Plus de 200 visas de délégués refusés à quelques jours du Forum social mondial

C’est la première fois que le FSM est organisé dans un pays du Nord et du G7. Il a eu lieu en Tunisie l’année dernière (photo ci-dessus).
Photo: Fadel Senna Agence France-Presse C’est la première fois que le FSM est organisé dans un pays du Nord et du G7. Il a eu lieu en Tunisie l’année dernière (photo ci-dessus).

Certains délégués internationaux ne pourront être à Montréal pour participer au Forum social mondial (FSM), dont le coup d’envoi sera donné mardi, faute de visa. Le gouvernement du Canada refuse l’entrée à au moins 200 demandeurs, indique le comité organisateur du FSM.

Ce nombre ne reflète qu’une partie des refus, craint Raphaël Canet, coorganisateur du Forum. L’organisme a sondé les quelque 2000 participants qui nécessitent un visa afin de savoir si les procédures s’étaient bien déroulées. Des 276 réponses recueillies, il semble que seuls 76 visas ont été obtenus, les autres ayant plutôt été rejetés ou retenus. « En attente des autres résultats, on craint que la tendance se maintienne. Jusqu’ici, ce sont 70 % des dossiers qui ont été rejetés. »

La liste partielle des demandeurs infructueux, obtenue par Le Devoir, démontre que la majorité des refus proviennent de pays d’Afrique (République démocratique du Congo, Mali, Burkina Faso, Bénin, Togo, Nigeria et Maroc), mais aussi du Moyen-Orient ou d’Asie (Iran, Palestine, Népal) et d’Amérique (Haïti, Brésil et Équateur).

Des têtes d’affiche rejetées
Certains intervenants de premier plan se sont butés à un refus de la part d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). C’est le cas d’Aminata Traoré, ex-ministre de la Culture et du Tourisme du Mali et actuellement candidate du poste de secrétaire générale de l’ONU. Contactée par Le Devoir, l’ex-ministre s’est contentée de préciser qu’elle saura lundi si elle peut finalement venir au Canada, soit deux jours avant sa présence attendue à la grande conférence de l’Espace éducation du FSM.

Notons aussi le rejet du dossier d’Imad Temiza, président du Syndicat palestinien indépendant des postiers. Dans un courriel, le Palestinien a transmis au Devoir sa lettre de refus. « Je refuse votre demande », conclut le premier paragraphe de la lettre, signée simplement de l’Ambassade du Canada à Ankara. Parmi les raisons évoquées, on note « les raisons du voyage au Canada » et « les personnes ressources au Canada ». « Je n’ai pas la conviction que vous avez des fonds nécessaires […] pour votre activité déclarée au Canada », stipule le fonctionnaire, qui ne se nomme pas.

Cette justification plonge dans l’incompréhension le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP), qui a produit une lettre d’invitation au Canada pour Imad Temiza. « Nous avions précisé que nous [le STTP] prenions en charge l’ensemble des responsabilités comme son voyage, son hébergement et son allocation », indique Denis Lemelin, ancien président national du STTP, qui a déjà rencontré Imad Temiza lors d’un congrès à Genève, en Suisse. « On parle d’une personne reconnue dans le monde. Il va régulièrement en Europe, a deux enfants. Il n’a pas un profil qui pose un problème de sécurité. »

Imad Temiza a indiqué au Devoir que sa demande de visa a coûté plus de 1000 $, dont une entrevue au Bureau canadien des visas en Jordanie. Furieuse, son organisation basée à Ramallah a publié un communiqué dans lequel elle invite les organisateurs des prochains forums « à choisir dans l’avenir un pays hôte qui permet aux activistes de tous les pays et de tous les profils sociaux de participer à l’événement, sans égard à leurs possessions matérielles ».

Un problème annoncé
L’inaccessibilité du visa avait été l’un des principaux arguments avancés contre la tenue à Montréal de cette édition du Forum social mondial, qui sera aussi la première à se tenir dans l’hémisphère Nord. Raphaël Canet, du comité organisateur, avance que tout a été fait pour faciliter la procédure : « Ça fait des mois qu’on est en contact avec le ministère [de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté]. On a essayé de travailler main dans la main avec le gouvernement. »

Le FSM, dont le gouvernement du Canada figure parmi les commanditaires, est une activité reconnue par les autorités d’immigration, soutient M. Canet. « On nous a donné un numéro de référence, avec comme promesse que ça faciliterait l’obtention du visa. Ça semble avoir marché pour certains, mais pas pour d’autres », se désole-t-il.

Dans un courriel, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada confirme que le Forum est enregistré auprès de son Unité des événements spéciaux de Citoyenneté et Immigration, mais jette plutôt le blâme des problèmes de traitement sur le laxisme des organisateurs du FSM.

« À la suite de leur inscription, le comité organisateur n’a fait aucune tentative d’informer l’Unité des événements spéciaux de problèmes ou de difficultés dans l’obtention des visas des participants », indique la porte-parole, Nancy Caron. Les fonctionnaires, écrit-elle, ont comme tâche de s’assurer que les demandes respectent la loi, dont les critères « s’appliquent à tous ceux qui veulent entrer au Canada, peu importe leur pays d’origine ».

Les organisateurs font maintenant appel au premier ministre Justin Trudeau et au ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, John McCallum, pour débloquer la situation. Raphaël Canet croit que le nombre important de refus risque de provoquer la grogne au sein des organismes de la société civile qui prendront part aux activités de la semaine prochaine dans la métropole québécoise. « La frustration est très grande du côté des pays africains. Ce sont ces délégations qui subissent le plus cette situation. »

De mémoire, aucun Canadien n’a été refusé lors d’éditions précédentes du Forum social mondial.

6 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 5 août 2016 19 h 47

    Bizarre, cette nouvelle

    Des personnes en provenance de républiques ont été refusées. Ce pays, le Canada, qui est une monarchie constitutionnelle rétrograde, ne peut composer, semble-t-il, avec des invités venant de républiques.

    Très, très bizarre cette nouvelle. Une enquête s'impose.

  • Hélèyne D'Aigle - Abonnée 6 août 2016 06 h 43

    50, 000 personnes attendues au Forum Social Mondial . . .


    de 120 pays rassemblées pour 'Penser autrement' à des solutions pour

    redistribuer la richesse planétaire de façon plus équitable !

    " Changer le monde commence par se changer soi - même , puis son quartier ,

    sa communauté , sa ville . . . " ( Raphaël Canet, Editorial de ' L'Itinéraire' . )

  • Raymond Vallée - Abonné 6 août 2016 13 h 04

    Deux poids ,deux mesures.

    Fidèle a lui même le Canada facilite la vente d'armes dans le monde et empêche les gens qui veulent parler du social,de la paix , du vevre ensemble des peuples.

    Welcome to Canada!

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 7 août 2016 10 h 37

    Serait-ce le vrai visage du gouvernement de Trudeau Junior?

    Sous son masque d'ouverture, ce gouvernement serait-il aussi rétrograde que celui de son prédécesseur, tout inféodé aux intérêts qui forment l'oligarchie canadienne? Nous allons le voir sous peu, si Justin ou Stéphane ne se montrent pas plus ouverts envers ceux et celles qui n'ont pas droit au chapitre dans les salons feutrés des ploutocrates de Bay Street? D'ici deux jours, nous saurons de quoi il retourne réellement quant il s'agit de passer des "selfies" aux actes.

  • Robert Beauchamp - Abonné 7 août 2016 13 h 03

    Mikaëlle

    Et que dit la reine Mikaëlle secrétaire générale de la Francophonie?