Forum social mondial: le Nord répondra-t-il à l’appel?

Chico Whitaker, militant altermondialiste brésilien, se décrit lui-même comme «l’un des douze fous qui ont décidé de lancer le Forum social mondial», en compagnie de Raphaël Canet, coorganisateur du Forum.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Chico Whitaker, militant altermondialiste brésilien, se décrit lui-même comme «l’un des douze fous qui ont décidé de lancer le Forum social mondial», en compagnie de Raphaël Canet, coorganisateur du Forum.

Le Forum social mondial (FSM) a toujours su attirer les masses partout où il a été organisé, en offrant aux exclus la possibilité d’échanger sur les problèmes qu’ils vivent au quotidien. Après avoir été créé en 2001 à Porto Alegre, au Brésil, le Forum s’est exporté en Inde, en Afrique subsaharienne et en Afrique du Nord, notamment. Chaque fois, des dizaines de milliers de citoyens prenaient part aux discussions sur différents combats sociaux et environnementaux.

À l’aube de l’édition 2016, dont le coup d’envoi est donné ce mardi à Montréal avec une grande marche au centre-ville et un spectacle à la place des Festivals, les organisateurs espèrent un engouement similaire de la part des Québécois.

Chico Whitaker, militant altermondialiste brésilien, se décrit lui-même comme « l’un des douze fous qui ont décidé de lancer le Forum social mondial ». Invité à la table des organisateurs de l’édition 2016 du FSM, à Montréal, il témoigne de sa surprise, à l’origine, de voir autant de Brésiliens investir le Forum. « Moins de 2000 personnes s’étaient inscrites officiellement, et il en est finalement venu 20 000, à la dernière minute », se souvient-il. C’est en quelque sorte le scénario qu’espèrent les organisateurs montréalais, alors que la préinscription s’est conclue avec 15 000 entrées. Le reste de l’ambitieux objectif de 50 000 participants devrait donc être constitué de citoyens des environs de la métropole québécoise.

Difficile mobilisation du Nord

Chico Whitaker, qui a vu le Forum évoluer au fil des années, reconnaît que mobiliser la population de pays riches, celle qui ne subit pas au quotidien les contrecoups du système actuel, représente une difficulté supplémentaire. « Prenez le Brésil. Une partie très grande du pays est en situation sous-humaine. Ici, au Canada, si on demandait aux gens dans la rue si on doit changer le système, je crois que seuls les plus conscients seraient d’accord », avance l’architecte de formation.

Autrefois, le Forum social mondial se tenait en même temps que le Forum économique mondial de Davos, une symétrie qui lui assurait une bonne visibilité au sein des médias du monde. Aujourd’hui, au contraire, le FSM risque de souffrir de l’éclipse médiatique provoquée par les Jeux olympiques, croit Chico Whitaker. « Ça diminue notre efficacité, se désole-t-il, notre défi est de gagner l’espace de la communication. C’est la grande bataille. »

Raphaël Canet, coorganisateur du FSM, travaille depuis trois ans à l’organisation de la section québécoise du Forum. Le choix controversé de Montréal, situé dans un pays du G7, a été justifié par le souci « de dépasser la fracture Nord-Sud ». Autrement dit, de créer le pont entre les causes d’ici et d’ailleurs.

Or, lors des éditions précédentes du FSM, les citoyens les moins fortunés pouvaient participer gratuitement aux activités, financées grâce à la participation d’organisations internationales et d’ONG. Puisque le Forum social mondial 2016 ne bénéficie pas de tels commanditaires, le financement repose en partie sur le coût des inscriptions, fixé à 40 $, ou 10 $ pour le « tarif solidaire », qu’il sera possible de payer à tous les endroits qui hébergent des activités du FSM.

Forum international, structure citoyenne

Pour inciter la population locale à prendre part à la réflexion internationale, le comité organisateur du FSM a misé sur la variété des activités offertes. Entre mardi et dimanche, quelque 1200 « activités autogérées » auront lieu, principalement des conférences, ateliers, ou performances artistiques. La programmation, qui tient sur un document de 116 pages, a été élaborée dans un certain désordre. Les activités sont séparées en 13 « axes », abordant 21 « sujets », discutés dans des locaux qui s’étendent du campus de l’UQAM à celui de Concordia, en passant par l’Université McGill. Finalement, 26 « assemblées de convergence » ont pour but de faire la synthèse des différentes initiatives qui doivent émaner du Forum.

Le coorganisateur Raphaël Canet admet que le format « horizontal » de l’organisation — par opposition à une structure hiérarchique traditionnelle — induit un certain flou artistique dans la mise en oeuvre du projet. « Ça reste une structure citoyenne. Bien sûr, prendre des décisions collectives prend du temps. Ça contraste avec la société dans laquelle on vit, qui dicte l’efficacité et la productivité. »

Finalement, le Forum social mondial n’aspire pas à conclure à une déclaration finale, comme c’est le cas dans les sommets économiques ou internationaux. En compilant les réflexions et les plans d’action de chacun, l’objectif ultime est d’arriver, dimanche, à un calendrier « mondial » des luttes, synthèse de la contestation de notre époque.