouvelles », note à son tour Ottavio Galella, ingénieur spécialisé en circulation et transports. Les différents tronçons de cette voie de circulation ont en effet été inaugurés successivement dans les années 1960, une « grande réussite à l’époque » pour désengorger le réseau routier urbain.

Elle est aujourd’hui cependant « à peu près la seule autoroute présentant des caractéristiques d’aménagement révolues », ajoute M. Galella, qui est également président de la firme de consultants Trafix. Il fait référence aux entrecroisements d’entrées et de sorties qui font en sorte que les véhicules accélèrent et décélèrent, créant des « situations de circulation instables ».

L’ingénieur propose de réduire la vitesse de circulation, au vu des « courbes assez serrées », d’établir de longues zones de non-dépassement et d’installer des feux de voies, à l’image de celles en place sur des ponts. « Il vaut mieux contrôler et continuer à concentrer le camionnage sur peu d’axes bien aménagés, plutôt que de les éparpiller dans des quartiers densément peuplés », conclut-il.

Suivi du camionnage

Cet accident survient dans un contexte de forte hausse du transport de matières dangereuses par camion au Canada. L’écrasante majorité, soit plus de 70 % des marchandises dangereuses qui transitent sur le territoire, est en fait expédiée dans des véhicules lourds.

Parmi ces matières, c’est le transport de produits pétroliers bruts qui a le plus augmenté, doublant entre 2004 et 2012, selon une compilation de Statistique Canada. Si la hausse est surtout marquée dans les provinces de l’Ouest, les produits pétroliers ne manquent pas de transiter au Québec.

Le ministère des Transports du Québec (MTQ), qui régit et administre toutes les autoroutes de la province, ne possède pas de système de suivi efficace de ces véhicules. L’étude la plus récente sur le camionnage date de 2006-2007 et indique que 6,3 % des déplacements interurbains de véhicules lourds transportaient des matières dangereuses. De ce nombre, un peu moins de la moitié (42 %) renfermait des liquides inflammables, à l’image du diesel qui a flambé mardi soir.

Contrôle routier Québec, l’agence chargée de l’application du règlement sur le contrôle de ce type de transport, rapporte que 2000 infractions ont été relevées pour 2015. Elles vont d’un simple document d’expédition incomplet à un mauvais arrimage des matières dangereuses au véhicule.

« C’est un rappel qu’il n’y a pas juste des enjeux climatiques liés aux combustibles fossiles, mais aussi des risques inutiles auxquels on fait de plus en plus face avec l’augmentation du trafic pétrolier », a souligné Patrick Bonin de Greenpeace Canada.

La députée péquiste Martine Ouellet a elle aussi appelé à reconnaître « le grand danger du transport de pétrole », après avoir offert ses condoléances. « La première solution est de diminuer les quantités de pétrole transportées », a-t-elle exposé au Devoir.

Projet Montréal réclame par ailleurs une enquête pour déterminer pourquoi le système d’alerte de la Ville de Montréal a tardé à être activé mardi après-midi. Ces alertes servent à informer la population des mesures de précaution à prendre. « Si un incident majeur avait eu lieu dans l’est de Montréal, où des raffineries sont situées à proximité de quartiers résidentiels, est-ce que la Ville aurait attendu des heures avant de réagir et de communiquer avec les résidents ? » a réagi la conseillère Laurence Lavigne Lalonde.

1 commentaire
  • Paul D'Amour - Abonné 13 août 2016 19 h 25

    Le pétrole

    Un autre exemple des dangers associés au pétrole. Dommage que le Gouvernement Couillard ne se rende pas compte que ses politiques déplaisent aux québécois.
    Paul D'Amour, abonné