L’autoroute Métropolitaine paralysée

Le feu a duré environ deux heures, mardi après-midi, forçant l’évacuation de l’autoroute 40 dans les deux directions dans le secteur de la rue Saint-Denis.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le feu a duré environ deux heures, mardi après-midi, forçant l’évacuation de l’autoroute 40 dans les deux directions dans le secteur de la rue Saint-Denis.

Dans un épais nuage de fumée noire émanant de boules de flammes sur l’autoroute métropolitaine, un homme a perdu la vie mardi après-midi. L’accident majeur impliquant un camion-citerne sur l’un des plus importants axes routiers de Montréal a également fait six blessés. L’autoroute reste fermée jusqu’à nouvel ordre.

Depuis le centre-ville jusqu’au nord de l’île, on apercevait en après-midi le signe de la collision entre un camion-citerne transportant du diesel et plusieurs véhicules survenue peu avant 16 h. Lourdement empruntée, l’artère névralgique a dû être fermée à la circulation dans les deux directions en pleine heure de pointe.

Le camion a pris feu après l’impact, a indiqué la porte-parole de la Sûreté du Québec (SQ) Audrey-Anne Bilodeau. La victime est un homme dans la quarantaine. Quant aux six blessés, ils ont été pris en charge par Urgences-santé. Deux d’entre eux ont été transportés vers un centre hospitalier, a précisé la Ville de Montréal par voie de communiqué, mardi soir.

Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le camion-citerne transportait du diesel.

Le ministre des Transports, Jacques Daoust, a parlé d’une « catastrophe importante » lors d’un point de presse en soirée. « C’est une infrastructure qui n’est pas utilisée à temps partiel », a-t-il dit, considérant que 200 000 véhicules en moyenne circulent sur l’autoroute métropolitaine selon les chiffres de son ministère.

Denis Coderre, qui accompagnait le ministre lors de cette allocution publique, s’est dit « satisfait de la qualité de l’intervention ». Plus de 100 pompiers ont été déployés sur place pour combattre le brasier, de même qu’une vingtaine d’unités d’intervention, dont des camions mousse. Une équipe d’intervention spécialisée dans les matières dangereuses a aussi été dépêchée sur les lieux. Aucune voiture ne pourra circuler à partir de la sortie Christophe-Colomb en direction ouest et de la sortie Saint-Laurent en direction est.

Tous espèrent rouvrir l’autoroute à la circulation le plus rapidement possible. Le ministre Daoust a évoqué en soirée la possibilité que les voies en direction est, de l’autre côté du lieu de l’incendie, puissent reprendre du service rapidement. Les fréquences des bus et des métros devraient être ajustées dès mercredi, et des voies alternatives indiquées par des policiers de circulation.

En point de presse à 21 h mardi soir, une porte-parole du ministère des Transports du Québec (MTQ) a indiqué que les experts n’avaient pas encore pu accéder à la structure, le service des incendies travaillant toujours sous l’autoroute.

La cause de l’accident reste inconnue, mais « aucune hypothèse n’est écartée pour l’instant », a fait savoir Jimmy Potvin, inspecteur-chef de la Sûreté du Québec (SQ). « La Sûreté du Québec va prendre en charge la scène pour recueillir des éléments d’enquête » et analyser les images des caméras de surveillance qui ont capté l’accident, a indiqué M. Potvin.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le maire de Montréal, Denis Coderre, et le ministre des Transports Jacques Daoust ont parlé d'une «catastrophe importante».

Laurence Lavigne Lalonde, conseillère de Projet Montréal dans le district Maisonneuve–Longue-Pointe, a relevé de son côté que l’alerte du Centre de sécurité civile de Montréal a tardé à être émise. Ces alertes servent à guider les citoyens sur les actions à prendre, tel que rester à l’intérieur ou sortir des bâtiments par exemple. « C’était un test aujourd’hui. C’était un vrai accident et ils n’ont pas réagi. Nous demandons des explications concrètes », a-t-elle affirmé en entrevue au Devoir, soulignant que son secteur se trouve à proximité de plusieurs raffineries.

Série d’explosions

Marc-André Ross, qui travaille au 17e étage des bureaux du Fonds de solidarité FTQ, a d’abord entendu « un impact vraiment important ». « Ça avait l’air d’une collision importante, voire fatale. Le feu a rapidement pris sous l’habitacle du camion », explique-t-il.

Un autre conducteur a tenté de porter secours à celui du camion-citerne, mais il a dû vite s’éloigner, voyant le véhicule s’enflammer davantage. Le camion-citerne a ensuite explosé. Une première exposition suivie de plusieurs autres, environ toutes les dix secondes, selon le témoin. Marc-André Ross a ensuite évacué les lieux avec ses collègues.

Les bâtiments de la FTQ et de Desjardins situés à proximité de l’incendie ont été endommagés. Des fenêtres ont volé en éclats sous l’effet de la chaleur.

Évaluation de la structure

« On va attendre le rapport des experts pour voir si la structure a été fragilisée », a soutenu le maire Denis Coderre. Il a précisé que du diesel s’est écoulé dans les égouts et qu’une opération de nettoyage devra être effectuée.

Une équipe d’experts du ministère des Transports (MTQ) doit ainsi analyser plus en profondeur la structure de la portion d’autoroute où a eu lieu l’incendie. L’importance des dommages sera vraisemblablement connue mercredi. La nature de ces dommages déterminera le temps de fermeture de la voie.

« Les structures de béton ont l’avantage de bien résister au feu », a expliqué au Devoir Bruno Massicotte, professeur à l’École Polytechnique de Montréal. L’incendie ayant eu lieu en hauteur, la chaleur s’est échappée par le haut. « C’est grave, mais moins que si l’incendie avait eu lieu sous la structure », a-t-il ajouté. Il serait étonné de ne voir aucun dommage, mais il rappelle que c’est une « structure massive, très lourde, qui sert à protéger l’armature en acier ».

« Cinq équipes sont en attente, des inspecteurs sont sur place et deux autres spécialistes en béton sont sur le point d’arriver de Québec », a fait savoir la porte-parole du MTQ mardi soir.

Si des dommages sont relevés sur la structure, les cinq équipes pourront faire les réparations nécessaires — béton, asphalte, mobilier urbain, réseau électrique.

1 commentaire
  • Alain Roy - Abonné 10 août 2016 10 h 04

    Sympathiques gouvernants

    Le ministre Daoust qui s'inquiète de la fluidité de la circulation, et le maire Coderre qui se félicite de l'intervention des équipes de secours, mais pas un mot pour le pauvre diable qui y a laissé sa peau et les personnes blessées. Quoique, finalement, ça nous épargne la mièvrerie creuse habituelle de nos gouvernants en de telles circonstances.